III. — De lu langup chinoise
La littérature dramatique étant le plus archaïque des genres littéraires, il m'a fallu m'en occuper tout d'abord ; mais nous avons vu que les drames chinois ont dû pendant bien longtemps être chantés, que, même aujourd'hui encore, il y a. en Chine, dans toutes les pièces de théâtre un personnage chantant, qui domine tous les autres. On est donc autorisé à croire que la poésie lyrique n'a été, dans le principe, qu'une partie détachée de la poésie dramatique.
Quoi qu'il en soit, le lyrisme tient une très grande place dans la littérature chinoise, comme dans toutes les autres, et je vais m' efforcer d'en donner une idée; mais, en tout pays, les œuvres lyriques sont, tout particulièrement, asservies au
;1) Bazin, loc. cit., 394.
;2) Sinib&ldode Mas, loc. cit., I, 130.
génie de la langue dans laquelle elles sont écrites. II importe donc de rappeler au préalable quels sont les caractères spéciaux de la langue et même de l'écriture chinoise.
La langue des Célestes est, comme celle de Tlndo-Chine, monosyllabique et par suite elle est chantante, c'est-à-dire qu on y a remédié au nombre relativement petit des mots en multipliant et variant les accents, afin de donner aux mêmes expressions, des sens absolument différents.
Ouant à l'écriture chinoise, elle est, tout le monde le sait, idéographique. Au lieu de représenter les mots par un petit nombre de caractères alphabétiques ou phonétiques, comme Tont fait les Aryens et les Sémites, les Célestes ont assigne à chaque objet, à chaque idée, un signe spécial, qui en est la reproduction figurée et simplifiée, c'est-à-dire Thiéroglyphe. Un auteur chinois a parfaitement exposé la psychologie générale de cette écriture : « L'homme, dit-il, voyant les objets sensibles, en conserva le souvenir par la représentation de leurs figures, que son imagination lui retraçait et qui les distinguait les unes des autres dans son esprit. Pour s'assurer la possession et la jouissance de ce souvenir, il dessina leur image, qui lui rendait le souvenir, alors qu'il fixait les yeux sur elles » (1). On ne saurait mieux dire, et la théorie s'applique aussi bien à la genèse des littératures qu'à celle de l'écriture. — Le mode hiéroglyphique de l'écriture est bien loin d'être particulier à la Chine ; il est partout l'écriture primitive, se confondant d'abord avec les arts graphiques. Cette écriture commençait chez les Peaux-rouges, mais s'était déjà grandement perfectionnée dans l'Amérique centrale. Plus avancée encore, l'Egypte, qui si longtemps a conservé l'usage des hiéroglyphes, avait eu l'idée d'en tirer des caractères dits phonétiques.
Conservatrice avec passion, la Chine n'a pu renoncer encore à son écriture primitive, qui, d'ailleurs a certains avantages, nota.mment d'être, comme nos chiffres, intelligibles même pour
(1) Extrait de Han-fei-tseu.