‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 73 sur 209 · LA DANSE ET LA MUSIQUE EN CHINE · texte numérisé non relu

LA DANSE ET LA MUSIQUE EN CHINE

tait la conquête de la Chine par Woinvam/ (1). Outre ces grandes danses scéniques, il en existait d'autres qui s'exécutaient à Toccasion de tous les événements heureux, malheureux ou seulement notables, à propos de toutes les cérémonies civiles et religieuses. Chacune de ces danses était traditionnelle et portait un nom spécial, par exemple, la Porte des nuesy la Grande toiirnxinte, le Tout ensemble^ la Cadencée, la Vertueuse, la Bienfaisante, la Grande Guerrière, Enfin, au-dessous de ces danses publiques, de ces cérémonies chorégraphiques, il y avait encore de petites danses, danses de fantaisie, plus individuelles, mais toujours traditionnelles : la danse de la pièce de soie hifjarrée, la danse de la plume, la danse du Phénix, la danse du Guidon à queue de bœuf, la danse du bouclier, la danse de riiotnme, etc. (2).

On voit donc, que, dans la Chine ancienne, et pendant nombre de siècles, la chorégraphie publique a été une véritable institution et la chose est fort naturelle, puisque la Chine a été et même est encore la terre promise du clan.

La musique ne saurait avoir, en Chine, une antiquité moins grande que la danse, à laquelle elle est nécessaire; mais, comme la danse, la musique chinoise, a été plus qu*un divertissement, puisqu'on en est arrivé à la considérer comme un moyen de gouvernement. En effet, dès l'an 2200 avant notre ère, sous l'empereur Chun, il existait déjà en Chine une surintendance de la musique. Suivant les penseurs chinois, « la connaissance des tons et des sons a d'intimes rapports avec la science du gouvernement et l'homme, qui comprend la musique, est capable de gouverner » (3). A en croire le philosophe Meng-ts<3u, la musique joue un rôle moralisateur des plus importants : « Le fruit le plus précieux de la musique, dit-il, de

i Bazin, Chine moderne y 392 et Gaubil, Ckou-King, 3*29. ,2) Bazin, loc. cit. y 392. 3; Bazin, loc. cit., 392.

la musique, qui produit la concorde et Tharmonie, est de faire aimer ces deux choses. Si on les aime, elles naissent aussitôt. Une fois nées, produites, comment pourrait-on réprimer les sentiments qu'elles inspirent?... Alors, sans le savoir, les pieds les manifestent par leurs mouvements cadencés et les mains par leurs applaudissements » (1). Cette manière philosophique d'apprécier la danse et la musique est évidemment fort difféiente de la nôtre. Elle justifie ce qu'on lit dans le Rituel chinois (le LZ-AV), savoir « qu'on juge des mœure d'une nation par ses danses » (2).

Chez nous, la musique n'a pas la prétention de réformer les mœurs, aussi a-t-elle un caractère tout autre que celui de la musique chinoise. Cette dernière, peu sensuelle, peu expressive, n'a pour une oreille européenne rien d'enivrant et elle nous fatigue par sa monotonie et son uniformité (3). Adaptée à une autre organisation cérébrale que la nôtre, cette musique est néanmoins une musique savante, ayant ses règles iixcs, sa gamme, sa notation particulière (^j).

L'extrême importance morale et sociale accordée par les Chinois à la musique et leur besoin de tout réglementer justifient chez eux la création d'un Ministère de la musique^ dont on fait remonter l'origine à un empereur à demi-légendaire, Chtin, auquel on prête les paroles suivantes : « Koueï^ je vous nomme surintendant de la musique; je veux que vous l'enseigniez aux enfants des princes et des grands. Faites en sorte qu'ils soient sincères et affables, indulgents, complaisants et graves. Apprenez-leur à être fermes, sans être dui*s et ciuels; donnez-leur l(* discernement, mais qu'ils ne soient point orgueilleux. Expliquez-leur vos pensées dans des vei^s ; composez-en des chansons entremêlées de divers tons et de divers sons musicaux et accordez-les aux instruments de musique.

1 Mcng-tseu, livre II, ch. I, v. 27.

2 Bazin, lot:. /;/7., 31)2.

3; Hue, l'Empire chinois', H, 326.

4 Hue, lor. rit.f 321.

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