‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 148 sur 209 · LES AÈDES ET LA MUSIQUE · texte numérisé non relu

LES AÈDES ET LA MUSIQUE

porter les poésies d'autrui et de cette manière concourent activement à la même œuvre (1).

La métrique de ces poésies n'est fondée ni sur la rime, ni sur la quantité, mais simplement sur Taccent tonique. Chaque vers doit comprendre un nombre déterminé de syllabes toniques, de ces syllabes, sur lesquelles porte Teffort de la voix dans la prononciation du mot (2). Le grand vers des Hellènes modernes se compose de deux hémistiches distincts, le premier de huit, le second de sept syllabes. Par sa longueur ce vers rappelle donc le vers sanscrit. De ces hémistiches le premier a un accent obligé sur la sixième ou sur la huitième syllabe (3). Les airs sont simples, traînants, plaintifs (4) ; la phrase mélodique est courte et ne comprend quelquefois qu*un seul vers, ordinairement deux et jamais plus (5). Ordinairement chaque vers forme, à lui seul, un sens ou un tableau complet ; mais il y a de fréquentes répétitions (6).

Cette métrique, si rudimentaire, a pu préexister dans la Grèce antique aux mètres variés et savants, qu'adopta la poésie développée. Déjà, dans la terminaison des vers populaires de la Grèœ moderne, il y a des intentions de métrique quantitative, d'anapeste, de dactyle, etc. (7).

Enfin, dernier trait de ressemblance, les aèdes modernes s'accompagnent, comme les anciens, avec une lyre. Les Grecs modernes, comme leurs ancêtres, n'usent guère des instruments à percussion. La lyre et un instrument des plus primitifs, la musette, suffisent à leur orchestration (8). — Dans la Grèce antique, Tinstrument le plus anciennement employé fut aussi un instrument à cordes, la cithare (yjôopt;, xieâpa)

(1) Fauriel, loc. cit., XCIL

(2) Ibid., CXVm.

(3) Ifjîd.: CXLX,

(4) Ibid,, CXVI.

(5) Ibid., CXV.

(6; Ibid., GXXXn.

(7) Ibid., t. I, CXIX.

{8i Jbid., XCV.

OU laphorminx (çopjaiyI). La légende attribue Tinvention de la cithare à Hermès et c'est rinstriiment ordinaire d'Apollon (1). Cette cithare primitive n'avait que quatre cordes ; elle sen*ail seulement à soutenir le récitatif (2). Plus tard, les Grecs ajoutèrent un second tétracorde au premier, m^ds à partir de la note la plus élevée, qui resta commune, d'où un instrument à sept cordes (3). Puis, le progrès continuant, on inventa des instruments à cordes nombreuses : le barbitos de Théocrite, le magadis d'Anacréon, qui comptait vingt cordes (4), d'où un registre de sons beaucoup plus étendu. — Les instruments à percussion peu employés, ceux en cuivre réservés aux armées, des orgues hydrauliques d'invention moins ancienne, ne comptent gu^rc dans l'instrumentation hellénique ; le rôle principal fut longtemps rempli par des instruments, que l'on peut appeler savants : la cithare et ses dérivés.

Ces nobles instruments eurent à se défendre contre l'invasion d'instruments moins nobles, mais plus puissants et venant de l'Orient, contre la flûte et ses dérivés. La lutte fut vive et la vengeance d* Apollon, dieu de la cithare, sur le flûtiste Marsyas la symbolise ; finalement la cithare dut composer avec sa rivale, et l'on arrangea tout en attribuant à Apollon luimême l'invention de la flûte (5). Cette flûte fut longtemps de type très simple ; elle ne servait aussi qu'à accompagner ou soutenir le chant ; mais, comme elle avait néanmoins plus de force que la cithare, elle produisit dans la musique grecque une révolution : la séparation de. la musique instrumentale et de la musique chantée, innovation considérée d'abord comme étant presque immorale. De là naquirent la musique aulétique et la citharistique^ qui se passaient du chant, à côté de la

;i) M. Croiset, llisL liltér, grecqtiey I, 66.

(2) Ibid, I, 408.

(3) Ibid., n, 28.

(4) Ibid., U, 204.

(5) Ibid,, II, 57.

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