CHAPITRE XIV
La Uttérature en Perse
SOMMAIRE
I. La littérature antéislamique, — La destruction dos livres perses par les Arabes. — Pourquoi XAvesta a survécu. — L'animisme poétique dans XAvesia,
— Les h\inncs au Soleil et à Mithra.
n. Im poésie héroïque en Perse. — Le Chah-Nemeh. — Les antiques légendes résumées dans le Chah-Nemeh. — Les plaintes de Firdousi. — Le style imagé du Chah-Wemeh. — Maniérisme des figures. — Locutions rituelles.
— Une description de bataille. — La magie dans le Chah-Nemeh. — L'astrologie. — Les légendes de Rustem et de Kei Kaous. — La Phèdre perse. — Les beautés du Chah-Nemeh. — La pauvreté des idées. — Le fatalisme astral.
IIL Les poètes lyriques de la Perse. — La ménagerie des poètes courtisans.
— Roudagui. — Kisaî. — Chahid de Bactriane. — Avicenne et ses hardiesses.
— Abou-Saïd, le libre-penseur. — Saadi et Hafiz.
IV. Le théâtre persan. — Le théâtre populaire. — Karaguéz. — Les téazié.
— Extrême impressionnabilité de l'auditoire. — Le style emphatique des téazié.
V. L'évolution littéraire chez les Iraniens. — Los Kâflrs et les Perses primitifs. — - La parenté probable des Slaves primitifs et des Iraniens.
Parmi les antiques empires do la primitive histoire, il n'en est aucun, qui ait joué un rôle aussi éclatant que celui des Perses et il n'en est aucun dont la primitive littérature nous soit moins connue. C'est que la Perse a été conquise par les Arabes et de trop bonne heure, alors que l'Islamisme était encore dans sa période de fanatisme aveugle et furieux. On raconte qu'après la conquête de la Perse par les Arabes, Saad écrivit au calife Omar pour lui demander Tautorisation de faire transporter en Arabie les livres, qu'il avait trouvés on Perse. Omar répondit : « Jetez tous ces livres à l'eau. Si leur con-
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tenu peut diriger vers la vérité, Dieu nous a accordé un livre bien supérieur ; si leur contenu est faux, que Dieu nous préserve de les lire ».
Une autre fois, on présenta à Abdallah, fils de Taher, un ouvrage dédié à Khesrou-Nouchirvan ; mais Abdallah répondit : « Nous lisons le Koran. Toute autre lecture que celle de ce Livre sacré et des traditions du Prophète nous est inutile. D'ailleurs le livre, que vous me présentez, a été composé par les Mages » Puis il ordonna de jeter le livre à l'eau et de brûler tous les ouvrages écrits en ancien Persan.
Ce ne sont pas là des faits isolés. Ce zèle destructeur était Tesprit ou plutôt le manque d^esprit des conquérants. Mahmoud le Gaznévide, protecteur et père des lettres, fit brûler, dans la ville de Rei, une précieuse bibliothèque, parce qu'elle renfermait, disait-il, des ouvrages opposés à la foi musulmane, etc. (1). Grâce à cette ferveur bornée, les anciens livres historiques et une grande partie des livres religieux de Tancienne Perse ont été anéantis. De ces derniers, ceux qui nous restent sont de genre liturgique, c'est-à-dire assez peu intéressants. S'ils ont survécu, c'est qu'ils existaient à un grand nombre d'exemplaires. C'est ainsi que, chez nous, si une pareille Saint- Barthélémy de livres était possible et venait à se réaliser, les Paroissiens auraient grande chance de survivre à l'universelle destruction.
L'ancienne poésie lyrique de la Perse a disparu et pourtant les compagnons d'Alexandre et plus tard les chrétiens ont entendu les Perses chanter des poésies amoureuses, etc. ; toute cette antique littérature est perdue et les versets du Zend- Avesta^ si parfaitement insipides, ne suflisent pas à nous consoler de cette destruction. Un savant, très familier avec les reliques de cette ancienne liturgie, déclare franchement qu'elles ont juste autant d'intérêt que nos catéchismes (2). Quoique
(1) L. Dubcux, La Perse.
(2) J. Darmstctcr, Origines de la poésie persane.