LES ÉCRITS SATIRIQUES EN EGYPTE
de son fils; il lui signale et lui recommande la profession par excellence, celle de littérateur. Selon lui, la carrière des lettres est, seule, agréable à parcourir :
«« J'ai vu la violence ; j'ai vu la violence; — c'est pourquoi mets ton cœur après les lettres ! — J'ai contemplé les travaux manuels — et, en vérité, il n'y a rien au delà des lettres. —Comme on le fait dans l'eau, plonge-toi au sein du livre Qimi .• — tu y trouveras ce précepte en propres termes : « Si le scribe va étudier à Silsilis. — son inactivité corporelle ne sera point sur lui. — Lui, c'est un autre, qui le rassasie ; — Il ne remue pas; il se repose. » — « J'ai vu les métiers figurés, — aussi te fais-jc aimer la littérature, ta mère; je fais entrer ses beautés dans ta face. — Fille eîst plus importante que tous les métiers; — elle n'est pas un vain mot sur cette terre; — celui qui s'est mis à en tirer profit dés son enfance, il est honoré ; — on l'envoie remplir des missions. —
Celui qui n'y va point, reste dans la misère. » « On n'a jamais dit
au scribe : « travaille pour un tel ; — ne transgresse pas tes ordres.» — Certes, en te conduisant à Khonou^ certes j'agis par amour pour toi ; — car, si tu as profité un seul jour dans l'école, — c'est pour l'éternité ; les travaux, qu'on y fait, sont durables comme des montagnes. — Ce sont ceux-là, vite, vite, cjue je te fais connaître, que je te fais aimer; — car ils éloignent l'ennemi.» (t).
Ces curieuses recommandations sont-elles une satire littéraire ou des épîtres sincères et d(î bonne foi écrites par un père pratique à sa progéniture? Nous ne savons. Dans tous les cas, elles nous donnent de la société égyptieune une id('»e bien différente de celle que peut suggérer la poésit» olFicielle. Elles nous font voir ce que cachaient la pompe de la cour et du culte : la misère et la souflrance de tout un peuple. La fin de cette allocution confirme aussi ce qu'il était facih; de deviner il'après la banalité emphatique des hymnes à prétention, savoir que la littérature était devenue un métier de parasite, un asile pour les paresseux et les lâclies ; que les littérateurs égypticMis «'•taient de simples domestiques, travaillant sur commande. Mais il est encore un genre littéraire, que nous n'avons pas examiné.
i Ma-sp ro, loc. ci t. y 66-67.
238 LITTÉRÂIURE DES ÉGYPriENS, DES BERBÈRES, ETC.