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LE THEATRE PERSAN

béros du Karaguëz est un type national et populaire, analogue au Pulcinella napolitain, au Stenterello florentin, etc., il a'appelle Kêtchel PehUvan (béros chauve). Toujours il est chauve, en effet, comme polichinelle est toujours bossu. Il personnifie Thypocrisie, la tartuferie religieuse ; c'est une sorte de protestation du bon sens iranien contre le fanatisme de Tlslam (1).

Au contraii'e, les téaziés du théâtre sérieux sont la manifestation officielle de la ferveur religieuse. Les téaziés sont sortis d'une vieille coutume pieuse, du deuil de Moharrem, durant lequel, pendant dix jours, on chantait des cantiques en Thonneur des martyrs de la famille d'Ali, le <c lion de Dieu » (2). Le mot téazié vient du verbe azd, se chagriner, se lamenter pour un deuil (3). Les téaziés sont toujours anonymes et toujours écrits en vers. Avec beaucoup de raison, on les compare à nos Ml/stères du moyen-àge. Le langage usité dans les téaziés est toujours sinjple, digne; le vers employé est le vers lyrique, court et souple, tout-à-fait adapté à la mélopée du récitatif (4), Le répertoire des téaziés semble arrêté, fixé ; on ne compose plus aujourd'hui de pièces nouvelles et il en existe trente-deux anciennes (5).

Les représentations des téaziés ne sont jamais une spéculation. Toujours elles sont une œuvre pieuse et méritoire, entreprise dans un but religieux ou pour obtenir quelque grâce. Poète, acteurs, entrepreneurs des téaziés travaillent ou ont travaillé sans rémunération ;-même les rafraîchissements sont distribués gratuitement : Tout le personnel des téaziés pense uniquement au salut des âmes ; les scènes jouées « sont des briques, que l'entrepreneur fait cuire ici-bas, pour construire son palais céleste là-haut ».

Parfois le personnage, qui donne à ses frais la représenta-

'1 A. Chodzko, Théâtre persan (préface X-XIV). ;2) Barbier du Me^nard, La poésie en Perse^ 68.

(3) A. Chodzko, loc. cil.j XIX.

(4) Barbier de Meynard, loc. cit.^ 72.

s,5) A. Chodzko, loc. cit,^ XXXII.

tion, étale un luxe inouï. En 1833, le ministre des affaires étrangères, Mirza-Aboul-Assan-Khan, dans un téazié donné à Téhéran pour obtenir la guérison de son fils, exposa pour un demi-million de cacl)emires, de joyaux, etc. (1).

Dans les campagnes, les téaziés se jouent dans des tekiés, sorte de portiques bâtis exprès ; dans les villes, sur les places publiques, dans les cours des mosquées, des palais, etc. Un grand vélum recouvre Tarène soigneusement balayée. Les rafraîchissements usités sont des pois, des graines de melon, des poires, du millet, le tout macéré dans de la saumure, puis grillé à petit feu. Le millet surtout est fort estimé : on croit qu'il excite à Tattendrissement et aux larmes (2).

Avant la représentation, un personnage spécial, le Roûzekhan, assisté d*unc douzaine de petits chantres et placé sur une estrade, prépare l'auditoire par des légendes, des sortes de prône, aux douloureuses impressions qu il va éprouver (3). Cet auditoire est extrêmement facile à émouvoir ; il ressent les malheurs de la famille d'Ali, comme s ils étaient les siens. Dix mille spectateurs à la fois, gémissent, sanglotent, poussent des cris déchirants, se frappent la poitrine en même temps. Des pantomimes, des chœurs de danse, des figurants groupés dans des attitudes savamment combinées, varient la représentation et en rehaussent l'attrait, tandis que des fanfares retentissent. En résumé, tout, dans ce spectacle populaire, rappelle les festivals des primitifs, qui semblent avoir été retrouvés par les Persans, mais avec plus d'éclat. Je dis « retrouvés », car il est peu vraisemblable qu'une race intelligente et si éminemment organisée pour goûter les représentations dramatiques ne les ait pas jadis plus ou moins connus et pratiqués.

Je ne saurais évidemment analyser le sujet des téaziés; la fable en est d'ailleurs peu intéressante ; mais je citerai quel-

(1} A. Chodzko, Théâtre persan^ XXI.

(2 Ibid., XXII, XXV.

:3; Ibid., XXM.

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