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IV. — Chants, Légendes, Contes, etc

Les Peaux-Rouges ont une littérature chantée et une littérature parlée : de la poésie et de la prose. Les chants sont ordinairement des récitatifs en mineur, des espèces de com-

11; U Figaro (Supplément du 17 janvier 1891).

12i LA LITTÉRATURE DE l'aMÉRIQUE SAUVAGE.

plaintes monotones, impossibles à traduire littéralement (1). Dans les poésies, le vers existe à peine, puisqu'il n'a ordinairement ni rime, ni allitération, ni quantité, par même d'accent et d'assonances. Aussi les Indiens usent et abusent de la répétition. Le texte des compositions varie souvent suivant le caprice du chanteur. Presque toujours le chant est coupé par un refrain, qui fréquemment est purement interjectionnel et totalement dépourvu de sens. Bien plus même, nombre de chants tout entière n'ont pas de sens : ils ne se composent que d'interjections. Si le chant a précédé la parole articulée, ces chants interjectionnels sont de parfaits spécimens de cette poésie encore animale, qu'on peut appeler la poésie de l'anthropopithèque (2). La chanson de guerre des Iroquois est un chant de ce genre (3).

D'habitude, le refrain est repris par le chœur des assistants. Dans les chants avec paroles, le sens est souvent incomplet ; les mots employés ne sont guère que des moyens mnémoniques destinés à réveiller dans l'esprit des auditeurs 1^ faits et détails d'une histoire très connue (4). Ordinairement les chants sont exécutés devant un auditoire nombreux, qui ne cesse de marquer la mesure par une interjection, un /i«'(5).

Les chants publics, nationaux, représentant la poésie du clan, sont des chants de guerre, des chants de mort, des chants religieux. Les derniers, les chants religieux, sont incohérents ; les couplets n'en sont pas liés ; mais on ne les chante que durant une danse ou une cérémonie et ta mimique des acteurs vient au secours des mots (6). Il est des tribus, les Schohnies, par exemple, qui ont des chants sacrés, tradition-

(1) Domcnech, loc, cit„ 413.

(2) Brinton, Annual Report of the Numismatic and Antiquarian society of Philadelphia, 1887.

(3) Ibid,

(4) Jbid. — Charlevoix, /oc. «7., V, 337.

(5) Charlevoix, loc, cit., V, 123.

^6) Domenech, loc cit,, 415.

CHANTS, LÉGENDES, CONTES, J5TC. l25

nfis, conservés depuis un lointain passé, des chants, qu'on apprend en secret et que Ton chante seuhMiient une ou deux fois, chaque année (1).

La guerre s'accompagnait aussi de chants de divei'se nature. Le chef qui entreprenait de faire une expédition, « de lever la hache », invitait les hommes de son clan à un grand festin ; il les recevait armé, après s'être peint ou noirci le visage et la poitrine ; puis il chantait, avant d'offrir le festin aux maniions^ auxquels il adressait une prière (2). La campagne commencée, quand on campait sur la lisière du territoire ennemi, les guerriers qui avaient eu certains rêves, entonnaient leur chanson d(* mort, en y mélangeant, à mots couverts, le récits de leurs songes. Si les auditeurs ne réussissaient pas à deviner le sens de ces chants obscurs, les chanteurs avaient le droit de renoncer à l'expédition et de rentrer chez eux (3).

L'absence de métrique dans la poésie indienne rendait l'improvisation très facile, puisqu'il suffisait de parler en suivant un air donné. C'était surtout dans les chants de mort, que les Peaux-Rouges donnaient hbre carrière à leur imagination poétique. Les prisonniers de gueiTe chantaient pendant toute leur captivité, constamment, nuit et jour (4); ils chantaient surtout, le jour de leur supplice et jusqu'à leur dernier soupir. Dans ces improvisations funèbres, l'Indien peau-rouge faisait entrer tout ce qui pouvait rehausser sa gloire et celle de sa nation, tout ce qui pouvait aussi ravaler et irriter ses bourreaux. Il vantait ses hauts faits et ceux des sieAs ; il racontait les tortures jadis infligées par lui à certains compagnons, amis et parents de ses tourmenteurs. Il menaçait ceux-ci de la vengeance des siens, se raillait de leurs impuissants efforts pour le faire souffrir, les insultait, etc. (5).

(1^ Brintoii, loc» cit.

,•2; UftUii, loc. ci7.,Hl, 172.

*3 Charlcvoix, loc. cil,, V, 349.

4; Laliontan, loc. cit., I, 118. — Lifitau, loc. cit , IV, 9.

(5) Lafiuu, loc. cit., IV, 10.

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