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De la langue et de l'écriture

Les langues américain(»s a|)|)artiennent, toutes, au groupe des langues agglutinatives. En pailant des P(»aux-Rouges, j'ai dit combien ces idiomes se prêtaient mal à la métrique. Nous avons vu aussi, chez les Indiens de l'Amérique du nord, combien les dialectes américains étaient nombreux et variés; mais la centralisation des grands empires de FAmérique avait beaucoup remédié aux inconvénients de cette multiplicité des langues en amoindrissant ou effaçant les différences locales.

Au Pérou, le Quichua avait commencé par être le langages des s<MiIs Incas ; mais le babélisme de ce vaste empire, r(»ndant Tadministration très-difficile, les souv(»rains s'étaient décidés à vulgariser et même à imposer la connaissance du Ouichua. A cet effet, on établit des maîtres de langue dans toutes les villes, même dans les villages et Ton décréta que la connaissance de la langue quichua serait exigée pour obtenir tous les emplois honorables et fructueux (1). Les poésies de Tancien Pérou ont donc été toutes composées en 0"ichua.

Sous le rapport de récriture primitive, le Pérou était moins avance que le Mexique. 11 n'avait guère fait encore que perfectionner r usage des colliers mnémoniques en usage chez les Peaux-Rouges. A défaut d'écriture, les Péruviens se s(»rvaient de quipos. Le quipo était une cordelette d'environ diMix pieds de longueur, à laquelle étaient suspendus, en frange, quantité de petits fils, semés de nœuds et div(»rsement colorés. Le mot quichua « quipou » signifie; « nœud ». Des sens variés étaient attachés à ces nœuds, à leur nombre, à leur arrangement et, d'une manière plus générale à la couleur des fils. Blanc signifiait argent ou symboliquement paix ; jaune voulait dire or; la couleur rouge était consacrée à la guerre. Les diverses nuances correspondaient donc chacune à des

(1 W. Prescott, Conq» Pérou^ I, Ul ^Introduction . — GaixilasbO de la Vega, Hiêt. des Incas, H, 177.

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catégories d'idées et jouaient à peu près dans le système quipo le rôle dos clefs dans récriture chinoise. Les quipos servaient surtout à enregistrer les nombres, les détails de statistique, d administration, et chaque district avait des quipucanaytis ou « gardiens de quipos » chargés de fouiiiir au gouvernement les renseignements dont il avait besoin (1).

Plus avancés, les Aztèques se servaient d'une écriture figul'ative, qui est aussi un simple perfectionnement d*un primitif moyen d'expression, de la pictographie en usage chez less Peaux-Rouges. Des pictographes Aztèques, ayant reçu une instruction spéciale, avaient tiré de ces grossiers hiéroglyphes une sorte de sténographie, qui leur pennettait non seulement de représenter ou plutôt de décrire rapidement les objets extérieurs, avec leur habile pinceau, mais même de noter la parole et les discours (2). Des collèges de prêtres aztèques enseignaient couramment Tart de la pictographie et on avsût constitué des séries de caractères appropriés aux diverses matières : à rhistoire, à la mythologie, à Tastronomie (3). Dans les derniers temps de l'empire, les Aztèques commençaient même à user de caractères phonétiques, mais seulement pour les noms de lieux et de personnes. Ainsi le nom figuré de la ville de Cimatlan se composait de signes représentant cimalt (nom d'une plante qui y croissait) et du mot ilan^ qui signifiait « apr^s » (ft). Par tous ces perfectionnements, les Aztèqu(îs étaient parvenus à faii'e de leur pictographie une écriture grossièitî, qui, après la conquête, demeura assez longtemps lisiblcî pour des indigènes élevés à l'Espagnole. Grâce à cette écriture, des légendes, des poésies, même des recueils historiques ont pu être traduits et conservés. Mais on y a trouvé des renseignements bi(»n plus que des œuvres remarquables. Les Mexicains étaient encore intellectuellement très-barbares

1 W. Prescott, loc. cit., I, 127, 129

2 Cortcz, Hist. univ. voy.^ vol. XXXV, III, 283. (.^. Prescott, loc, cit., 78 (Introduction).

(4^ Ibid,, 77.

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et leur organisation politique et sociale n'était guère compatible avec un essor littéraire de quelque valeur.

Sans vouloir décrire en détail la curieuse organisation de la monarchie péruvienne, ce que j'ai fait dans des ouvrages précédents, je rappellerai seulement, que l'ancien Pérou était le type idéal du pouvoir despotique, centralisé dans les mains d'un maître unique, considéré comme un être plus qu^humain, puisque Tlnca était tenu pour fils du soleil. Une telle constitution politique ne comporte pas la diffusion du savoir. Au Pérou, les connaissances tenues pour relevées étaient réservées à l'énorme famille des Incas et lui étaient transmises dans des écoles spéciales par des sages, probablement prêtres, les amatUaSy ayant le monopole du savoir (1). Nous ne pouvons donc pas concevoir Tespérance de trouver au Pérou une littérature libre et spontanément éclose. La masse populaire, dirigée^ surN^eillée, exploitée, régie comme un bétail humain, vivait en dehors de la littérature officielle. Celle-ci, asservie, confisquée, par la classe des prêtres et la caste des Incas, ne pouvait guère se permettre le luxe de l'initiative et de l'originalité. Les sujets religieux et guerriers, mais imposés, commandés, faisaient le fond de la poésie et de la prose officielles.

Les Amautas recueillaient la chronique des faits et gestes notables de Thica régnant ou de sc3S ancêtres. Cette chronique, on l'inculquait aux élèves oralement, à force de répétitions et en venant au secoui^s de leur mémoire par des moyens mnémoniques (1). De même les poètes, les versificateurs, les haravèqiics^ prenaient ordinairement pour sujets de leurs compositions, de leurs chansons et ballades, les événements les plus brillants de la vie des monarques. De cette littérature administrative résulte bien un corps de poésies traditionnelles, mais de poésie courtisane (2).

De même, au Mexique, les traditions guerrières ou reli-

1 Prcscott, Conq. Pérou, l, 125 (Introduction). ,2, Ibîd,, I, 128.

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