‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 52 sur 209 · L* ANCIENNE LITTÉRATURE DU PEROU ET DU MEXIQUE · texte numérisé non relu

L* ANCIENNE LITTÉRATURE DU PEROU ET DU MEXIQUE

que dès Tenfance des opinions, dont elle ne saurait s'écarter que par un sacrilège, et on lui impose une règle de conduite rigide, à laquelle nV»chappo aucun des actes, aucune des circonstances de la vio.

Or rinspiration littéraire est féconde seulement à la condition d'être libre. Si on l'emprisonne dans des règlements, si on lui impose des sujets à traiter et même la manière de les traiter, forcément elle chante mal et faux. Sous ce régime de servitude, il arrive ou bien que le poète proteste intérieurement, in petto contre les entraves imposées ou bien qu il les accepte de bonne foi et, dans les deux cas, il crée des œuvres bâtardes et mutilées. — Cela est arrivé à des poètes nés pour être grands et dans des états bien plus civilisés que ceux de l'Amérique centrale, à plus forte raison en doit-il être ainsi dans des sociétés à peine sorties de la sauvagerie.

Aussi, dans ces vieux empires, la littérature était-elle officielle et entièrement domestiquée. Chanter, célébrer la gloire des rois régnants et celle de leurs ancêtres, glorifier la puissance des dieux, relater les fables et légendes mythologiques, composer des hymnes ou cantates à l'occasion des fêtes, des naissances, des mariages, etc. ; telle était la fonction, telle était Toccupation des poètes ; car la production littéraire s'était spécialisée. Les bardes de l'Amérique centrale, à la fois poètes et musiciens, composant les vers et les airs de leurs chants et chansons (1), appartenaient souvent à la classe sacerdotale et, presque toujours, en recevaient l'inspiration. Au Mexique, les grands personnages avaient à leur solde plusieurs de ces poètes-chanteurs, chargés de fournir des chants de circonstance (2) ; lors des fêtes ou solennités familiales. En dehors des poési(»s de commande, les bardes américains ne pouvaient guère produire que des chants erotiques et ils ne s'en faisaient pas faute (3). D'ailleurs la forme de leurs chants était

(1; Domcncch, loc. cit., 407.

(2: Saliaguii, loc, cit.^ 868 (note.

(3) Garcilasso de la Vega, loc. cit.y II, 56.

savante ; il ne s'agissait plus de poésies populaires, improvisées et réalisées tellement quellement. L'instruction des artistes avait été soignée, en ce qui concernait la forme, et ils savaient comj)oser des vers de différentes mesures. Ces vers étaient rimes, souvent par couples, et relativement courts, afin qu'on les pût facilement retenir (I).

Des airs, qui accompagnaient les poésies mexicaine et péruvienne, nous ne savons rien de précis. Sûrement, certain d'entre eux sont encore conservés dans les chants populaires de la région ; mais comment les reconnaître ? Il est probable qu'ils étaient souvent languissants et tristes. Tel est du moins le caractère de presque tous les airs populaires du Pérou contemrain (2).

Nous sommes plus heureux pour les textes, et divei-ses poésies ou fragments de poésie lyrique, œuvres des anciens bardes mexicains ou péruviens, sont parvenus jusqu'à nous. Il en existe même de différents genres et je puis citer ici des chants de guen^e, des prophéties poétiques, une ode composée par un souverain et enfin des chansons d'amour. Pour la littérature religieuse, j'en parlerai un peu plus tard.

Voici un chant guerrier peut-être antérieur à la fondation de l'empire aztèque, puisqu'il y est question des Chichimèques. Le poète est censé s'adresser à des amis qui i-efusent de l'accompagner à la guerre.

Page 1