‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 66 sur 209 · IV. — La Littérature indo-cliinoise · texte numérisé non relu

IV. — La Littérature indo-cliinoise

Dans la presqu'île indo-chinoise, habitée par des populations mongoloïdes, résultant du croisement de plusieurs races, la civilisation laïque provient en grande partie de la Chine et une religion hindoue, le Bouddhisme, est la religion dominante. Nous ne saurions donc nous attendre à trouver dans cette contrée une floraison littéraire bien originale. Ce qui s'est surtout développé ou maintenu en hido-Chiiie, c'est la musique, aussi bien dans l'Annam qu'à Siam. A Hué, le ministère des rites, modelé sur celui de la Chine, a un département spécial de la musique. Le sous-secrétariat d'état de la musique est particulièrement chargé de la rédaction des airs

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que Ton doit jouer devant le roi et dans certaines solennités (1).

Nous retrouverons en Chine, d'où elle provient, cette organisation administrative de la musique. Mais, dans les monarchies indo-chinoises, aussi despotiques quv? possible, la liberté (lo penser a été bien plus opprimée que chez les Célestes. Aussi, en Indo-Chine, comme on Mongolie, ce qui reste de vie littéraire s'est réfugié dans les compositions populaires ; il n'existe donc pas de littérature indo-chinoiso supérieure, originale.

Mais la petite littérature, la littérature chantée, souvent improvisée, tient une très grande place dans la vie des indigènes. En Annam, le chant est le grand attrait de toutes les réjouissances publiques et privées, et des chanteuses de profession, s'accompagnant toujours de gestes, figurent dans toutes les fêtes, festins et anniversaires. Chez les mandarins, les chanteuses se groupent et exécutent des ballets (2).

A Sîam, le goût de la musique est porté jusqu'à la passion. Pas d'audience royale sans chanteurs, pas de fêtes sans chansons anciennes ou improvisées. On ne se rend à la pagode qu'en chantant et souvent des familles se réunissent pour chanter en chœur durant le trajet, à l'aller et au retour. Le goût du chant est si dominant, que les premiers missionnaires chrétiens à Siam durent, pour enseigner le latin à leurs élèves, mettre en chansons latines les règles du rudiment (3).

Certaines représentations théâtrales ont gardé, à Siam, une forme très archaïque. Ainsi, on y exécute encore des ballets mimiques, figurant des combats, des chasses (4). Les drames proprement dits sont sans originalité. Ce n'est que de la littérature mythologique et empruntée (5). — Les airs siamois

1, G. Durooutier, Chants et traditions populaires des Annamites ^ XIV, XV.

2 Ibid, VIII, IX.

,3; Turpin, Histoire de Siam, I, 113-121. ;4; Ilnd, 128.

5; Ibid, 127.

ayant été en grande partie importés de la Birmanie (1), où la civilisation indienne a si largement pénétré, choquent beaucoup moins les oreilles européennes que ne le font, par exemple, la musique et les airs chinois, correspondant à un type tout-à-fait mongol d'organisation cérébrale.

A sa manière, la population siamoise a un instinct musical très développé ; puisque sa langue même est musicale. — En effet, la langue siamoise ou thai, en grande partie monosyllabique, exige, pour être parlée et comprise, une oreille très délicate. C'est une langue chantante (2). Elle a cinq tons : le ton droit, le circonflexe, le bas, le grave et le haut. Les mêmes mots prennent des significations absolument différentes, suivant qu'ils sont prononcés sur tel ou tel ton, de sorte qu'il est impossible de parler le thaï, si l'on a pas l'oreille très juste (3).

Si la poésie siamoise, au moins la poésie lyrique ne s>st pas développée davantage, il faut sûrement en accuser l'organisation sociale, d'abord l'institution d'une classe de lettrés officiels, modelée sur celle de la Chine et qui marque d'une empreinte banale tous les esprits cultivés, puis et surtout Tinstitution de la plus despotique monarchie qu'il soit possible de rêver, puisque tout le royaume, sol et habitants, est considéré comme la propriété personnelle du roi, à ce point que, lors de son avènement, Sa Majesté siamoise croit devoir déclarer à haule voix « qu'elle autorise tous ses sujets à se servir des arbres et des plantes, de l'eau, des pierres et de toutes les autres substances qui sont dans les limites de son royaume » (4). A cette allocution un grand mandarin répond : « Vos serviteurs reçoivent les excellents ordres de notre seigneur, dont la voix est majestueuse comme celle d'un lion qui rugit » (5). Un auti^e

'1 Finlayson, llist. unir, voy., vol. XXXIV, 202.

(*i) M»"" Pallogoix, Description du Royaume de S/aw, I. 370.

13) ïbid., 376-377.

(4 Ibid., 263.

(5 Ibid.

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