LA LITTÉRATURE INDO-CHINOISE
grand dignitaire s'avance ensuite, en rampant, vers le trône et dit : « Le serviteur de Votre Majesté est chargé, de la part de tous les nobles dignitaires du royaume, ici présents, de vous offrir nos hommages, en courbant nos têtes aux pieds sacrés de votre glorieuse Majesté... Nous demandons à déposer sous la plante des pieds sacrés de Votre Majesté toutes les choses qui sont en notre possession et tous les trésors du royaume. » (1). Et ce ne sont pas là de vaines formules, puisque en réalité le souverain prélève sur les productions du pays par des taxes et impôts énormes et fixés à son gré, à peu près tout ce qui n*est pas strictement nécessaire à ses sujets pour vivre.
Dans tout le royaume de Siam, les formules « Moi cheveu », <i Moi animal », sont obligatoires d'inférieur à supérieur (2). Un particulier qui demande au souverain le redressement de violences, d'extorsions, subies par lui, doit terminer son placet en ces termes : « Il m'a mis aux fers et j'ai enduré de grands tourments. Je suis très indigné. Est-ce juste ou non ? 11 en sera comme Sa Majesté décidera dans sa miséricorde. » (3).
Un pareil régime n'est guère propre à donner aux caractères la forte trempe, qui est nécessaire pour créer des œuvres littéraires de haute valeur. Pourtant, à en juger d'après les poésies populaires des Annamites, la race méritait mieux et, dans un milieu politique plus favorable, aurait sans doute été plus féconde. Je citerai quelques échantillons de ce que Ton a permis de penser et d'exprimer à ce pauvre peuple écrasé. Voici quelques passages d'un chant dialogué, qui semble l'œuvre d'un lettré annamite ayant étudié la littérature grecque.