‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 172 sur 209 · LA CHANSON DE ROLAND · texte numérisé non relu

LA CHANSON DE ROLAND

Les femmes sont plus sensibles encore ; quand la fiancée de Roland, la belle Aude, sœur de Charlemagne, apprend la mort de Roland, elle ne veut pas être consolée et meurt : <( Ne plaise à Dieu, ni aux saints, ni à ses anges — que Roland mort, je reste en vie » (1).

Deux choses sont à remarquer dans la Chanson de Roland^ c'est que, pour les héros de ce poème, l'amour dont les romans de chevalerie ont tant abusé, semble ne pas exister, et enfin que le merveilleux n*y joue qu'un rôle tout à fait secondaire. C'est un poème d'hommes, de soldats, qui ne vivent que pour la guerre et sont prêts à la faire vaillamment partout où il pourra plaire à leur suzerain de les conduire.

Nous avons successivement examiné les grandes compositions épiques du Moyen-âge, du moins les plus spontanées, les plus frustes, celles qui sont particulièrement des œuvres collectives, auxquelles des littérateurs de métier ont seulement donné la forme dernière. Il est cependant une autre épopée que je dois aussi mentionner, mais sans m'y arrêter, car la place me manque et l'œuvre est universellement connue : c'est la Divina Commedia de Dante. Par le fond, le poème du Dante n'est pas plus que les autres épopées médioévales une œuvre personnelle. Les légendes relatives à des descentes aux Enfers se retrouvent non seulement chez Virgile et Homère, mais dans l'Inde, en Assyrie, etc., etc. La donnée principale de la Divine Comédie n'est donc qu'un lieu commun poétique; mais dans ce cadre presque banal, Dante a fait tenir un tableau complet de la société, de la religion, même de la philosophie médioévales. Par l'étonnante variété des épisodes, par la noblesse des sentiments exprimés, par l'intelligente utilisation des souvenirs de l'antiquité, l'épopée dantesque l'emporte de beaucoup sur toutes celles que nous a laissées le Moyen-âge. Elle les éclipse bien plus encore par la beauté de la forme, par la vigoureuse concision

;1) L. Gauthier, loc. cit. y 329.

512 LA UTTÉRATURE MÉDIOBVALE.

du Style, le bonheur de certaines expresâons, le parcimonieui emploi des qualificatifs, Tél^nt entrelacement des teroPts. Mais, à vraû dire, la Divine Comédie ne saurait se comparer aux naïves épopées du Moyen-âge. Non seulement elle est la dernière venue, puisque sa rédaction remonte au commencement du xrv* siècle, mais elle a été écrite et non pas chantée dans un pays où Tantique civilisation romsdne n*avait pas été complètement submergée par la barbarie du Moyen^àge, où les traditions anciennes étaient restées très vivantes, où même le régime politique médioéval avait dû transiger avec les municipes romains, faire avec eux une cote mal taillée. En Italie, Tesprit de Tantiquité ne s*est jamais complètement éteint et, tout en étant plus \igoureux que Virgule, le Dante Ta visiblement pris pour modèle et pour guide dans sa composition aussi bien que dans sa fable. Dans la littérature du Moyen-àge, la Divitia Commedia mérite donc une place à part ; il faut la lui donner et Ty laisser.

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