IV. — Le théâtre persan
Au cours de ces études, nous avons maintes fois obser\-é que, sous la forme d'opéra-ballet, les représentations théâtrales sont presque partout les manifestations primitives de Testhétique littéraire. Pourtant on n'en a pas constaté d'exemples chez les anciens Arabes, peut-être parce que l'histoire ne les a pas enregistrées. En Perse, la conquête arabe a si bien submergé le passé, que pendant des siècles, elle n'a pas laissé à Tart dramatique la liberté de se produire. Pourtant cet art semble bien dans les goûts de la race iranienne. Le théâtre persan est né, peut-être pour la seconde fois, seulement au commencement de ce siècle, au moins le théâtre sérieux, le théâtre religieux; quant au théâtre populaire, il n'a peut-être jamais cessé d'exister, mais sans attirer l'attention des étrangers.
Ce dernier théâtre est toujours de genre comique. Les acteurs sont des artistes ou bateleurs ambulants, courant le pays avec leurs bayadères et même des animaux, des singes, des ours, etc. Les pièces sont des farces, toujours plus ou moins improvisées, émaillées de bons mots, d'allusions locales. Les sujets de ces facéties sont ordinairement pris dans la vie champêtre (2).
Encore au-dessous de ce théâtre rustique, il y a les marionnettes, les représentations de Karaguëz (l'œil noir). Ces marionnettes semblent remonter, en Perse, à une très haute antiquité surtout chez les tribus nomades, d'origine turque. Le
(1) Barbier de Meynard, La poésie en Perse^ 47-66 (passim).
(2) A. Chodzko, Théâtre persan (préface VII-X).