CHANT DE GUERRE DES OTONIS
« Chers amis, il me peine que vous ne partagiez pas mon ardeur; il me peine de ne pas vous avoir pour compagnons dans les scènes de joie et de plaisir, de ne plus marcher avec vous dans les mêmes sentiers >». — « Me voyez-vous réellement, chers amis ? Dieu ne dessillerat-il pas vos yeux aveuglés ? Qu'est-ce que la vie terrestre ? Est-ce que
(1) Garcilasso de la Vega, loc. cit., II, 56. [2] Mcerenhout, loc. cit., \, 13.
(3] BiiotOD, loc. cit.
150 l'ancienne littérature du PÉROU ET DU MEXIQUE.
les morts revienneat parmi nous ? Non. Ils vivent bien loin dans le ciel, dans un lieu de délices ». — « La joie du seigneur, le Dispensateur de la vie, est là où chantent les guerriers, là où s'élève la fumée du feu de guerre, où les fleurs du bouclier sèment leurs pétales ; où les hautsfaits ébranlent la terre, où les fatales fleurs de la mort couvrent le sol ». — « La bataille est là, elle s'engage là, en rase campagne, là où le vent fait tourbillonner la fumée du feu de guerre sur les fatales fleurs de guerre, qui sont votre parure, à vous, amis et guerriers chichimèques ». — « Ne faites pas que mon âme redoute cette rase campagne; je désire ardemment le commencement du carnage; mon âme aspire à la mêlée meurtrière ». — « Le nuage de guerre monte; il monte dans l'atmosphère azurée, séjour du Dispensateur de la vie, là où s'épanouissent les fleurs de prouesse et de valeur ; en bas, sur le champ de bataille, les enfants atteignent leur maturité ». — « Réjouissez-vous avec moi, chers amis ; réjouissez- vous, enfants, en gagnant le champ de bataille ; soyons joyeux au milieu de ces boucliers, fleurs de la sanglante mêlée ».
Ce petit chant porte avec lui son tinabre d'origine. Il est évidemment l'œuvre d*un poète sacerdotal, qui Ta composé d'après une formule apprise et peut-être sur commande. Il y manque l'accent sincère. C'est de l'enthousiasme qui sonne creux. .
Dans une autre production de même ordre, que je ne veux pas citer, le poète s'est livré à une vraie débauche de métaphores, mais de métaphores selon la formule : Les boucliers sont des fleurs ; les champs fertiles sont des champs de bataille que le sang des héros a arrosés. Le poète convie ses compagnons à boire avec lui, à s'enivrer de vin blanc, de vin de maguey^ mais il faut entendre par là l'ivresse du carnage, etc. (1). Tout cela est simplement de là rhétorique et ces figures si cherchées ne sont guère compatibles avec l'élan de la passion sincère.
Voici un petit chant, où l'accent de la vérité se fait mieux sentir, car c'est un chant de douleur.
(1) Brinton, loc. cit^