‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 68 sur 209 · LA JOUTE FLEURIE · texte numérisé non relu

LA JOUTE FLEURIE

Le jeune garçon, La voix qui chante ici me rappelle le son de la cloche d'or ; ce ne peut être que la voix de ma bien aimée.

(1^ Mp- Pallegoix, loc. cit., 2ft4.

•2 Ibid ;Pas8ira). — H. Mouhot.

'3i Mgr Pallegoix, I, 404.

— La jeune fille. Que ne siiis-je tpansformée en sapèque et que n'êtes- vous le lien de la ligature ? Nous serions ainsi étroitement unis.

— Le jeune garçon. Que n'êtes- vous le gracieux aréquier à la tige élancée ? Je me ferais la liane flexible pour vous étreindre.

La jeune fille. Vous êtes l'or brillant et je suis le bronze

noir. — Vous êtes la fleur odorante et blanche du carambolier et je suis la fleur de lotus du grand lac. — Nos qualités, pour être différentes, n'en sont pas moins égales

— Le jeune garçon. J'aperçois le nuage d'or au ciel; c'est un présage heureux. Il faut nous fiancer aujourd'hui même

— La jeune fille. Bien que je consente à m'unir à vous, je suis déjà promise à un autre homme. Je suis la serrure, à laquelle on a donné un tour de clé. En quittant mon fiancé pour vous suivre, je brise la

serrure et la clé. Ne m'en saurez-vous aucun gré? Je vous aime

en secret et malgré moi. Je ne puis me soustraire à cet amour, qui me trouble, quand je repose mes yeux sur vous ou quand je touche de la main voire main

— Le jeune garçon. Je vous aime ; mais vous avez le cœur dans le nm. Vous êtes hautaine et je suis comme l'affamé, qui voudrait cueillir une banane sur un bananier trop élevé.... Mais aujourd'hui nous sommes réunis. Dites-moi sincèrement, si vos paroles ne sont pas feintes et si vous vous souvenez toujours de notre ancienne amitié.

— La jeune fille. Il ne tient qu'à vous que nous ressemblions à deux vers à soie, mangeant à la même feuille et faisant notre nid dans la

même corbeille Nous serons deux époux heureux et beaux. Nous

aurons la pureté du riz blanc, la saveur du riz gluant et le parfum du gâteau gio,

— Le jeune garçon. Nous sommes unis pour la vie : notre amour durera autant que nous-mêmes. Nous supporterons tout ensemble. Nous mangerons le gingembre, comme le sel, ensemble et sans nous plaindre. »

On ne saurait contester une certaine grâce à ce dialogue, qui rappelle ceux de Théocrite, mais avec une couleur locale tout autre.

Les chansons d'amour sont nombreuses dans TAnnam. C/est presque le seul genre littéraire qui ait été toléré dans ce pays, comme dans tous les pays très despotiques. De ces chansons je ne puis citer que des fragments. Voici, par exemple, la déclaration d'amour d*un aveugle :

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