‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 97 sur 209 · III. — La Poésie anté-islamique · texte numérisé non relu

III. — La Poésie anté-islamique

Assez bornée sans doute d'idées et de sentiments, cetlp poésie anté-islamique est pleine de vigueur. Elle est libre, hardie, colorée, sauvage ; mais ne manque pas d'allure. Voici un morceau dans lequel un héros d'autrefois déclare à ses compagnons de clan, qu'il les renie et les quitte :

« Partez, enfants de ma mère; retournez sur vos pas. Il me faut désormais d'autres compagnons que vous, une autre famille que la vôtre

Cette famille, je vais la trouver au désert : ce sera le loup, coureur infatigable ; ce sera la panthère au poil ras et brillant, l'hyène au poil hérissé. Voilà mon monde : avec eux, un secret n'est jamais trahi et le coupable n'est pas abandonné en punition de sa faute. Tous, ils repoussent l'insulte ; tous sont braves ; moins que moi cependant, quand il faut soutenir le premier choc des chevaux de l'ennemi ; mais je leur cède le pas, quand il s'agit d'attaquer les vivres, alors que le plus glouton est le plus diligent.... Je ne suis pas de ces pasteurs toujours dévorés de la soif, qui, n'osant s'écarter des puits, font paître, au soir, leurs troupeaux dans des lieux sans cesse parcourus et dépouillée de

verdure : les petits de leurs chameaux font pitié à voir Je ne suis

pas de ces lâches et stupides époux, qui, toujours auprès de leurs femmes, n'ont jamais de secret pour elles et ne savent rien entreprendre sans avoir pris leurs conseils, ni de ces cœurs d'autruche, qui s'élèvent et s'abaissent, comme s'ils é! aient portés sur les ailes d'un petit oiseau, ni de ces jeunes conteurs de fleurettes, vrais marchands de musc, rebut de leur famille, qui sont occupés du matin au soir à se parfumer ou à se teindre les paupières. Je ne suis pas non plus de ces voyageurs pusillanimes que les ténèbres remplissent d'effroi.... La plante calleuse de mes pieds frappe la terre avec tant de force, qu'elle

^2) Aventures d^Anlar^ 74.

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