VI. — V évolution du lyrisme dam l'Inde
Nous pouvons maintenant reconstituer avec une suffisante approximation l'évolution du lyrisme dans Tlnde. A Torigine, dans la période prévédique, des clans, sauvages ou très barbares encore, ont pratiqué les danses chorales, les opéras-ballets des primitifs. Puis l'organisation sociale s'est compliquée, les chefs ont été promus rois; les sorciers, prêtres, et ces derniers sont parvenus à faire attribuer à leurs rites et cérémonies une capitale importance; ils sont devenus de, solennels, de prestigieux faiseurs de pluie. Leur influence sur l'opinion publique et aussi sur l'esprit des roitelets ayant acquis la toute puissance, ils ont confisqué le plus clair de la poésie lyrique en l'associant et fincorporant à leur liturgie. Cette poésie, très simple encore, mais très imagée et vivifiant certains phénomènes naturels, devait, pour une large part, se composer de traditions, même de chants, datant d'une phase sociale antérieure : les prêtres et chantres sacerdotaux en ont fait une poésie rituelle.
Enfin, pendant et après la conquête de l'Inde, cette théocratie, jusque-là mal établie s'est définitivement constituée. Les petits rois se sont transformés en puissants monarques, en apparence absolus, mais toujours asservis aux prêtres constitués en une caste divine, celle des Brahmanes, issue de la tête même de Brahma; et cette caste semi-divine a fini par avoir main mise non seulement sur le gouvernement politique, mais sur la morale pratique, sur toute la vie sociale.
. Dès lors une seule poésie a été prisée, la poésie cléricale, et cette poésie lyrique, il a fallu la composeï^ dans la langue des prêtres ; le lyrisme est devenu une littérature artificielle au seul usage des castes supérieures. Mais toute poésie, qui ne jaillit pas spontanément des entrailles mêmes d*un peuple ne peut plus que se faner lentement, comme une fleur coupée
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de sa racine. Une fois devenu exclusivement clérical, le lyrisme indien s'est peu à peu décoloré, en s'imprégnant de plus en plus de religion.
Même durant la phase dernière, quand, la ferveur étant un peu attiédie par de longs siècles, quelques poètes ont essayé de se replier sur eux-mêmes, d'introduire dans le lyrisme des réflexions morales, une certaine psychologie, ils n'ont pas même essayé de briser le joug sacerdotal, pesant depuis des siècles sur l'intelligence de leur race.