La dame et la musique en Chine
Dans les précédents chapitres, nous avons, en allant des régions arctiques à la zone tropicale, tourné autour de la Chine,
Évoh;tion lfitéraire. 13
en nous eflorçant de connaître et d'apprécier les aptitudes et les œuvres littéraires de toutes les populations franchement barbares appartenant à la race jaune. Pour achever de nous renseigner sur la valeur littéraire de Thomme mongolique en général, il nous reste à l'étudier, en Chine et au Japon, spécialement en Chine, c'est-à-dire dans les sociétés les plus civilisées, que les races jaunes aient réussi à fonder.
A vrai dire, le Japon n'étant, au point de vue littéraire comme au point de vue social, qu'une annexe de la Chine, c'est surtout la littérature des Célestes qui doit attirer notre attention. L'empire du Milieu est le seul des grands empires primitifs qui ait survécu ; de plus son esprit a toujoui*s été éminemment conservateur : nous avons donc chance d'v retrouver les traces de l'évolution littéraire, depuis les origines jusqu'à nos jours, et il sera intéressant de voir si cette évolution confirme ou infirme les vues que notre enquête nous a déjà suggérées, savoir : la simultanéité, l'étroite union primitive de la danse, de la musique et de la poésie, ainsi que la grande importance donnée à la mimique dans ces opéras-ballets des primitifs.
Dans l'antiquité chinoise, la danse fut singulièrement hono- * rée et pratiquée en Chine ; mais cette danse n'avait rien de commun avec nos danses modernes, où nous ne cherchons qu'un plaisir individuel et de nature assez inférieure. Aujourd'hui les Chinois dédaignent profondément nos danses, qui leur semblent un amusement ridicule (1); mais ils se délectent encore à voir des ballets mimés, ceux qu'ils ont importés en Malaisie, pourtant ce genre de spectacle a bien dégénéré, en Chine; dans l'antiquité, ces ballets-pantomimes étaient beaucoup plus savants et ils réalisaient des tableaux animés et vivants : les Travaux du labourage, les Joies de la moisson, les Plaisirs de la paix. La Chine avait même des danses historiques et le père Gaubil en décrit une, qui représen-
[1; Siaibaldo de Mas, Chine et puissances chrétienneSy I, 150.