PARUS
« Six semaines plus tard, je rencontrai un second exemple
de cette faculté de communication muette. C'était à Naples. % Je me promenais avec un jeune homme de Syracuse, et nous : passâmes devant une sentinelle. Le soldat et mon compagnon échangèrent deux ou trois grimaces qu’à un autre moment je à u’aurais pas remarquées, mais les exemples que j'avais observés dr précédemment m'amenèrent à y prêter attention. — Pauvre garçon,soupira mon compagnon.— Que vous disait-il? demandai-je. Fu
— Eh bien ! dit-il, je pensais le reconnaître pour un Sicilien et je 4 viens d'apprendre de lui, comme nous passions, d’où il est; il ma | dit qu'il était de Syracuse, et qu’il me connaissait bien. Alors, je
lui ai demandé s’il aimait le service napolitain, il dit qu'il ne Us l'aime pas du tout, et que si ses officiers ne le traitent pas mieux, 2. il finira certainement par déserter. Je lui ai fait savoir que, s'ilen P * était jamais réduit à cette extrémité, il pouvait compter sur moi et que je l’aiderais de tout mon pouvoir. Le pauvre garçon mi =
remercié de tout son cœur, et je ne doute pas qu'un jour a hs l’autre, je ne le voie arriver. » Trois jours après, j'étais 44 a. mon ami de Syracuse quand on lui dit qu’un homme qui ne don-
k ; et p ; trait nait pas son nom demandait à le voir ; il sortit et me laissa près
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de dix minutes. — « Eh bien, me dit-il, en revenant, c’est jusl a
comme je l'avais dit. — Quoi? fis-je. — Que le pauvre garçon d'être déserterait. » pres
L'exemple que je choisis comme exemple de la mimique de Uni sourds-muets a été observé au Collège National des Souri-k Telle Muets à Washington, où le colonel Mallery conduisit se! Indiens d'Utah, le 6 mars 1880.
« Un autre sourd-muet gesticula pour nous dire que, quan il était enfant, il alla une fois dans un champ de melons, «1 tâta plusieurs pour se rendre compte de leur maturité et, fin lement, en découvrant un à point, prit son canif, en coupa uit tranche et la mangea. Un homme à cheval parut, mit piedi terre et entra dans le sentier, trouva le melon entamé et, décotr vrant le voleur, lui lança le melon qui l'atteignit dans le dos sur quoi il s'enfuit en criant; l'homme remonta à cheval t s'éloigna dans une direction opposée.
«Tous ces signes furent promptement compris des Indiens, bis qu'avec quelques très légères divergences. Quand on demand
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aux Indiens si les sourds-muets, au cas où ils iraient d L seraient scalpés, ils firent cette réponse: — « Rien ne ans 1 Utah, fait, mais nous serions amis », de la manière NU serait « La paume de la main droite fut frottée vers la droite ‘& de la main gauche (rien), et la droite se comporta cor si a étreindre la paume de la main gauche, les pouces “ Fr. pour reposant sur le dos de la main opposée (amis) Ceci ne et ment compris des sourds-muets. Le geste de sp k ut rapidede boire le lait fut pleinement et rapidement com . ue « L'histoire d'un garçon montant à un ee dy cher les fruits mûrs et en remplir ses poches, et a ‘ Mens à COUP surpris par le propriétaire, fut frappé 13e la tête RER pierre, fut très gnûtée des Indiens, et facilement con en ta FPAUDERE DRERRISE du même ordre vrai dis in x mais j'en ai assez dit maintenant pour établir le fait nés (1) voulais traiter ici, savoir que le langage mimique peut F Le # loppé à un degré qui peut faire de lui un véritable dr she du langage parlé, si les idées à exprimer ne sont pas 1 ne traites, et qu'il peut étre ainsi développé sans s'élbiee s ; . Hat pression directe et naturelle de l'idéation tétstinguée se vi ee Fou conventionnelle ou artificielle) à un fagré qui l'e Rent Pre DANCE cale compris par les personnes nn pression par signes, sans accord préalable quant aux il As tions qui sont attachées aux signes particuliers mis e jme +. étant la situation, il est important de noter que l'ensnhté s races existantes de l'humanité s’exprim: , F ù dr est pas possible maintenant ns ae ; A ce que la faculté de faire des signes, en tant ati per : .. le langage par gestes de l'homme, doit à l'influence arte 2 Rte ii per et parallèle du langage parlé. Il sur le geste ; a de réflexe de la parole | siaë sinon immense. Le sourds-muets même ne prouve de darté: le hobs s els des 3 êtres infortunés, quoique n'étant pas Dauer pe a L reçoivent néanmoins par héritage dans leurs cerveaux me
(1) Voir surtout Tylor l ylor, loc, cil., p. 28-30, où
je rlor, 400 ‘P. 30, où se trouve un récit intér
Fe Ep es bien qu'éloquents au moyen desquels ai mb Le nstructions pour la rédaction de son testament FRAME
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l'organisation psychologique qui a été édifiée au moyen de la parole ; leur faculté de faire les signes est aussi bien développée que chez les autres hommes, quoique, par un accident physiologique, ils soient privés des moyens ordinaires de la manifester, En conséquence, nous n'avons aucune donnée pour montrer à quel degré d'excellence la faculté de faire des signes chez l'homme, serait arrivée si la race avait été privée de la faculté de parler. J'aurai à revenir sur cette considération dans le chapitre suivant, et ne la mentionne ici que pour éviter une évaluation incorrecte et prématurée de l'importance des gestes en tant qu'agents de la formation de la pensée, ou distincts de l'expression de la pensée.
Je vais maintenant analyser avec quelques détails la syntaxe du langage par gestes, et ici encore je m'appuie sur les témoignages des deux écrivains qui ont le mieux étudié cette sorte de langage au point de vue scientifique.
M. Tylor dit: « Le langage par gestes n’a pas de grammaire, à proprement parler, il ne connaît aucune inflexion de quelque sorte, pas plus que la langue chinoise. Les mêmes signes servent pour « promenade », « promenait », « promenant », « promene », « promeneur. » Les adjectifs et les verbes ne sont pas facilement distingués par les sourds-muets. « Cheval, noir, beau, trot, galop », peut servir de traduction grossière aux signes par lesquels un sourd-muet déclarera qu'un beau cheval noir trotte et galope. En vérité, notre système perfectionné des parties du langage n’est que peu applicable au langage par gestes, quoique, comme il le sera dit plus complètement dans un autre chapitre, il soit peut-être possible de découvrir dans le langage parlé un dualisme ressemblant dans une certaine mesure à celui du langage par gestes, avec ses deux parties constituantes, la produttion des objets et actions réels, et leur simple suggestion par imitation... li y a là cependant une syntaxe qui est digne d'un examen attentif. La syntaxe de l'homme doué de la parole diffère selon le langage qu'il peut apprendre : equus niger, « un cheval noir » ; hominem amo, « j'aime l'homme. » Mais le sourd-muet rattache Îles signes des idées variées qu'il désire lier, dans ce qui lui paraît être l’ordre naturel où elles se suivent dans son esprit, car l’ordre est le même parmi les muets des dif-
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férents pays, et il est entièrement indépendant de la syntaxe qui peut se trouver appartenir au langage de leurs compatriotes doués de parole. Par exemple, sa construction habituelle n'ont pas «noir cheval » mais «cheval noir » — ni « apportez un chapeau noir », mais « chapeau noir apportez » — ni « j'ai faim donne-moi du pain », mais « faim moi, pain donne. » à
« Le principe fondamental qui régularise l'ordre des signes des sourds-muets semble être celui qui a été énoncé par Schmalk Le fait qui lui paraît lui être le plus important, il le fera te avant le reste, et celui qui lui paraîtra superflu, il le laissera de côté. Par exemple, pour dire: «mon père me donna une pomme » ii fait le signe de « pomme », puis celui de « père », etenfin cali de « moi », sans ajouter le signe pour « donner. »
« Les remarques suivantes qui m'ont été envoyées par le D' Scott, semblent concorder avec cette appréciation.
« En ce qui regarde les deux phrases que vous donnez : « j'ai frappé Tom avec un bâton — « Tom m'a frappé avec un bâton » l'ordre dans la succession des parties dépendrait en quslqné mesure de la partie sur laquelle on désire attirer le plus l’attention. S'il fallait simplement énoncer le fait, mon opinion est que la phrase serait construite de cette façon : « moi Tom frappa un bâton » — et la forme passive, d’une manière identique, avec un changement, « Tom » étant mis à la place de « moi ».
« Ces phrases ne sont généralement pas dites par les sourdsmuets sans qu'ils aient été intéressés dans le fait, et alors, pour raconter celui-ci, ils indiquent en premier lieu la partie par laquelle ils désirent le plus impressionner leur interlocuteur, Ainsi, si un garçon en a frappé un autre, et si la victime vient à le raconter, si elle est désireuse de nous faire savoir que c'est tel ou tel garçon particulier qui l’a frappée, elle désignera le garcon d'abord. Mais si elle a été préoccupée d'attirer l'attention ue sa propre souffrance plutôt que sur la personne qui l’a causée, elle arrivera de suite à elle-même, et simulera l'acte de :. appé et alors en viendra au garçon, ou, sielle a été désireuse d'attirer l'a ttention sur la cause de sa souffrance, elle fera d'abord le signe de frapper, et ensuite, en pleurant, indiquera par qui elle a été déterminée.
«Le D' Scott est, autant que je le puis savoir, la seule personne
qui ait essayé d'établir une classe de règles distinctes pour la syntaxe du langage par gestes. « Le sujet vient avant l'attribut, l'obiet avant l’action. » Une troisième construction est commune quoique non nécessaire : « la personne ou la chose qui modifie vient après celle qui est modifiée. » La première construction par laquelle « cheval » est mise avant « noir » met le sourd-muet à même de fournir à sa syntaxe, à un certain point, la distinction entre les adjectifs et les substantifs, distinction que ses signes imitatifs n’expriment pas eux-mêmes.
« Des deux autres constructions, nous trouvons un bon exemple dans une remarque de l’abbéSicard, qui s'exprime en ces termes: «Un élève à qui je fis un jour cette question : « Qui fit Dieu ? », et qui répliqua: « Dieu ne fit rien », ne me laissa plus aucun doute quant à cette sorte d’inversion habituelle aux sourds-muets, lorsque je continuai à lui demander : « Qui fit le soulier », et qu'il répondit: « Le soulier fait le cordonnier. » De même, quand Laura Bridgman, qui était aveugle aussi bien que sourde et muette, eut appris à communiquer des idées en épelant des mots sur ses doigts, elle disait: « fermer porte »— « donner livre » sans doute parce qu'elle avait appris ces phrases telles quelles, mais quand elle faisait des phrases par elle-même, elle revenait à la syntaxe naturelle des sourds-muets et épelait: « Laura pain donner» pour demander du pain, et « eau boire Laura » pour exprimer son besoin de boire... — Un air d'interrogation transforme une assertion en question, et semble faire toute la différence entre « le maître est venu » et « le maître est-il venu? » Les pronoms interrogatifs gui ? quoi? sont exprimés en regardant et en cherchant en tous sens d’une manière inquisitive, c'est-à-dire par des essais infructueux pour dire ?/, cela. La manière dont l'enfant sourd-muet demande « qui vous a battu? » serait « vous battu qui était-ce? » Quoiqu'il soit possible de rendre une certaine quantité d'énoncés et de questions simples presque geste pour mot, le concrétisme de la pensée qui appartient au sourd-muel dont l'esprit n’a pas été très développé par l'usage du langage écrit, et même de celui qui a reçu une certaine instruction, quand il pense et formule ses pensées en ses signes natifs, demande ordinairement une refonte des phrases plus complexes. « La question si répandue parmi- nous : « qu’avez-vous ? »,
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sera rendue par : « vous, souffrant ? » « vous avez été battu ? » et ainsi de suite. L'enfant sourd-muet ne demandera pas: « qu’aviez vous pour dîner hier? », muis «aviez-vous soupe? » — « aviez-vous bouilli? », et ainsi de suite. Une phrase conjonctive s'exprimera par une alternative ou un contraste. « Je serai puni si j'ai été paresseuxetméchant » sera rendupar: « moi, paresseux, méchant, non! paresseux, méchant, moi, puni, oui! » L'obligation peut être exprimée de la même manière : «je dois aimer et respecter mon maître » sera rendu : « professeur, moi battre, tromper, mépriser, non ! — Moi, aimer, honorer, oui. » Comme Steinthal le dit dans son admirable essai, c’est l'assurance que le langage donne à l'esprit de l’homme, en reliant les unes aux autres, et fermement, les idées dans toutes leurs relations, qui seule l'amène au procédé plus court consistant à n'exprimer que le côté positif de l’idée
en négligeant le côté négatif.
« Faire » est une idée trop abstraite pour le sourd-muet. Pour montrer que le tailleur fait un vêtement, ou le menuisier une table, il représentera le tailleur cousant le vêtement, et le menuisier sciant et rabotant la table. Une proposition telle que: « La pluie rend la terre fertile » ne rentrerait pas dans sa façon de penser : « pluie tomber, plantes pousser », voilà quelle serait son expression. L'ordre des mots de l'Oraison Dominicale est à peu près le suivant : « Père notre, ciel dans ; nom ton béni; règne ton vienne ; volonté ta faite, terre sur, ciel dans, comme, Hal donne-nous quotidien; péchés nos pardonne-nous; offenses nos pardonne comme ceux offenser contre nous ; tentations n'induis pas, mais mal délivre du ; règne, puissance, gloire, tiens à jamais (1). »
Jajouterai maintenant quelques citations empruntées au colonel Maller y :
«Le lecteur comprendra, sans qu’il soit besoin de l'expliquer que l'on ne trouve point, dans le langage par signes, la phrase organisée telle qu’elle existe dans le langage civilisé, et qu’il n’y a point lieu de s'attendre à trouver des articles ou particules un temps passif, des cas ou des genres grammaticaux, ou méme ce qui semble être dans la langue civilisée un substantif ou un
(1) Early History of Mankind, p. 24-32. '
verbe, un sujet ou un prédicat, un qualificatif ou une inflexion.
en
Les signes radicaux, sans être spécifiquement telle ou telle rir