‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 147 sur 209 · II. — Les aèdes et la musique · texte numérisé non relu

II. — Les aèdes et la musique

Les écrivains, historiens, annalistes de la Grèce antique ne se sont, comme il arrive ordinairement pour les classes let-

(1) Fauricl, loc, cit y t. U, 243.

trées, occupés de la poésie populaire qu'en passant. Ils nr nous parlent guère que de chanteurs en quelque sorte officiels, d'aèdes, remplissant souvent une fonction sacerdotale et appartenant d^ordinaire à des familles de chantres ; par exemple, les Eumolpides (bons chanteurs), les Lyconides, dans TAttique, les Homérides de Chios, etc. (1). Ces aèdes n'écrivaient pas ; ils composaient mentalement, chantaient leurs poèmes et ceux-ci étaient recueillis et conservés dans la mémoire des auditeurs. — Mais au dessous de ces classes on clans organisés de chantres, d'aèdes, il y avait sûrement tout un peuple de poètes populaires, non enrégimentés, de rhapsodes libres.

Cette classe de bardes indépendants et laïques existe dans la Grèce moderne et, ce qui est bien curieux, c'est que la plupart de ces chanteurs populaires de la Grèce contemporaine sont des aveugles, ce qui forcément nous fait penser à la légende d'Homère. — En effet, un très grand nombre des chants populaires de la Grèce moderne sont attribués à ces rhapsodes aveugles (3). Ceux-ci s'appliquent à recueillir dans leur mémoire le plus possible de poésies et s'en vont de ville en ville, de village en village, d'île en île, distribuant leur trésor à des auditoires toujours renouvelés (4). D'habitude musiciens et poètes, les rhapsodes modernes composent à la fois les paroles et les airs de leurs chansons (5). Ces bardes nomades sont en même temps des annalistes poétiques; ils tiennent note de tout, chantent à propos de tout, servent de journalistes et d'historiens et, comme ils se déplacent sans cesse, ils créent vraiment un corps de poésies populaires communes à tout le pays. Ceux des chanteurs aveugles, qui sont incapables de composer eux-mêmes, se bornent à col-

(1) A. Picrron, Hist. littér. grecque^ 22. — Posnett, Comp, littér., III.

(2 A. Pierron, loc. cit., 35.

i3) Fauriel, loc. cit., t. I, p. LXXXIX.

(4) Fauriel, loc. cit. y t. I, p. XC.

(5) Fauriel, loc. cit., t. I, p. XCII.

Page 1