II. — Le Romancero espagfwL
Les trois grandes races bt-rbère, celtique, germaine, dont j'ai parlé au commencement de ce chapitre, ont eu, au Moyeoàge, des mœurs littéraires arialogues. En apparence les troubadours d'Espagne, les trouvères du nord de la France, les scaldes des Scandinaves et des anciens Germains se comportent et composent de même ; ]>ourtant leurs œuvres sont marquées d'une empreinte spéciale, correspondant à leur type ethnique. Le Romancero efA[)agnol, par exemple, a une couleur différente de celle des Nlbelungen et des Romans de la Table Ronde.
Tout d'abord le Romancero est tout semé de traits féroces, (juc le poème raconte ingénument et sans avoir l'idée de les blâmer en rien. Ainsi, quand le roi Alphonse-le-Chaste, cédant aux longues instances du preux Bernard, lui rend enfin son père, qu'il tenait depuis longtemps en prison, il a soin au préalable de faire arracher les yeux du captif (1). — Le comte Garci Feniandez était si vertueux, qu'il avait soin de ganter ses mains trop blanches afin de ne pas inspirer d'amour aux femmes; mais son épouse lui ayant été ravie, il s'arrangea pour la surprendre au lit avec son ravisseur, les décapita tons deux et s'en retourna en emportant précieusement les deux têtes et en emmenant la fille du mort, qu'il voulait épouser (2). Almanzor, roi more de Cordoue, invite à dîner Gonzale Busto et, au dessert, il se donne le plaisir de lui montrer les têtes de ses sept fils (3). — Sur une fausse dénonciation et sans examen, le « bon roi » Ferdinand fait couper les mains et les pieds à deux chevaliers, qui, avant de mourir, l'assignent, dans les trente jours, devant le Souverain juge, avec Pierre et Paul pour témoins, saint Jacques pour greffier (4). — Don
(1) Damas-Hinard, Romancero gênerai, t. I. 50.
(2) Ibid., 86.
13, Ibid , 106.
■4 Ibid., I, 182.