LES CONTES POPULAIRES
pécbe aussi de varier les expressions. Presque régulièrement un homme en colère ressemble à « une panthère du midi ». La vénération obligatoire pour le souverain impose Tobligation de faire suivre son nom ou son titre d'un souhait de bonheur ; aussi le narrateur ne dit jamais « sa Majesté » sans ajouter immédiatement la formule « Vie, Santé, Force ». De là des tirades bizarres, comme celle-ci : « Le vaincu de Jôpou s'est révolté contre sa Majesté, Tie, Santé, Force, et il a massacré les fantassins de sa Majesté, Vie, Santé, Force, aussi ses gens de char, et personne ne peut tenir contre lui !... Quand le roi Menkhopirri^ Vie, Santé, Force, entendit toutes les paroles, que le messager lui avait dites, il entra en fureur, comme une Panthère du midi » (1). Néanmoins ces légendes populaires sont curieuses. Nous y trouvons des récits, dont des versions plus ou moins altérées, arrangées au goût de chaque peuple, ont circulé et circulent encore dans toute l'Europe, en Asie- Mineure, dans rinde, en Abyssinie (2), etc.
L'histoire biblique de Joseph et de Putiphar fait le fond du plus répandu de ces contes (3) ; mais elle est 9urchargé(» de détails fantastiques. L'àme, 1(^ double, du Jeune homme calomnié par une belle-sœur impudique, se n^fugie dans un acacia, puis dans un taureau, puis dans un persèa né d'une goutte de sang du taureau égorgé. La femme perfide le poursuit sous toutes ces formes ; mais en fin de compte un des copeaux du persèa à double humain, qu'elle avait fait abattre, lui entre dans la bouche et immédiatement elle devient enceinte ; le double de sa victime s'est incarné en elle ; elle le met au monde ; il grandit et, une fois devenu homme, accuse sa persécutrice, la fait juger et condamner. Dans cette bizarre et universelle légende, les Hébreux, dont Timagination était relativement assagie, n'ont pris que la par-
1) G. Maspcro, Contes populaires^ 152, 153.
,2^ Ibid., Introduction, XV-XVII (Voir le Conte dos deux frèrcs\
;3, Loc, cit. (Les deux frères).
tie vraisemblable, Thistoire relativement très raisonnable dp Putiphar.
Ces contes égyptiens révèlent un état d'esprit si différent du nôtre, la trame en est si peu logique, qu'il est difficile d'en citer un fragment. Je l'essaierai pourtant, en choisissant un petit morceau, qu'à la rigueur on peut considérer commp une allégorie morale, ayant pour objet d(î peindre Taveuglement, l'égarement, dans lequel peut jeter la violence d'une passion amoureuse :
« Il arriva, un jour, que Saini (un prince) passait sur le parvis du temple de Phtah. Il vit une femme fort belle; car il n'y avait femme qui l'égalât en beauté et de plus il y avait beaucoup d'or sur elle; et de plus il y avait de petites jeunes filles, (jui marchaient derrière elle, et il y avait des domestiques au nombre de cin(juante-deu.\, avec elle. Dès l'heure que la vit Satni, il ne sut plus l'endroit du monde oii il était. )» Le prince s'informe : « Quelle personne est-ce ? » Réponse : « C'est Tfiouboui, fille du prophète de Bastit, dame de Onektooui, qui s'en va maintenant pour faire sa prière devant Phtah, le dieu grand. » Le prince veut posséder cette belle personne et il le lui fait dire, en lui ofl'rant de l'or et la menaçant d'un rapt en cas de refus. La belle, évidemment de vertu médiocre, répond : « Va dire à Satni : « Je suis chaste ; je ne suis pas une personne vile. S'il est que tu désires avoir ton plaisir de moi, tu viendras à Bubastc, dans une maison où tout sera préparé et tu feras ton plaisir de moi, sans que personne nie devine; car je ne suis pas une fille des rues.» Le rendez-vous est accepté. Le prince Satni arrive dans une maison |»einte en lapîs-lazuli. On lui fait boire du vin dans une coupe d'or; on lui sert un festin : « Alors Satni dit à Tliouboui : a Accomplissons ce pourquoi nous sommes venus maintenant. » Elle lui dit : a La maison ofi tu es sera ta maison; mais je suis chaste, je ne suis pas une personne vile. S'il est que tu désires avoir ton plaisir de moi, tu me feras un écrit sous la foi du serment et un écrit de donation pour argent de toutes les choses et de tous les biens, qui sont à toi. » Il lui dit : « Qu'on amène le scribe de l'école. » On l'amena sur l'instant et Satni fit faire pour Thouboui un écrit sous la foi du serment et un écrit de donation pour argent de toutes les choses, tous les biens, qui étaient à lui. Une heure passée, on vint annoncer ceci à Satni : « Tés enfants sont en bas. >» H dit : ■ Qu'on les lasse monter, d Thouboui se leva; elle revêtit une robe de lin fin cl Satni vit tous ses membres au travers et son désir alla croissant plus