LA LITTÉRATURE DE L* AMÉRIQUE SAUVAGE
Au Brésil, les Indiens, qui avaient, comme les Peaux- Rouges, la coutume de torturer leui^ captifs, étaient, de plus, cannibales, aussi le guerrier torturé ne manquait-il pas, entre autres bravades, de se vanter de ses exploits anthropophagie ques. Montaigne rapporte le résumé d'un de ces couplets :
« Qu'ils viennent hardiment trestous et s'assemblent pour dîner de luy (chantait le supplicié); car ils mangeront quant et quant leurs pères et leurs ayculx, qui ont servi d'aliment et de nourriture à son corps : ces muscles, dit-il, cette chair et ces veines, ce sont les vostres, pauvres fols que vous estes : vous ne recognoissez pas que la substance des membres de vos ancestres s'y tient encore ; sauourez les bien ; vous y trouverez le goust de vostre propre chair. >» (I).
Les Peaux-Rouges, quand les Européens les ont connus, n'étaient plus guère cannibales ; mais leurs ancêtres Pavaient été et avaient sûrement chanté ce que rapporte Tauteur des Essais.
En dehors de ces chants de guerre, de mort, de religion, il y a des chansons de circonstance, par exemple, des improvisations, où, le soir, près du feu du campement, on retrace les péripéties de la journée. Le poète de la troupe improvise la musique et les couplets, après chacun desquels tout Tauditoire reprend le premier ou les deux premiers vers, en guise de refrain (2). A en croire le père Charlevoix, au siècle dernier, les Peaux-Rouges n^avaient pas encore de chansons d'amour. Us en ont maintenant et j'en citerai tout-à-l'heure un spécimen.
En dehors deMa poésie chantée, les Peaux-Rouges ont des légendes et des traditions, qui sans doute peuvent revêtir la forme poétique, mais qui peuvent aussi se raconter amplement, durant les veillées autour du feu. De ces légendes les unes sont cosmogoniques ; d'autres, en assez grand nombre, parlent d'un déluge universel. Il en est qui relatent les combats des ancêtres avec des monstres, des géants ou les migra-
(Ij Montaigne, 1, 25.
^2) Domenech, loc, cil.j 414.