IV. — Les Colites populaires
J'exprimais tout-à-rheure le regret qu'aucun des Pharaons n'eût, comme l'a fait un empereur chinois, recueilli les poésies populaires de son royaume. En effet il n'existe pas de Chi- King égyptien, mais les papyrus nous ont conservé des légendes et contes en prose, qui valent d'être étudiés.
Parmi ces contes, il en est qui ont passé pour de l'histoire, par exemple, celui du roi Rhampsinit, rapporté par Hérodote, et où l'on voit un pharaon prostituer sa fille pour découvrir un habile voleur, qu'il finit par accepter pour gendre (1).
Ces récits populaires sont précieux à plus d'un titre ; ils nous font pénétrer dans la vie courante du peuple égyptien; ils nous renseignent sur le caractère de la foule, encore infiniment peu développée et crédule à un degré inouï. 11 y a, dans ces contes, une vraie débauche d'animisme ; nonseulement les animaux parlent, mais aussi les plantes, Ifô choses. Les fleuves se comportent, comme les hommes ; ils poursuivent les femmes, pour la défense desquelles les arbres, les acacias, prennent parti (2), La croyance à la magie passe toute mesure ; par de simples incantations, on donne la vie à un crocodile de cire (3), etc.
Au point de vue de la forme, ces contes sont tout-à-fait enfantins. Aussi l'on y abuse du procédé de la répétition pour augmenter la force d'une expression donnée. On dit, par exemple : « Leur cœur fut joyeux beaucoup, beaucoup », pour marquer une vive allégresse. Des phrases, des allocutions même, sont littéralement redites, sans que l'on craigne en rien d'être fastidieux. L'extrême respect pour la tradition em-
(1) Hérodote, liv. H, par. CXXI, CXXII. — G. Maspéro, Contes populairet de l'Egypte ancienne^ 249.
[2] Loc. cit. (Conte des deux frères).
(3) Ibid. (Le roi Khoufoui et les magiciens, etc. etc.).