‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 30 sur 209 · LES ÉPOQUES COSMOGONIQUES · texte numérisé non relu

LES ÉPOQUES COSMOGONIQUES

Première période (Epoque de la pensée).

« De la conception, Taccroisseinent ; — de raccroissement, la pensée; — de la pensée, le souvenir; — du souvenir, le sentiment intérieur ; — du sentiment intérieur, le désir.

Deuxième période (Epoque de la nuit).

La parole devint utile; — Elle s'unit à la faible lueur; — Elle produisit la nuit : — la grande nuit, la longue nuit, — la nuit la plus basse, la nuit la plus haute, — la nuit épaisse pour être sentie, la nuit pour être touchée, — la nuit pour ne pas être vue, — la nuit de la mort. — Pendant cette période, il n'y avait pas de lumière ; — le monde n'avait pas d'yeux ».

Troisième période (Epoque du jour).

M Du néant, le commencement ; — du néant, l'accroissement; — du néant, l'abondance, — le pouvoir de croître, — le souffle vivant. — Celui-ci s'unit au vide et produisit : — Patmosphère, qui est au-dessus de nous, — l'atmosphère, qui flotte au-dessus de la teire. — Le grand finnament supérieur s'unit à la première aube — et produisit la lune. — L'atmosphère d'en haut s'unit à la chaleur — et de là naquit le soleil. — Ils furent lancés, comme les yeux du ciel. — Alors les cieux devinrent clairs : — la première aube, le premier jour, — le milieu du jour, — la flamme du jour du ciel ».

Suivirent trois périodes créatrices; l'une pour les archipels; une seconde pour les dieux ; une troisième pour les hommes (2).

(1) A. Lesson, Les Polynésiens, t. IV, 272. '2, A. LessoD, Les Polynésiens, t. IV, 207*

94 LA LITTKRATLRE POLYNÉSIENNE.

Il importe de bien remarquer, que, dans ce chant cosmogonique, tout est animique ; la pensée, le souvenir, la nuit, Taube, le finnament, Tatmosphère, le néant, etc., etc., sont des personnages divins, exactement comme les dieux helléniques : Chronos, Okéanos, Eros, Aphrodite, etc. Quand le poète dit que le firmament polynésien s'unit à Taube, ce n est pas une figure; il s'agit d'un véritable accouplement, comme celui d'Ouranos et de Gaia, dans la mythologie grecque. Cela étant établi, force est bien de reconnaître que ce petit poème cosmogonique ne le cède en rien aux compositions du même genre, existant chez les races supérieures. La première période où Ton voit la conception engendrer Taccroissement, d'où procède la pensée, d'où procède le souvenir, etc., etc. forme même un enchaînement logique. Par la brièveté des expressions, le vague des idées, l'obscurité énigmatique, l'ensemble du morceau peut soutenir la comparaison avec certains passages du Véda, de la Bible, etc., antiques recueils dont il est de mode d'admirer la sublimité.

Le passage suivant renferme aussi des beautés de même ordre :

« Qu'on ne s'afflige pas, si la terre est couverte d'eau ;

— qu'on ne se lamente pas de la longueur du temps. — Le règne de l'océan finira. — La surface de l'eau deviendiu raboteuse, — par lf»s terres qui surgiront, par les montagnes qui naîtront, — qui entoureront la mer comme une ceinture,

— oui, comme une ceinture autour de la mer. — Tu seras brisée, ô Terre. — Ne te lamente pas. — Oui, toi, même toi, etc., etc. » (1).

Ces poèmes ne traitent que de la cosmogonie générale; d'autres relatent les légendes ayant trait à la naissance et aux aventures des dieux. De ces légendes particulières, les principales sont celles de Rangui et de Papa, puis celle^de Mahoui. Elles méritent de nous arrêter un moment.

(1) A. Lesson, Les Polynésiens, IV, 269.

LES OEUVRES UTTÉRAIRES. 05

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