‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 78 sur 209 · VI. — La Littérature philosophique · texte numérisé non relu

VI. — La Littérature philosophique

Ce caractère sénile est aussi celui de la littérature philosophique, dont je dois ici apprécier surtout la forme. En Chine, l(»s traités philosophiques sont des livres de morale, mais de morale tout entière composée de lieux-communs et dont la forme ne relève en rien la platitude du fond. Ce sont aussi des livres très anciens, puisque le plus célèbre d'entre eux, le Chou-King fut constitué en un s(hi1 corps par Confucius, l'an /i8/i av. J.-Chr. Le Chou-Kinr/ accepte d'ailleurs, sans la moindre critique, les plus fantastiques légendes, pourvu qu'elles soient anciennes ; rien ne lui paraît invraisemblable.

Dans ces ouvrages moraux, le raisonnement, quand il y en a, prend la forme chère à l'esprit des Chinois, la comparaison.

(1) St. Julien. La mort de Tong-tchOy loc. cit.

« Dp loin, dit le Tchoung-Young, le ciel parait petit ; il est immense: les astres semblent peu de chose, ce sont des mondes. De même pour la terre, pour la montagne, pour les fleuves, etc., etc. (1). La leçon morale à tirer de cette énumération, c'est que tout est complexe et intéressant, pour qui veut bien étudier les choses de près.

Tous ces conseils, tous ces préceptes sont marqués au coin de la bonne grosse morale dite du bon sens. Vouloir se réformer peu à peu, par des demi-mesures, dit Metig-Tseu, c'est imiter l'homme, qui, ayant l'habitude de voler les poules de son voisin et voulant s'en corriger, prit la résolution d'en voler une de moins chaque mois (2). — Pour nous convaincre, qu'on moralise l'homme, seulement en faisant violence à ses instincts naturels, le même Meng-Tseu^ dit : « La nature de l'homme ressemble au saule flexible. L'équité ou la justice ressemble à une corbeille. On fait avec la nature de l'homme Thumanité et la justice, comme on fait une corbeille avec le saule flexible » (3). Sans hésiter, ces sages pnumeut des comparaisons pour des raisons et croient démontrer une proposition par simple analogie, c'est-à-dire en la répétant sous une autre forme. Ces moralistes si plats ont pourtant de bons sentiments. Meng-Tseu recommande de mépriser intérieurement les hommes d'Etat et leur somptueuse magnificence (/i). Il veut que le sage parle de nianière à être entendu de la foule mais dignement. « Ses paioles ne doivent pas descendre plus bas que sa ceinture » (5). Il tient pour un grand cx)upable rhomme, qui se vante de savoir diriger une armée H livrer une bataille (6). Selon lui, toutes les guerres sans exception sont injustes (7). Démocratiquement il proclame

(1) Tchoung-Young, ch. XX VF.

(2 Meng-Tseti, I, ch. \ I.

■3; ïlfid.y n, ch. V.

(4) Ilnd., II, ch. Vni.

'5) Ibid., Il, ch. VIII.

(6; Ibid,, II, ch. VIII.

(7; lirid., II, ch. VIII.

que le peuple est ce qu'il y a de plus noble, que le prince au contraire est de mince importance (1).

Dans le Ltm- Yuj on trouve des maximes, qui ont fait la fortune du christianisme et que l'on attribue à Gonfucius : « Il faut aimer son prochain, comme soi-même » (2) et « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas, qui vous soit fait à vous-même » (3). — Mais tout cela est exposé sans verve, sans expressions fortes, sans couleur : C'ast de la morale en grisaille, tout aussi décolorée que la littérature proprement dite.

B. — La Litth^atiire au Japon.

Au Japon, la littérature indigène, antérieure à rinvasion des Chinois et de leur civilisation, n'a guère laissé de traces. Celle qui a suivi n'est ordinairement qu'une imitation des œuvres littéraires de la Chine ; elle en a les qualités et les défauts. Les Japonais n'ont guère innové dans le domaine litté- • raire ; et pourtant ils se servent de caractères alphabétiques, différents même suivant le sexe qui doit en faire usage (4).

Bien plus encore que leurs instituteurs, les Chinois, les Japonais sont passionnés pour la musique. Us jouent de vingtet-un instruments de musique et préfèrent les plus savants de ces instruments, les instruments à cordes : la guitare (hiioa), le luth (koto) ; mais ils n'ont pas la plus légère idée de l'harmonie. Leui-s musiciens jouent bien en même temps, mais sans songer à se mettre d'accord (5). — Leure drames, calqués, pour le fond, sur ceux des Chinois, sont, comme ces derniers, remplis de tirades descriptives (6) ; mais on y trouve

(1) Meng-Tseu, II, ch. VIU.

(2) Lun- Km, ch. IV, 15.

(3) Ibid., ch. XII.

(4) Jancigny, Japon^ 156.

(6) Posnett, Comp, Litter, 325, 326.

une ordonnance, qui rappelle assez celle du théâtre grec. Au Japon, comme en Chine et partout ailleurs, le théâtre a commencé par des danses, des danses religieuses, et des chœurs : mais le personnage chantant de la scène chinoise n'a pas été adopté par les Japonais. Aux choristes, aux danseurs, à la pantomime on se contenta d'adjoindre avec le temps des acteurs individuels. Ces acteurs sont en petit nombre ; ils usent sobrement du geste et leur figure est couverte d'un masque; pourtant le chœur a fini par leur être subordonné (1).

Le drame japonais est le plus souvent héroïque. Il représente les exploits, les aventures, les amours des dieux et des héros nationaux. Les comédies, beaucoup moins nombreuses, ont invariablement, comme en Chine, un but moral (2). L'action, toujours fort simple, requiert rarement sur la scène la présence de plus de deux acteurs. Mais le défaut de sensibilité commun aux Chinois et aux Japonais, fait que ces derniers n'hésitent pas à représenter sur leurs théâtres et avec le plus affreux réalisme les atrocités les plus repoussantes (3). Dans ces cas, comme dans tous les autres, la mimique des acteurs est extrêmement soignée et habile jusqu'à faire illusion.

Quant à la littérature lyrique et romantique des Japonais, ce n'est guère qu'une imitation de celle des Chinois. Le grand siècle japonais, le siècle littéraire classique, correspond au VIP siècle de notre ère. Les écrivains s'inspirèrent alors d'œuvres chinoises rapportées de la Corée, après une expédition victorieuse (4). En dehors des œuvres classiques, les Japonais ont un gi*and nombre de légendes, de récits historiques ou merveilleux, surtout des allégories, des contes moraux, composés le plus souvent par des lettrés, des professeurs, etc. Le mérite de ces productions, qui sont ordinairement de courtes

11; B.-H. Chamberlain, Japanese Classical Poetry, 13, etc. (cité par Pos- D€tt, p. 199;.

(2) Jancigny, loc. cit., 96. ' ;3) Ibid., 96.

;4, Humbert, Japon illustré, 1, 164.

poésies, est tout artificiel. 11 consiste dans le choix des expressions,- la facture du vers, abstraction faite du fond, qui a peu ou point de valeur : C'est une littérature de décadence (1).

Pour mémoire, il faut mentionner encore des ouvrages de géographie, de voyage, de philosophie, des encyclopédies rudimentaires^ qui sont surtout des livres d'images. Tout cela a peu de valeur et est en grande partie emprunté à la Chine ou au moins imité des œuvres chinoises (2).

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