‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 43 sur 209 · HI-NU ET LE NIAGARA · texte numérisé non relu

HI-NU ET LE NIAGARA

(Légende Sénoca (1).

Une belle jeune fille indienne allait être contrainte par sa famille de se marier à un hideux vieillard indien. — Le désespoir habitait son cœur. Ne voyant aucun moyen d'éviter son sort et, hors d'elle-même, elle sauta dans un canot, qu'elle poussa de la rive vers les eaux mugissantes du Niagara. Que lui importait la mort? Aux bras de son odieux poursuivant, elle prérérait les flots en courroux. — Or, l'esprit du nuage et de la pluie, le grand Ui-nou, qui veille sur les moissons, avait pour demeure une caverne derrière la cataracte. De son logis il vit le canot de la jeune fille se lancer désespérément; il la vit aller à un trépas pres(|ue certain. Déployant alors ses ailes, il vola à son secours et la saisit juste au moment oîi sa frêle barque allait se briser sur les rochers inférieurs. — Reconnaissante, la jeune fille vécut, durant quelques semaines, dans la caverne de Hi-nou, L'Esprit lui enseigna bien des choses nouvelles. De lui elle apprit pourquoi les gens mouraient en si grand nombre, pourquoi la maladie ne leur laissait pas de répit. Il lui dit (fue, sous le sol de son village, était couché un serpent enroulé sur lui-même ; il lui dit, comment ce serpent rampait et allait empoisonner les sources; car il vivait aux dépens des hommes, était insatiablement avide de leur chair et n'en aurait jamais eu une quantité suffisante, s'ils étaient morts seulement de mort naturelle. Ui-nou garda près de lui la jeune fille jusqu'au jour oîi elle apprit la mort de soa vieil amoureux. Alors il l'engagea à partir et à dire à sa tribu ce qu'elle avait appris du grand Ui-nou. — Elle fit donc part aux siens de ce que lui avait dit l'Esprit et les pressa d'abandonner leur campement pour se rapprocher du lac : son conseil fut suivi. — Pendant quelque temps, la maladie disparut ; puis elle éclata de nouveau; car le serpent était trop rusé pour se laisser jouer si facilement. Lentement mais sûrement, il se traîna à la poursuite de la tribu et il allait ruiner le nouveau camj)ement, comme il avait fait de l'ancien. Mais Hi-nou le suivit des yeux jusqu'au moment où il fut près de l'anse et alors il le foudroya; un fracas terribli^ réveilla tous les riverains du lac. Mais le serpent n'était que blessé. Ui-nou dut darder encore un coup de foudre, puis encore un autre, puis encore un autre, pour tuer l'empoisonneur. — Si énorme était le cadavre du grand serpent, quand il fut déterré

;1) Powcll, Second report anniial of ethnoloyy {Smithsonian Institution^ 1883;.

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