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III. — La poésie philosophique

En Grèce, la littérature ne s'est point laissé asservir par la théocratie, comme elle Ta fait dans l'Inde, aussi son évolution a-t-elle été aussi complète que possible. La poésie hellénique, après avoir été d'abord orale, puis écrite, épique, lyrique, dramatique, d'abord chantée puis simplement parlée ou déclamée, quoique toujours métrique, a encore été l'instrument employé par les premiers philosophes pour exprimer leurs spéculations. Pour les Hellènes, le langage rythmé et mesuré est resté bien longtemps le seul vêtement, qu'il convînt de donner aux idées ou aux sentiments élevés, et quand ils se

(1) Aristophane, Les grenouilles (passim).

(2) Posnett, Comp. litter,, 213-218.

mirent à philosopher, ils ne descendirent pas tout d'abord à la simple prose, pourtant plus exacte, plus analytique, plus convenable pour exprimer des idées précises.

La première philosophie grecque fut naturellement métaphysique et je sortirais de mon sujet en exposant ses systèmes subtils ; mais j'en puis parler au point de la vue de la forme. De Thaïes, de Pythagore, il ne nous reste que des échos d'idées ; mais nous savons que Xénophane et Parménide écrivirent des poèmes philosophiques ; Empédocle fit de même. Les systèmes de ces première philosophes sont abstraits et abstrus, d'une intelligence difficile, semés cependant de vues ingénieuses ou vigoureusement exprimées :

« Les mortels, dit Xénophane, croient que les dieux naissent, comme eux, avec leurs sens, leur voix, leur corps. — Si les bœufs et les lions avaient des mains, s'ils savaient dessiner, comme les hommes, ils feraient des dieux à leur propre ressemblance; les chevaux les représenteraient pareils à des chevaux ; les bœufs à des bœufs, avec une forme et des membres semblables aux leurs. » (1).

Nos poètes et prosateurs d'Europe ont bien souvent pris et repris cette idée de Xénophane ; ils ne l'ont pas traitée mieux que lui. Un autre philosophe, Parménide, sut mettre en vei*s une dialectique serrée, pressante et ornée tout h la fois, par exemple, dans ce passage tout empreint de panthéisme :

« Comment veux-tu que Tôtrc soit né ? En quelle manière? De quelle origine ? D'où lui viendrait son accroissement ? Du non être ? — Je te défends de le dire et de le penser. — On ne peut ni dire ni penser que l'être ne soit pas. Et quelle nécessité l'eût fait être? Pourquoi plus tAt ou plus tard ? Il n'y a dans l'être ni naissance ni commencement. Il est absolument ou il n'est pas et nulle force d'argument ne permettra jamais que rien en sorte (jui né soit de lui. Qu'il puisse naître ou mourir, c'est ce que ne souffrira pas la Justice, détendant les chaînes, dont elle le tient serré. » (i).

Cette évocation finale d'une justice anthropomorphique,

(1) Traduction M. Croiset, loc. cit.. Il, 498.

(2) Ibid.

LA POÉSIE PHlLOSOPfilQUE. 429

tenant l'Etre dans les chaînes, nous ramène à la poésie et termine singulièrement cette série de questions philosophiques disposées en cascade.

C'est durant la période dite attique (V* et VI' siècles) et sous l'influence d'Athènes, que la prose se substitua graduellement à la poésie, marquant ainsi que la pensée grec^jue sortait delà jeunesse pour entrer dans Tàge viril, quittait le pays de l'imagination et de Timpressionnabilité pour celui de l'observation et de la froide analyse. Mais le changement ne se fit pas en un jour. Les logographes commencèrent par raconter en prose poétique et sans le moindre esprit critique, de vieilles légendes : les généalogies des dieux et des héros, les fondations mythiques des cités, etc. (1). Hérodote, le premier, fait descendre l'histoire du ciel sur la terre ; sa prose n'a plus d'ornements poétiques ; elle rapporte des événements humains, le plus souvent réels, mais sans un suffisant triage des faits authentiques et des fables. Un bon nombre de contes populaires, que nous mettrions maintenant dans nos recueils folkloriques, sont gravement rapportés par le « père de l'histoire )>. J'en ai cité un curieux exemple à propos de l'Egypte ; mais Tesprit grec était d'une autre trempe que l'esprit égyptien ou même indien ; incapable de s'immobiliser, il était toujours en quête de quelque nouveau progrès, aussi la prose hellénique évolua, comme la poésie, en devenant toujours plus raisonnable, plus exacte, plus philosophique. Pour la sobriété du style, la sûreté des appréciations, la portée des réflexions, Thucydide et Polybe sont bien plus près de notre temps que de celui d'Hérodote et, si la prose de Platon rappelle trop celle des anciens philosophes grecs, le style d'Aristote au contraire est, en dehors de sa métaphysique, celui d'un savant et d'un homme d'Etat.

N'ayant pas à faire ici une histoire complète de la littérature grecque, mais simplement à signaler les points princi-

(1) M. Croisct, loc, cit , II, 536, 577.

paux de son évolution, je bornerai là mon court exposé. Cette floraison intellectuelle de la Grèce, unique dans les annales du genre humain, se rattache-t-elle aux faits sociologiques et dans quelle mesure ? J'essaierai de le dire tout à rheure ; mais auparavant il nous faut jeter un coup d'œil sur la littérature romaine, assez médiocre imitation de la littérature grecque.

Bien des générations de lettrés ont minutieusement étudie la littérature latine ; non seulement tous les ouvrages de l'antiquité latine, mais presque chaque ligne, chaque mot de ces ouvrages, ont été examinés au microscope. En outre notre éducation universitaire nous a donné une teinte, plus ou moins foncée, de latinisme. Je puis donc me borner, en parlant de la littérature latine, aux données qui spécialement nous intéressent, à celles qui peuvent nous renseigner sur les origines et l'évolution littéraire des Romains.

D'où venaient les premiers habitants de l'Italie ? C'est là un problème anthropologique, qui est loin d'être résolu encore. Avant les immigrations aryennes, la péninsule était déjà occupée par des populations peut-être de race africaine, berbère. 11 en était ainsi surtout dans l'Italie méridionale, où, aujourd'hui encore, prédomine le type dolichocéphale. Les Etrusques eux-mêmes, qui appartenaient aussi au type dolichocéphalique, doivent sans doute se rattacher à la grande race berbère, qui, dans l'Afrique du nord et dans rEuroiM3 méridionale, semble avoir précédé toutes les autres.

Quant aux Latins proprement dits, aux habitants du Latium, ils paraissent issus d'une souche asiatique, congénère de la race hellénique. En effet la langue, que parlaient les Latins primitifs, était étroitement parente du grec archaïque, surtout du dialecte éolien (1). Le fond des très anciennes

(1) Pierron, loc. cit.j 8.

LA UTTÉRATUAE ROMAINE. 431

traditions et surtout de la mythologie était aussi commun aux deux races. 11 n'est donc pas étonnant que, lors du contact des Latins et des Hellènes dans Tltalie méridionale, les premiers aient subi sans peine Tinfluence littéraire des seconds, plus avancés en civilisation. La langue môme des Romains, primitivement analogue au dialecte des Osques, ne se fixa guère avant Tépoque de la chute des Tarquins (1) et, plusieurs siècles après, Rome n'avait pas encore de littérature dans le sens que les spécialistes attachent à ce mot, c'est-àdire pas de poésie rigoureusement métrique, pas de genres littéraires distincts, etc. — Est-ce à dire que réellement, pendant les cinq première siècles de son histoire, Rome n'ait produit de manifestation littéraire d'aucune sorte ? Nous avons trouvé une esthétique littéraire quelconque chez les races les plus sauvages; ce serait vraiment un phénomène des plus singuliers, si, comme l'a dit Mommsen, le peuple-roi avait pu atteindre le point culminant de son développement politique avant d'avoir eu une littérature.

C'est qu'aux yeux des lettrés les origines de l'esthétique littéraire ne comptent pas ; mais ces origines ne s'évanouissent pas devant ce dédain ; elles n'en sont pas moins nécessaires et elles ont existé à Rome, comme ailleurs.

A Rome, le clan, la gens, a duré longtemps et nous savons que cette forme première de l'organisation politique ne comporte guère de poésie personnelle, d'œuvre littéraire de fantaisie. Les danses chorales, les chœurs, etc., sont la poésie ordinaire de cette phase politique. Puis, généralement, tous les genres littéraires sortent peu à peu de ces spectacles ou cérémonies communautaires. A Rome, révolution ordinaire fut entravée par la domination des familles patriciennes. Mais ces familles aristocratiques avaient leurs poésies communautaires à elles, leurs hvmnes aux ancêtres et, dans leurs banquets, on exécutait des chants, avec accompa-

(i) A. Pierron, loc. cit,^ 28,

432 LA UTTÉRATURE GREOOROMAIXE.

gnemcnt de flûtes (tibia) pour louer les ancêtres remarquables.

Dans cerUdnes cérémonies reli^euses, on chantait aussi des hymnes traditionnels, en combinant la danse sacrée avec la musique et le chant. — Chaque année, au mois de mars, les Saliens, prêtres de Mars, défilaient processionnellement avec leurs boucliers sacrés et en chantant des hymnes. Cn autre collège sacerdotal, celui des frères arva/es^ dont la fondation était attribuée à Romulus, faisait une procession, aa printemps, ayec chant, musique et sacrifice. Tibulle semble bien avoir décrit cette cérémonie, dans une de ses élégies (i). Le jour de cette fête était un jour de repos ; le travail des champs chômait ; les bœufs, les cornes ornées de fleurs, restaient devant leurs crèches hier) garnies. Les prêtres parfois allaient puiser Teau des fontaines. Les bergers, le front ceint de couronnes d'oliviers, conduisaient en pompe à Tautel un agneau, que Ton sacrifiait pour tirer des mouvements de ses entrailles des présages relativement à la prochaine récolte. La trompette phrygienne accompagnait les chants. Enfin la fête se terminait par des danses et de copieuses libations. Le tout se faisait en l'honneur de Cérès et de Bacchus dans Tespoir d'obtenir d'abondantes moissons.

Pour cette cérémonie, les frères arvales avaient un hymne spécial, dont on répétait trois fois, chaque vei"s, et cinq fois l'exclamation finale : « triomphe » (2).

Ces chants étaient des carmina, c'est-à-dire des sortes de cantilènes, en vers saturniens, qui sont à peine des vers. C*était aussi en vers saturniens que se composaient les tiénws, c'est-à-dire des hymnes en l'honneur des morts; on les chantait dans un repas funèbre, sur le lieu même des funérailles; ce fut d'abord l'office des parents du défunt ; puis on se dtV chargca de ce soin sur des pleureuses à gages (3).

(l)TibuHc, Elégies, livre H, Elég. 1.

(2) A. Pierron, toc, cit., 12. — Posnctt, Comp. litiér., 114-115.

(3) Dciidcr, HisL abrég. littér. rom,, 7.

LA LITTÉRATUHE ROMAINE. 433

Les anciens Romains avaient un goût très vif pour la musique et surtout pour la danse. Aussi exista-t-il, dans Tancienne Rome, un Collège de flûtistes et une confrérie sacerdotale de danseurs ou sauteurs sacrés (Ludii^ Ludiones)^ qui, dans les processions, marchaient immédiatement après les images des dieux (1).

Avec ces spectacles religieux coexistaient des spectacles profanes, à l'origine, très rudimentaires et très populaires. C'était les Chants fescennins, les Mhnes et les Atellanes. Les Fescemnnij de Fescenniiim ville étrusque d*où ils étaient sans doute venus, étaient des bouiïonneries très simples, mais sarcastiques et souvent très dissolues. Les Fescennini étaient en vers saturniens et accompagnés de danse, de musique et de mimique. On finit par ne plus les tolérer qu'à l'occasion des mariages (2). Les Satiirœ étaient des représentations du même genre, d'abord rurales, puis jouées à Rome par des acteurs de profession, des histrions, empruntés à l'Etrurie (3).

Un spectacle plus primitif encore était celui desmimeSy communs à la Grèce et à Rome, mais d'usage très ancien en Italie. Le mime ressemblait beaucoup à Tatellane {d'Atella en Campanie) ; on y était seulement plus prodigue de gestes. Mimes et atellanes consistaient toujours en bouffonneries, en caricatures ; les paroles, dans les uns et les autres, étaient souvent improvisées. D'ordinaire, le but de ces petits spectacles était de faire rire les spectateurs ; mais on y pouvait prendre tous les tons et l'on a pu extraire des Mimes de Syrus des séries alphabétiques de sentences, de dictons, comme ceux-ci : « On ne court aucun danger à se taire. — L'homme doit apprendre aussi longtemps qu'il ignore, etc., etc. » (4). Dans le 7«em^ un acteur principal, ra/T//«me>?n/5 concentrait tout

(i) Nagcotte, Hist. liltér. latine (Introduction XVUI).

(2) Bcnder, loc, cit., 10.

(3) Ibid., 10.

(4) A. Pierron, loc, cit.^ 181.

ÉVOLUTION LITTÉRAIRK. 28

rintérêt et toujours la flûte accompagnait la danse et le chant. A Tépoque impériale, le mime subit une évolution régresâve ; il devint la pantomime, ballet mimique sans paroles, représentant ordinairement des sujets mythologiques, mais aussi des sujets comiques et tragiques. La pantomime finit par verser dans Tobscénité, par représenter des priapées et exhiber des femmes nues (1). — Mais, dans le principe, les mimes se rapprochaient beaucoup des atellanes ; c'était, comme elles, de petites farces avec chants, musique, mimique et danse. Les atellanes, genre mieux défini, étaient des comédies dites de caractères, mettant toujours en scène des types convenus et invariables : le glouton, le vieillard toujours dupé, le filou, etc. L'atellane était jouée non par des acteurs de profession, mais par des amateurs, des jeunes Romains masqués (2).

Dans son ensemble, cette primitive littérature des Romains, sur laquelle je ne saurais m' étendre, ne difl<ère de celles des autres peuples que par un goût déterminé pour les représentations scéniques; son caractère particulier, c'est de ne s'être pas développée, d'être ce qu'on peut appeler une littérature mort-née et la cause de cet avortement est sociale. La classe patricienne, qui, durant les premiers siècles de Rome, faisait et imposait la loi, donnait sans doute aussi le ton pour tout le reste. Or, elle était occupée de toute autre chose que de littérature ; à l'intérieur, il lui fallait se défendre contre les usurpations des plébéiens ; à l'extérieur, guerroyer et conquérir.

En fait, la littérature relevée, celle des lettrés, fut toute entière, à Rome, une littérature d'importation empruntée à la Grèce. L'invasion littéraire commença par le divertissement favori des Romains, par le théâtre. Livius Andronicus, un Grec, Naevius, un Campanien, firent représenter à Rome les

(i) Bender, loc.cit., 43. — Pierron, loc. cit.f 177-184. (2) Bender, loc. cit.<, 10-11.

premières comédies grecques (UI" siècle av. J. Ch.). Ennius, Plaute, Térence, etc., continuèrent, on sait avec quel succès, et je puis me dispenser ici même d'esquisser cette histoire très connue et, pour nous, d'assez médiocre intérêt ; il me suffira d'en rappeler quelques points principaux. On sait que les œuvres dramatiques furent d'abord à Rome des traductions ou adaptations, parfois des contaminations, c'est-à-dire des mélanges de comédies ou tragédies grecques, de pièces dites en pallitim. Les pièces en toges, les pièces romaines, se multiplièrent surtout dans le dernier siècle de la République (VIP siècle), à une époque troublée, où l'inégalité sociale était criante, quand la richesse était concentrée en un petit nombre de mains, quand nombre d'excès, de conflits, etc. offraient à la comédie, surtout à la comédie satirique, quantité de sujets d'observation. Mais, en se développant, la comédie togata resta imitatrice, elle ne se départit point du moule de \a.palliata et continua à mettre sur la scène les mêmes caractères généraux, les mêmes types consacrés (1).

Nous avons vu tout à l'heure que, sous l'Empire, la pantomime fit une terrible concurrence au théâtre artistique ; il en avait toujours été ainsi ; les premiers siècles de Rome n'étaient pas propres à développer le goût littéraire et l'on rapporte, que, pendant la représentation de YHécyre de Térence, les spectateurs quittèrent, deux fois, l'amphithéâtre pour aller voir des danseurs de corde et des gladiateurs (2).

Toute la littérature artistique des Romains a été, comme leur théâtre, artificielle, importée, imitée des (irecs, ou tout au moins inspirée par eux. Leur poésie lyrique est toujours restée étrangère à la vie réelle du pays ; elle a été factice. Virgile a imité Théocrite dans ses Eglogues, Homère dans son Enéide et, ce faisant, il a donné un exemple trop suivi à quantité de poètes épiques en chambre. Toute cette littérature

(1) Nageotte, HisL litlér. lat., 125-126.

(2) Ibid, 112.

436 LA LITTERATURE GRËGORUMALNE.

est sans racines ; c'est un simple divertissement de lettré et elle n'a sûrement exercé qu'une bien mince influence sur les destinées de Rome. Lucrèce lui-même, le grand Lucrèce, qui avait pourtant un vrai tempérament de poète, s'est borné à servir de truchement à Epicure, tant Tesprit de Rome était asservi à celui de la Grèce. — Un seul genre national put se développer à Rome, aussi longtemps du moins que dura la République, ce fut le genre oratoire, l'éloquence politique, dont Cicéron fut le dernier représentant glorieux, quoique ses harangues inclinent déjà à devenir des plaidoiries d'avocat.

Après Tinstitution de TEmpire, il n'y eut plus à Rome que de subtils plaidoyers au barreau et de futiles exercices de rhétorique ailleurs. Après Tibère, toute liberté de penser fui rigoureusement interdite ; on écrivit pour ne rien dire, en remplaçant le fond par les raffinements de la forme, par des sentiments afl^ectés et des expressions recherchées. Quand la littérature ne mérita plus de vivre, elle fut protégée par les empereurs. Domitien alla jusqu'à instituer un concours poétique avec couronne pour le lauréat. Par compensation, le même empereur rendit un décret, aux termes duquel les philosophes étaient chassés de l'Italie.

Pourtant la lente et profonde décadence morale et sociale de Rome créa un terrain favorable au développement d'un genre littéraire national, à la satire, qui, de Lucilius à Martial (1). railla, cingla avec une rare vigueur les vices de la Rome décadente. Les mêmes causes, la même indignation, donnèrent à l'historien Tacite le style vengeur que l'on sait. Partout ce genre littéraire s'inspire d'un sentiment de colère impuissante et refoulée ; il faut plaindre les pays et les temps où il se développe. Mais la satire elle même n'a qu'un temps : elle suppose encore, chez quelques individus, des restes d'énerpe et de dignité, la faculté de se révolter moralement en présence de certains spectacles, de certains caractères. Peu à peu cette

(1) Posnet, loc, cit., 262-266. — Bcndcr, loc, cit., 111

flamme dernière s'éteint à son tour ; alors la décomposition morale du corps social est complète et la fin, plus ou moins tragique, est proche. Pour dépecer un cadavre, il se trouve toujours des oiseaux de proie.

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