CE QUE VAUT LA UTTÉRATURB INDIENNE
faiblesse et il entasse les attributs sans choix ni mesure, craignant toujours de ne pas être compris.
Si la poésie indienne a quelque souci de l'aspect extérieur des choses, elle fait en revanche peu de cas de l'observation vraie, quand il s'agit des hommes. Les héros de ses épopées, les principaux personnages de ses drames sont conçus tellement en dehors des conditions humaines, qu'on a de la peine à s'y intéresser. A vrsd dire, il n'y a guère de vivant et de sincère dans la littérature indienne qu'une intense perception des beautés de la nature.
Le côté sentimental est au contraire très borné ; il se renferme tout entier dans le cercle de la famille, dans l'amour paternel ou filial, dans l'amour, conjugal ou non, mais trop souvent sensuel. Pourtant, dans le Mahabharata, nous voyons l'attachement à la famille s'élever jusqu'à l'héroïsme. Nulle trace de sentiments plus généreux et plus larges, comme le patriotisme, l'amour de la justice, etc.
Le côté intellectuel proprement dit ne serait pas représenté dans la littérature indienne, sans la grande métaphysique du panthéisme, qui est au fond du Brahmanisme. Cette donnée, les poètes la chantent quelquefois ; mais uniquement parce que la religion le permet.
On peut dire que la littérature indienne est celle d'une race servile ou asservie. Dans toutes les œuvres poétiques, la religion domine et trône ; dans les épopées, l'histoire est submergée par la mythologie. Partout l'esprit est l'esclave du Brahmanisme ou du Bouddhisme. Mais si le prêtre maîtrise la pensée ; le corps est tout aussi enchaîné, il est la chose du roi, qui lui-même est le bras séculier du brahmane.
En résumé, la littérature indienne est celle d'une race, dont le ressort est brisé, d'une race qui a subi un arrêt de développement intellectuel. Pourtant cette race n'était pas mal douée ; mais la double servitude religieuse et monarchique ne lui a pas permis d'avoir des sciences d'observation, ni même une histoire.
H60 LA LITTÉRATURE DE L'iNDE.
Trop faible pour réagir, la race s'est soumise et ses représentants les mieux doués se sont lancés dans les spéculations métaphysiques, dans les combinaisons mathématiques, qui dp donnent d'ombrage ni au trône, ni à l'autel : en résumé, la pensée, dans Tlnde, est arrivée à la caducité sans passer par la virilité ; elle est restée servile, sensuelle et subtile.