‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 51 sur 209 · L* ANCIENNE LITTERATURE DV PEROU ET DU MEXIQUE · texte numérisé non relu

L* ANCIENNE LITTERATURE DV PEROU ET DU MEXIQUE

divinités, la considérant comme un signe d'allégresse indispensable, alors qu'on approchait des dieux. Même les victimes humaines, que les Mexicains sacrifiaient avec une sanglante prodigalité à leurs horribles divinités, devaient danser et chanter en s' avançant vers l'idole, en l'honneur de laquelle on allait leur arracher le cœur (1). Parfois ces danses chorales, nationales et mimiques mettaient en mouvement plusieurs milliers d'hommes, qui, se tenant par la main, formaient d'immenses rondes.

Une connaissance approfondie de la danse et du chant était donc indispensable à tout Mexicain bien élevé et les exhortations rituelles des pères aux enfants mentionnaient la nécessité de devenir bon chanteur et bon danseur (2).

Les instruments de musique, qui, au Mexique, accompagnaient le chant et marquaient la mesure de la danse, étaient fort simples. C'était deux instruments à percussion : un tambour cylindrique en bois, ayant près de quatre pieds de longueur et environ dix-huit pouces de diamètre. Son extrémité inférieure reposait sur trois pieds et son extrémité supérieure était fermée par une peau tendue. Un autre instrument de même ordre, mais beaucoup plus petit, consistait aussi en un cylindre creux, mais sans diaphragme de pe^au, et avec deux languettes latérales, prises dans la paroi (3). La description, assez confuse, que les chroniqueurs nous ont laissée de cet instrument, fait penser aux gongs ou tamboui's de bois des Polynésiens et des Mélanésiens.

On ne change pas en un tour de main les coutumes invétérées, surtout quand elles tiennent à la religion ; aussi, comme l'histoire du Christianisme nous en fournit nombre d'exemples en d'autres contrées, le clergé espagnol dut se conten-

(1) B. Sahagiin, Uist. ffénér. des choses de la Nouvelle-Espagne (traduction Jourdaiict;, 867 (note}.

{"l) Sahagun, loc. cU.^ 868 'note^.

(3) Sahagun, loc, c«7., 867 (note).

ter tout d'abord, au Pérou, d'appliquer au culte du Christ les pratiques musicales et chorégraphiques des indigènes. Devenus chrétiens bon gré, mal gré, les Aztèques continuèrent à chanter et à danser par religion, seulement au lieu de le faire pour être agréables aux dieux Tlaloque ou pour Huitzilopochtli, ils le firent dans les églises en Thonneur de Notre-Dame de Guadalupe, etc. (1). De même, au lieu de chanter leurs mélodies nationales, les Péruviens chantèrent des hymnes et avec une grande justesse après les avoir apprises, en s^aidant de graines colorées et de petits cailloux, à Tancienne mode (2).

Ce que j'ai dit précédemment de l'éducation, chez les Quichuas et les Aztèques, suffit pour faire préjuger le caractère de leur poésie. L'organisation politique et sociale du Pérou et du Mexique était monarchique ; Tlnca et l'empereur du Mexique étaient des personnages semi-divins, exerçant un pouvoir absolu ; mais ces despotes étaient eux-mêmes en état de servitude mentale. En vertu même de leur céleste origine, ils étaient de dociles instruments de leur clergé, de sorte qu'en réalité les monarchies péruvienne et mexicaine étaient théocratiques. Or les effets, habituellement funestes, du despotisme d'un seul s'aggravent considérablement, quand l'homme, maître absolu, propriétaire sans contrôle des choses et des gens, se considère comme le représentant autorisé, parfois comme le parent des dieux eux-mêmes ; alors ses sujets lui semblent quelque chose comme des grains de poussière ; rien ne réfrène ses caprices et pourtant il n'est d'ordinaire que le bras séculier d'une classe ou caste sacerdotale. Aloi's une tyrannie à la fois sauvage et bigote entreprend de réglementer non seulement les actions, mMS les pensées de la multitude. A cette foule infime on incul-

(1) Saliagun, loc, cit.

[2) Garcilasso do la Vega, loc. cit.. Il, 64.

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