‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 70 sur 209 · VI. — Les principaux facteurs de la littérature · texte numérisé non relu

VI. — Les principaux facteurs de la littérature

L'excursion que nous venons de faire chez les Mongols et Mongoloïdes inférieurs, disséminés dans l'Asie et ses annexes, du pôle à l'équateur, nous permet de formuler quelques vues générales. Chez les plus sauvages d'entre eux, les Esquimaux arctiques, opprimés par le plus inclément des milieux et que l'on pourrait croire incapables de s'abstraire, un seul instant, (les implacables nécessités d'une rude existence, nous avons, contre toute attente, trouvé une littérature relativement développée et décelant un caractère à la fois placide et gai. Le fait est instructif et il montre combien peu de cas il faut faire des théories généralement acceptées et suivant lesquelles le climat est le facteur littéraire i)ar excellence.

Chez le^ pauvres chasseurs de phoques des régions arctiques existe déjà le sentiment des beautés de la nature, c'est-à-dire une imprcssionnabilité sensitive de genre esthétique. Leurs contes, notamment celui de rOurson et de la Femme, que j'ai pu citer, accusent en outre une tendance raisonnée à estimer, à louer certaines vertus socialement utiles. Cette tendance, nous la verrons en Chine, développée à l'excès et produisant toute une Uttérature.

Une primitive consanguinité a dû exister entre les Esquimaux et les Tartares-Mongols. encore nomades et pasteurs ; mais ce qu'on peut appeler la consanguinité intellectuelle n'est plus guère visible ; car le facteur social est intervenu et il a fait dévier l'évolution naturelle. Les Tartares nomades subissent en effet une double oppression, celle de leurs princes laïques et celle de leurs directeurs religieux, les lamas bouddhistes, ces derniers constituant un vaste clergé, qui absorbe et stérilise les meilleures intelligences de la population.

Id2 LA LITTÉRATl'hE DES MONGOLOÏDES ET DES MONGOLS.

L'opéra-ballct primitif subsiste encore au Thibet ; mais il a disparu partout ailleurs et tout dé\cloppement littéraire quelque peu élevé ayant été empêché, 1rs poètes, les trouvères tartares. n'ont plus chanté que les seuls sujets à leur portée : la guerre et Tamour.

En Indo-Chine et en Malaisie, une oppression politique bien plus lourde encore et le joug accablant de civilisations et de religions importées n'ont pas non plus permis le développement d'une littérature oi'iginale et de haut vol ; mais les poésies populaires attestent que ce développement n'eut pas été impossible, car la race était littérairement bien douée. L'esthétique littéraire, ayant avorté, est restée sonsitive et surtout erotique.

Sans doute, ce genre de littérature se développe en tout pays, puisqu'il répond à tout un côté important d(î la mentalité humaine, mais il fleurit surtout sous les gouvernements despotiques, qui craignent la pensée sérieuse et laissent au contraire le champ libre à la pensée sensuelle et amoureuse. Pourtant l'effet des mêmes causes d'ordre politique n'est pas identique en tout pays. Les despotes laïques ou religieux sont bien obligés de compter avec le caractère des peuples à gouverner, à modeler et ils doivent transiger avec un facteur difficilement réductible, celui de la race. En tout pays, la littérature s'engage forcément dans les seules voies qu'on lui laisse ouvertes, mais l'accent de la poésie varie néanmoins suivant le degré, suivant la couleur de l'impressionnabilité native. Chez les races, fort métissées, deTIndo-Chine et de la Malaisie, les sentiments affectifs sont beaucoup plus développés que chez les Tartares et ils se peignent dans leur poésie avec un bien plus vif éclat.

Concluons donc que partout les principaux facteurs littéraires sont : la race d'abord, le milieu politique et social ensuite. Uuant à rinfluence du milieu physique, du sol, du climat, etc., influence à laquelle on a si souvent et si légèrement attribué le rôle principal dans la genèse des littératures, elle est tout-à-fait secondaire.

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