‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 83 sur 209 · III. — Les Ecrits satiriques en Egypte · texte numérisé non relu

III. — Les Ecrits satiriques en Egypte

Mais le malaise social, la tyrannie des puissants éveillent la plainte et provoquent la satire. Un écho de ces protestations contre un joug des plus pesants, nous a été conservé dans quelques papyrus, où Tauteur, passant en revue les diverses conditions sociales, surtout celles des petits et des inférieurs, donne libre carrière à son mécontentement. Ces critiques sont rédigées par un père pour son fils ; en voici des extraits :

« J'ai vu le forgeron à ses travaux, — à la gueule du four. — Ses doigts sont rugueux, comme les objets en peau de crocodile, — Il est puant plus qu'un œuf de poisson. Tout artisan en métaux — a-t-il plus de repos que le laboureur ? — Ses champs à lui, c'est du bois ; ses outils, du métal. — La nuit, quand il est censé être libre, — il travaille encore; après tout ce que ses bras ont fait pendant le jour, — la nuit, il veille au flambeau. » — « Le tailleur de pierre cherche du travail — en toute espèce de pierres dures. — Lorsqu'il a fini les travaux de son métier, et que ses bras sont usés, il se repose ; — Comme il reste accroupi dès Je lever du soleil, — Ses genoux et son échine sont rompus. — Le barbier rase jusqu'à la nuit : — lorsqu'il se met à manger, alors seulement il se met sur son coude pour reposer. — 11 va de pAté de maisons en pâté de maisons pour chercher des pratiques ; — il se rompt les bras pour emplir son ventre, comme les abeilles, qui mangent le produit de leurs labeurs. — Le batelier descend jusqu'à Natho pour gagner son salaire. — Quand il a accumulé travail sur travail, qu'il a tué des oies et des flamants, qu'il a peiné sa peine — dès qu'il

arrive à son verger, — à sa maison, il lui faut s'en aller. » — «Je

te dirai comme le maçon, — la maladie le goûte ; — car il est exposé aux rafales, — construisant péniblement, attaché aux chapiteaux en forme de lotus, des maisons, — pour atteindre ses lins. — Ses deux bras s'usent au travail, — Ses vêtements sont en désordre; — Il se ronge lui-même; ses doigts lui sont des pains; Il ne se lave qu'une fois par jour. — Il se fait humble pour plaire : — c'est un pion, qui passe de case en case — de dix coudées sur six ; — c'est un pion qui

passe de mois en mois sur les poutres d'un échafaudage, accroché aui chapiteaux en forme de lotus des maisons — y faisant tous les travaux nécessaires. — Quand il a son pain, il rentre à la maison et bat ses enfants... — « Le tisserand, dans Tintéricur des maisons, — est plus malheureux qu'une femme. — Ses genoux sont à la hauteur de son cœur; il ne goûte pas Tair librt». — Si, un jour, il manque à fabriquer la q nanti tt'' d'étoffe réglementaire, — il est lié comme le lotus dt*s marais. C'est seulement en gagnant par des dons de pains les gardiens des portos, — qu'il parvient à voir la lumière du jour. — ...lje teinturier, ses doigts puent — l'odeur des poissons pourris ; — ses deux yeux sont battus de fatigue ; — sa main ne s'arrête pas. — Il passe son temps à couper des haillons; — c'est son horreur que les vêtement*. — Le cordonnier est très malheureux; il mendie éternellement; — sa santé est celle d'un poisson crevé ; — il ronge le cuir pour so nourrir. »» (i).

Voilà pour les métiers civils. Le métier des armes, lo « noble métier des armes » nVst pas mieux traité :

« Arrive, que je U* peigne le sort de l'officier d'infanterie, l'étendue de ses misères ! — On l'amène, tout enfant, pour l'enfermer dans une caserne : — Une plaie, qui le coupe, se forme sur son ventre ; — une plaie d'usure est sur son œil ; — une plaie de déchirure est sur ses deux sourcils; sa tête est fendue et couverte de ]uis (par Tusage de la cuirasse et du casque). — Bref, il est battu, comme un rouleau de papyrus; il est brisé par la violence. — Arrive, que je le dise ses marches vers la Syrie, — ses expéditions en pays lointains î — Ses pains et son eau sont sur son épaule, comme le faix d'un îine — et fcmt son cou et sa nuque semblables à ceux d'un âne ; — les jointures de son échine sont brisées. — Il boit d'une eau corrompue, — puis il retourne à sa garde. — Atteint-il l'ennemi, — il est, comme une oie qui tremble, — car il n'a plus de valeur en tous ses membres. — Finit-il par aller en Egypte, — Il est, comme un bâton mangé par le ver. Est-il malade, l'alitement le saisit-il, — il est emmené sur un Ane ; — ses vêtement, des voleurs les enlèvent: — ses domestiques se sauvent.» (2^.

Après cette description si peu flatteuse des métiers et professions exigeant des efforts et une servile obéissance, l'auteur de ces écrits, à la fois scribe et père, continue pour rédification

(Ij Maspëi*o, Du genre épistoiaire, p. W-62.

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