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II. — La forme lyrique de la poésie arabe

Longtemps avant Mahomet, la poésie était très cultivée chez les nomades. Les littérateurs arabes s'accordent même pour admirer beaucoup cette ancienne poésie lyrique. Dès l'antiquité, la forme poétique était la forme littéraire par excellence ; elle n'a pas cessé de l'être. Dans les anciennes petites poésies (Ghazel), on a déjà la science du mètre, les rimes sont habilement entrelacées, on recherche des consonnances savamment calculées. Le vers arabe le plus employé se compose de deux hémistiches ou petits vers. Dans leur langage imagé, les Arabes appellent chacune de ces hémistiches « battant de porte » et la réunion de ces « battants » forme ce qu'ils nomment la « maison », le grand vers (1). Les règles prosodiques, faisant loi, ne furent vraiment adoptées qu'après Mahomet (2) ; mais les formes métriques existaient bien antérieurement. Fort longtemps après Mahomet, durant la décadence de la poésie arabe, le vers était encore regardé, par les Arabes, comme la forme Uttéraire la plus exquise, et les écrivains à prétention se considéraient comme obligés d'écrire en prose rimée au moins la préface de leurs livres (3).

La couleur générale du style arabe est très particulière. Jamais le poète ne se perd dans les abstractions pâles. Il lui faut des .figures, des métaphores toujours empruntées à la nature extérieure. Tout ce qu'il décrit est vivifié, personnifié, et c'est toujours aux sens qu'il s'adresse. — Le poème d'Antar, dont jo citerai divers fragments, est extrêmement riche en images. Ainsi Abla, la maîtresse d'Antar, était « brillante comme la lune » (à). La monture d'Antar était « une cavale fauve comme de Tor pur, à la queue longue, au jarret vigoureux, qui, lors-

(1) Mémoires sur VEgyple (Institut d'Egypte), 122. f2) G. Sale, loc. cit., 474.

(3) Jomard, Arabie j 474.

(4) Aventures d'Antar (icdid. Devic), 17.

qu'elle courait, semblait à chaque instant près de se dérober au regard, rapide comme la pluie qui tombe, comme l'éclair qui brille. » Pour dire à son ami quelque chose de flatteur, Abla rappelle : « 0 face noire! ô cœur blanc! » Quand le héros s'approche de son pays, de la terre de Chèrebba, « son cœur se fond aux souffles du vent, qui venait de la patrie » (1)

vida, "LO.

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