LE ROMAN DU RENARD ET LE THEATRE
Tout cela était du théâtre sérieux. Les mystères étaient des spectacles beaucoup plus populaires et dont l'origine première doit être beaucoup plus ancienne ; mais ils ne laissèrent pas de traces tant qu'ils furent seulement des mistères sans paroles^ des tableaux vivants, et souvent mimés. La manière dont s'organisaient ces représentations montre assez quel vif intérêt elles excitaient dans le public. Jamais spectacle n'eut un caractère plus collectif. Les princes, les prélats, les municipalités, les confréries, réunissaient leurs efforts pour faire jouer un mystère; pour les acteurs, ils se recrutaient dans toutes les classes de la société ; un modique droit d'entrée, perçu sur les spectateurs, couvrait les dépenses. Une fois constituée, la troupe des acteurs volontaires paradait processionnellement à travers la ville, avant la représentation, comme le font encore aujourd'hui nos saltimbanques.
Tout à fait à la fin du xiv" siècle (1398), par conséquent vers la fin du Moyen-âge, se constitua une confrérie spécialement dramatique, la Confrérie de la Passion^ qui joua des Mystères non plus seulement mimés, mais aussi parlés et rentrant par conséquent dans le théâtre proprement dit. — Ce sont ces mystères parlés, par suite écrits, dont nos érudits se sont spécialement occupés.
Ces Mystères écrits étaient de dimensions considérables et leur représentation durait ordinairement trois jours. On eli a vu qui comptaient 180,000 vers et dont la représentation exigeait quarante jours. D'ailleurs des coupures, des arrangements, modifiaient le texte au gré des originateurs, des adaptateurs. La scène était construite d'une manière à la fois naïve et compliquée. Elle était très vaste mais subdivisée en compartiments, en mansions ou décors divers, appropriés aux divers moments de l'action, qui se transportait tranquillement de l'un à l'autre au cours de la pièce (1).
J^ mentionne encore, mais pour mémoire seulement, les
1) R. Lintilhac; loc. ciL, 107, 109.
516 LA LITTÉRATURE MËDIOÉVALE.
sotties OU farces, les monologues qui rappellent assez les tuimes de Tantiquité et enfin les moralités, pièces ordinairement édifiantes et religieuses, parfois satiriques, remarquables surtout par l'abus des personnages allégoriques, qui marque la décadence littéraire au Moyen-âge (Ij.
Si Ton fait exception pour quelques fragments, quelques pièces comiques passables, il n'y a qu'une voix pour juger le théâtre du Moyen-âge; il est prolixe, grossier, puéril, dépourvu d'invention et il n'en pouvait être autrement ; car une littérature dramatique, quand elle est indigène et populaire, spontanément née, comme celle du Moyen-âge, ne saurait s'élever au-dessus du niveau intellectuel moyen de la société, dont elle est un simple reflet.