‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 171 sur 209 · LÀ CHANSON DE ROLAND. 50Ô · texte numérisé non relu

LÀ CHANSON DE ROLAND. 50Ô

Le sujet du poème est trop connu pour qu'il soit nécessaire de le résumer ; mais il importe d'indiquer sommairement les traits caractéristiques de l'œuvre. — Quoique la scène se paase dans un pays, qui prête fort aux descriptions, le poète ne s'occupe pas du milieu extérieur, il voit à peine la nature. Un seul vers, deux au plus, lui suffisent pour faire un tableau. Ce sont des peintures très sommaires, comme en font les enfants, des énonciations plutôt que des descriptions : « Le jour s'en va ; le soir descend ». — « Le jour fut clair et beau fut le soleil ». — « Comme les montagnes sont hautes, énormes et ténébreuses ! » — « Comme les torrents sont rapides (1) ».

Si les peintures sont faibles, les sentiments sont très élevés et en tout conforme à l'idéal chevaleresque de la société médioévale. Ce que Ton estime, c'est d'abord la fidélité au suzerain, vertu qui pour les gens du Moyen-âge, remplaçait l'idée et l'amour de la patrie : « Pour son seigneur, on doit souffrir grande détresse ». — « Il faut endurer, pour lui, la grande chaleur et le grand froid » (2). — Mais ce que glorifie surtout la Chanson de Roland^ c'est la valeur guerrière. En voyant s'avancer la multitude des Païens, Olivier conseille à Roland de sonner de son cor Olifant pour appeler Charles et son armée; mais Roland refuse : « Dans la douce France, j'en perdrais ma gloire ». — A Dieu ne plaise... — qu'il soit jamais dit par aucun homme vivant que j'ai sonné mon cor à cause des païens... ». « Plutôt la mort que le déshonneur ». Et, quand un peu plus tard, accablé par le nombre, il revient sur sa décision et pense à donner enfin un signal d'alarme, à son tour, Olivier le reprend : « Ce serait grande honte, dit Olivier ». — « Tous vos parents auraient à en rougir ». — « Et ce déshonneur serait sur eux toute la vie » (4). Dans l'opinion

(l; Léon Gautliier, loc. cit. 71, 95, 175.

(2) Ibid., 97.

(3; Ibid., 103, 106.

(4) Ibid., 167.

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d'Olivier, quand on a été téméraire, il en faut subir les conséquences.

Ce qui importe surtout, c'est de frapper de beaux coups, de ces coups qui auraient réjoui l'empereur Charles, s'il les avait vu asséner. L'archevêque Turpin, en donnant l'absolution à ses compagnons, évidemment voués à la mort, leur dit : « Pour votre pénitence, vous frapperez de grands coups » (1).

Néanmoins ces pourfendeurs ont le cœur tendre :

« Par très vive amitié, Tun pleure sur Tautre » — « et, par charité, tous se donnent mutuellement un dernier baiser >» (2) ; puis ils se préparent à mourir : « De crainte, disent-ils, que les gens de cœur ne chantent contre nous de mauvaises chansons », — il vaut mieux mourir en combattant. » (3).

Olivier et Roland se pleurent mutuellement : « Et l'un se prend à pleurer, en pensant à l'autre » (4). — Roland couche « doucement, doucement » sur l'herbe verte, Turpin mortellement blessé et, « d'une voix très douce », lui dit qu'il va aller chercher les corps des preux et les déposer devant lui « à la rangettc » pour qu'il les puisse bénir (5). Enfin Roland, qui survit le dernier, passe la frontière et se traîne à une portée d'arbalète pour mourir sur la terre d'Espagne, en faisant face à l'ennemi (6). Avant de succomber, il pense à son épée : « Ma Durandal, comme tu es belle et sainte! » (7) il pense aussi à autre chose.

c( Alors il se souvient de la terre de France » — « et de son oncle, le roi Charlemagne » — » et, qu'il le veuille ou non, ces pensées changent son cœur. » (8).

(1) L. Gauthier, toc. cit. y 109.

(2) Loc. cit., 139.

(3) Ibid., 141.

(4) Ibid., 189.

(5) ïbid., 207.

(6) Ibid., 215.

(7) Ibid., 221.

(8) Ibid., 163.

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