LA UTTÉRATL'RE ARABE
bre d'odes funéraires, composées pour honorer la mémoire des compagnojis, qui ont succombé (1). Une des pièces du Hamam met bien (»n relief le sentiment d(» solidarité, qui reliait les membres d'un clan : elle exprime les plaintes d'un Arabe, dont les compagnons n'ont pas voulu épouser la cause, et qui en a été réduit à demander (»t accepter le secours d'une tribu étrangère :
« Si j'avais été un lils de MAzin, — Jamais mes troupeaux ne m'auraient été ravis — par les fils de Dhuhl de Sheybân, — ces rejetons de la poussière. — A l'instant, se seraient levés pour me secourir, — des parents à la main lourde, — des vengeurs toujours prêts, quand une aide est nécessaire au faible courbé sous les coups ; — des hommes qui, alors que le mal se dresse devant eux, à nu, les mâchoires assez écartf'îes pour découvrir ses molaires, — sont prompts à se ruer sur lui,
— par bandes et même isolément. — Quand un frère dans rembarrte leur raconte le tort subi, — ils ne sont pas hommes à le questionner,
— à lui demander des preuves de sa véracité. — Mais les miens, malgré leur nombre, — Sont des propres à rien ; » — Le méfait commis ne les touche pas, — Si criant qu'il puisse être. — Ce sont des hommes, qui pardonnent, — les torts de leurs ennemis, — des hommes au cœur
plein de tendresse et d'amour pour les mauvaises actions ! A leur
place, que n'ai-je eu de vrais parents, — des hommes, qui, montés — sur des chevaux ou des dromadaires, — frappent vile et frappent fort » (3).
Au dire d'un écrivain ai*abe, Ssefady, les anciens Arabes ne tiraient gloire que de trois choses : du courage militaire, de la pratique de l'hospitalité et des talents littéraires (3). C'est qu'en dehors du plus ou moins de mérite esthétique, ces vieilles poésies arabes avaient une utilité sociale très grande : elles servaient à enregistrer et garantir la distinction des familles, les droits des tribus et clans, à conserver la mémoire des belles actions et enfin à maintenir la pureté de la langue. Aussi un excellent poète faisait le plus grand honneur à sa tribu.
(1) PosncU^ loc. cit., 143.
{2) Cité par Posnctt, in Camp. Litter. 151.
^3) Mémoires sur l'Egypte liisUtut d'Egypte , 118.
Dès qu'un Arabe s'était illustré par ses œuvres littéraires, les tribus voisines envoyaient à celle du poète des députations chargées de la féliciter et la tribu favorisée donnait à son tour de grands festins. Â ces agapes assistaient les femmes, parées de leurs habits de noces. Au son de leurs tambourins, ces femmes célébraient, en chantant, le bonheur et la gloire échus à leur tribu, puisqu'elle possédait un homme capable de conserver son renom, de sauvegarder les généalogies, de transmettre ses hauts-faits à la postérité, enfin de maintenir lapureté de sa langue. La poésie arabe était précieuse à d'autres titres encore. Elle constituait le trésor moral et intellectuel de la tribu. Les poèmes arabes étaient en effet des recueils de notions morales et même économiques; dans les situations douteuses, difficiles, on y cherchait des oracles, etc., etc. (1).
Les tribus rivalisaient entre elles pour savoir qui possédait le meilleur poète. De là de fréquentes et ardentes discussions, non interrompues parfois même par la présence de l'ennemi (2). Tous les ans, un congrès ou plutôt un concours poétique se tenait pendant un mois, à Ocadh, Les poètes y récitaient leurs compositions et se portaient des défis littéraires. A la suite de ce tournoi intellectuel, les poésies jugées excellentes étaient ou déposées dans le trésor royal ou suspendues dans le temple même de la Kaaba. On appelait ces pièces couronnées « vei*s dorés », parce qu'elles avaient été copiées en lettres d'or sur de la soie d'Egypte. L'assemblée littéraire coïncidait avec une foire et il y venait une grande afflluence. Mahomet abolit cette solennité, sans doute trop profane à ses yeux, et il en résulta, pendant quelques années, un certain discrédit pour la poésie (3).
H n'y a plus aujourd'hui en Arabie de tournois poétiques;
l) G. Sale, loc, cit»
[i) Jomard, Arabie , 133.
',3 G. Sale, loc. cit.
Évolution littkrairk, 17