LA LITTÉRATURE DRAMATIQUE OFFICIELLE
la vengeance d'une femme est inévitable ? ■— Tu es là, comme celui que tounnente un démon ? — Trouves- lu amer le lait et le miel ? — Point de refus. Viens, de grâce ! — La fleur de la jeunesse passe, hélas ! — Ne dilTère donc plus, mon héros ! — Quand la fortune s'offre d'ellemême, — la foule-t-on aux pieds, dis-moi ? — Satisfais-moi sur mon lit, — et caresse mon sein plein d'amour. — Je languis et me meurs, SAranga. — Pas de colère contre moi ; je t'en conjure. — Ne commets pas un crime par ton refus. — J'attends sûrement tout de toi. Saranga. »
Dans Toriginal, chaque vers se termine par le nom du héros, Sâranga, ce qui donne à la tirade une couleur monotone. Sans doute, ce morceau ne saurait être cité, comme un modèle de haute poésie. On y sent pourtant un certain naturel ; on y entend le cri d'une passion aussi animale que sincère, toutes choses qui font absolu ment défaut aux compositions maniérées de Kalidasa.
Le drame de SAranga est écrit en vers et il est probable qu'il en a été ainsi du théâtre primitif dans Tlnde, alors qu'il était associé à la danse, au chant et à la mimique. Dans les pièces distinguées, composées surtout en Sanscrit, les morceaux en vers sont réservés pour les passages à effet et mis le plus souvent dans la bouche des principaux acteurs, notamment du roi. Sûrement, il n'en a pas toujours été ainsi. Les pièces primitives ont dû être chantées, par conséquent, écrites en vere. Dans l'Inde, on a encore, pour les vers, un respect superstitieux. Toujoure un vers cité, même hors de propos, donne un grand poids au raisonnement et, si le vers cité renferme une comparaison plus ou moins juste, il clôt toujours la discussion : pour beaucoup d'Indiens, comparaison vaut raison (1).
Les représentations à la fois chorégraphiques, mimiques ot chantantes des Bayadères se rapprochent peut-être plus encore que le théâtre populaire, des opéras-ballets primitifs. Ces chants des Bayadères, toujours composés en dialectes vulgaires, n'ont souvent absolument rien de religieux. Le sujet en est habituel-
(1) Lettres édifiantes, vol. XIII, 113.
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lement erotique et les expressions d'une excessive liberté. Uun d'eux, intitulé : « Entretien d'un homme et d'une femme en route » (1) rappelle beaucoup le célèbre dialogue deThéocrite, Daphniset Chloéy mais avec de telles crudités de langage, qu'on ne saurait les citer même en latin. Toutes ces poésies, beaucoup moins apprêtées que les œuvres écrites en Sanscrit, attestent nettement ce qu'on pouvaitdéjàinférer des livres sacrés, savoir, que les races de l'Inde, je dis les races littéraires, sont non seulement sensitives, mais très sensuelles. C'est ce qui donne à leur littérature un coloris trop vif, laissant peu de place à la pensée.