‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 61 sur 209 · DE LA POÉSIE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

DE LA POÉSIE RELIGIEUSE

montagnes et les vallées « (I). Mais alors les dieux s'etlrayèrcnl. Ils craignirent que les hommes n'eussent la pensée de s'égaler à eux : • Alors un nuage leur fut soufflé sur la prunelle des yeux par lo Coeur du ciel et cette prunelle se voila, comme la face d'un miroir, qui se couvre de vapeur. Le globe de leurs yeux se trouva ainsi obscurci; ils ne virent plus que ce qui était rapproché... (2) « Ceux-ci engendrèrent les hommes, les tribus petites et grandes ; ceux-ci furent notre souche, à nous autres, à nous la nation Quichée » (3).

Ce récit cosmogoniqiie, que j'ai clarifié, on émondant quantité de détails saugrenus, a de frappants rapports avec le récit de la (ienèse. On y trouve même un mot réputé sublime dans la Bible : « Terre, diient-ils, et à Tinstant elle se forma », est Texact équivalent du fameux « Que la lumière soit ».

Il existe encore, entre les deux récits, bien d'autres ressemblances plus ou moins prochaines ou lointaines : — Le déluge avait laissé la terre humide, fangeuse, le soleil apparaît et la dessèche ; mais le Popol-Vuh nous apprend, ce que ne fait pas la Bible, que le soleil était semblable à un homme (A). Le livre quiche parle aussi de la confusion des langues et de la dispei"sion des hommes, événement qui se produisit en un lieu nommé Tulan (5).

Si, comme il semble, le fond du Popol-Vult est authentique, ces analogies sont trop frappantes pour ne pas accuser une source commune, sans doute asiatique.

On trouve encore dans la Bible des Quiches, une légende relative à une sorte A'InimaculftC'Conception ; mais la forme en e.st toute spéciale. Une jeune fille se présente devant un arbre, un calebassier, dont les fruits sont des têtes de mort. L'une de ces têtes demande à la jeune fille si elle désire de ces singiili(M's fruits.

:i: /^c. cit., p. 200, 201.

't, Loc. cil,, Popol'Vuh, 205.

.3 Jfjîd., -207.

4 /Aid., 243.

5 If)id.,ni.

KvuLtTION LIlTLllAIttE. il

162 l'ancienne littérature du PÉROU ET DU MEXIQUE.

« J'en veux. — Eh bien! étends seulement le bout de ta main, dit la tète de mort, — Oui, répondit la jeune fille, en avançant la main... Alors la tête de mort lança- avec effort un crachat dans la main de la jeune fille... Celle-ci regarda aussitôt le creux de sa main, en y jetant un coup d'œil curieux ; mais la salive de la tête de mort n'était plus dans sa main. — « Cette salive, dit la tète..., c'est ma postérité que je viens de te donner... Ma tète cessera de parler; car ce n'est qu'une tète de mort, qui déjà n'a plus de chair » {i) ... « La jeune fille retourna à la maison... et aussitôt elle conçut dans son sein par la vertu seule de la salive et ce fut là la conception de Hunahpu et de Xbalanqué » (i).

Sans altérer autrement le texte de ce passage, je l'ai simplement émondé, comme j'avais fait des précédents, en supprimant de stupides répétitions, la surcharge d'inutiles détails, qui rendent si fatigante la lecture du Popol-Viih, Quelle que puisse être l'origine des légendes mythiques, formant le fond de ce livre sacré, la forme en a tous les caractères dos compositions primitives : le désordre dans l'exposition, Taccumulation d'insignifiants détails et la grossièreté de certains d'entre eux. C'est ainsi que narrent, en tout pays, les enfants et les sauvages. Pourtant ccTtains passages, de date sans doute relativement récente, ont une plus digne allure, par exemple, la prière des rois, qui se trouve vers la fin du Popol- Viih :

« Salut, beauté du jour, o Ourakan, Cœur du ciel et de la terre î Toi qui donnes la gloire et la félicité ; Toi qui donnes les filles et les fils ! Tourne-toi vers nous et répands la prospérité avec tes bienfaits. Donne la vie et l'être à mes sujets. Qu'ils croissent et vivent, eux, les soutiens et les nourriciers de tes autels; eux qui t'invoquent... sur les routes, au bord des rivières, dans les ravins, sous les bois, sous les lianes... Qu'aucun malheur... ne leur vienne de ta chevelure, etc., etc. » (3).

Cette oraison est tout-à-fait dans le style adopté parle clergé aztèque ; mais on en a conservé bien d'autres et il me faut maint(»nant parler de c(»tte éloquence cléricale et de l'art oratoire des Mexicains en général.

(i) Popol-VuhJoc.cit.^dS.

(2) Ibid., 95.

(8; Popol'Vuh, loc. ci7., 333.

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