CHANT DES CAPTIFS DE HUEXOTZINCO, A MEXICO
«< Des chants tristes, de tristes fleurs ; il n'y en a pas d'autres à Mexico, à Tlatilolco ». — Apprenons-les ; peut-être le Dispensateur de la vie l'aura-t-il pour agréable et nous éviterons une totale destruction ». — (« Hélas î Nous avons excité son courroux ; nous sommes tombés dans le malheur; nous sommes esclaves; nous avons appris Taffliction ». — « 0 Dispensateur de la vie, nous, tes serviteurs, nous buvons des eaux souillées ; nous mangeons des mets pleins d'amertume, ici à Tlatilolco ; nous sommes torturés par la faim ; nous avons appris à connaître le chagriti; nous sommes épuisés de travail ». — « Pleurer, c'est notre constante occupation ; nos larmes tombent comme une pluie, ici à Tlatilolco. Quand les femmes de Mexico descendent puiser de l'eau, force nous est de leur demander l'aumône pour nous et nos enfants ». — « De même que la fumée monte et couronne d'un nuage la grande montagne, le Maitre des Eaux suspend les afflictions sur nos têtes, ici, à Mexico, ô toi, Dispensateur de la vie ! « — et Mais vous, Mexicains, un jour viendra où vous tomberez et soufl'rirez l'angoisse devant la face du Dispensateur de la vie. Alors, vous hurlerez comme des loups ». — « Alors vos salutations seront des larmes, pour vous tous, maîtres et esclaves, guerriers et balayeurs. En ce jour, Tenochtitlan sera désert ». — « Ne pleurez pas, amis; sachez que bientôt nous quitterons Mexico, et leur eau deviendra amère, leur nourriture deviendra amère par la volonté du Dispensateur de la vie, ici à Tlatilolco ». — « Regardez-lés passer, le maître et les serviteurs, en chantant leurs chansons; mais avant longtemps vous les verrez au milieu des flammes, hurlant comme des loups ».
Cette fois, ce n*est plus de la poésie académique ; mais un cri de haine et de rage partant du fond des entrailles. On en peut dire autant de quelques prophéties comminatoires, fulminées par des Jérémies aztèques, dont lé nom nous est inconnu.