‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 95 sur 209 · LA UTTÉRATL'RE ARABE · texte numérisé non relu

LA UTTÉRATL'RE ARABE

on ne suspend plus les poèmes couronnés (al Moallakàt) dans le lieu sacré ; mais, récemment encore, les poètes arabes de la Syrie avaient un autre moyen d'obtenir pour leurs œuvres une investiture révérée. Ils les envoyaient aux savants de la « mosquée fleurie », à Kahira^ et ne les publiaient pas avant qu'elles leur eussent été retournées, revêtues d'mi certain cachet.

Les vulgarisateurs des œuvres poétiques sont, du moins dans les villes, à Bagdad, à Bassora, etc., des mollàs pauvres, qui vont de café en café réciter ou chanter soit des compositions modernes, soit des fragments du Roman d'Antar, ou les exploits du héros persan, Rustem, sans doute d'après le Lkre des rois y etc. Sa besogne accomplie, le chanteur fsdt la quête (1). Ces mœurs attestent incontestablement un goût très vif pour la poésie ; et, sous ce rapport, on ne saurait nier qu'elles ne soutiennent victorieusement la comparaison avec les nôtres. Ces cafés arabes, où l'on boit seulement une infusion de moka ou de l'eau fraîche, en écoutant un déclamateur, un chanteur lyrique ou un conteur, n'ont rien de commun avec les cabarets de notre occident, où l'on s'enivre aussi stupidement que possible.

Il est à remarquer que, dans cette esthétique littéraire des anciens Arabes, nous ne trouvons pas ces danses et ces mimiques chorales, ordinaires avec le régime du clan. Sans doute le sentiment d'étroite solidarité républicaine est très vivant encore dans les chants; mais il ne se manifeste plus par des spectacles. C'est que la société anté-islamique, telle que nous la pouvons connaître, était déjà bien loin de ses origines, puisque ses tribus étaient monarchiques ; par suite les mœure tout à fait primitives avaient subi bien des altérations el la solidarité des clans n'était plus aussi étroite qu elle l'avait sûrement été jadis dans un passé trop lointain pour avoir laissé derrière lui des traces visibles.

(1) Nicbuhr, Description de l'Arabie, I, 149.

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