‹ L'évolution mentale chez l'homme [microforme]Chapitre 17 sur 67 · partie de notre langage, peuvent étre chacune d'elles tour à dé · texte numérisé non relu

partie de notre langage, peuvent étre chacune d'elles tour à dé

tour. Le langage par signes ne peut montrer par l'inflexion la ic dépendance réciproque des mots et des phrases. Des degrés de S L | mouvement correspondant à des intonations vocales ne sont me employés que dans la rhétorique, ou pour établir des degrés de qu comparaison. Les relations des idées et objets sont donc expri- per

mées par leur situation, et le lien est établi quand il est rendu { nécessaire par l’abstraction des idées. Celui qui parle par signes ma

est un artiste qui groupe les personnes et les choses de façon à que

eu montrer les relations, et le résultat est celui qu’on voit dans ILe

un tableau. Mais bien que l'artiste ait l'avantage de présenter pré

dans une scène permanente et cohérente le résultat de plusieurs éter

signes passagers, il ne peut le présenter que tel qu'il se pré- l'af:

sente à un seul moment. Celui qui parle par signes a la suc- det

Li cession chronologique à sa disposition, ses scènes se déplacent prit ‘à et se jouent, se localisent et s'’animent, et leur arrangement est et le EEE donc plus varié et expressif (4). » « S Voici l'ordre selon lequel serait traduite la parabole de l'En- et le

fant prodigue par une personne qui parlerait par signes, et qui üne

serait cultivée ; nous y joignons encore les remarques du colonel pas Mallery : « Une fois, homme un, fils deux. Fils cadet dire: père oral 5% fortune votre partager; part ma à moi donner. Père ainsi fils est: chaque, part sa donner. Jours quelques après, fils cadet, argent sem

tout prendre, pays lointains aller, argent dépenser; vin boire, et le nourriture bonne manger. Argent bientôt parti tout. Pays par- frap

tout, nourriture peu, fils affamé très. Aller chercher hommes D ride quelques me prendre à service. Monsieur rencontrer. Monsieur intel

fils envoyer champs porcs nourrir. Fils cochons graines manger Coup

voir. Lui-même graines manger vouloir; ne peut pas; graines à l'ord

lui personne donner. Fils pense, dit: père mon, domestiques nombreux, pain suffisant, part donner pouvoir, moi pas, affamé, mourir. Je décide: père, je vais vers, dire moi méchant, Dieu désobéir, vous désobéir, nom mon désormais fils non! Moi indigne. Vous me travail donner, domestique comme. Ainsi fils

(4) Loc. cit., p. B&,

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en route partir. Père de loin regarder, fils voir, pitié, courir, rencontre, embrasser. Fils père dire: moi méchant, à vous désobéir, Dieu désobéir; nom mon désormais fils non! moi indigne. Mais père domestiques appeler, commander vêtement le plus beau apporter à fils, anneau doigt mettre, souliers pieds mettre, veau gras apporter, tuer. Nous tous manger, gais. Pourquoi ? Fils ce mon autre fois mort, maintenant vivant, autrefois perdu, maintenant retrouvé, réjouissons. »

« On peut remarquer non seulement d'après cet exemple, mais d’après des études générales, que le verbe « être », en tant que copule ou prédicant, n'existe pas dans le langage gesticulé. ILexiste cependant parmi les sourds-muets comme assertion de présence ou d'existence, sous les formes du signe qui consiste à étendre les bras et mains en avant, et à ajouter ensuite le signe de l'affirmation. Il n'existe pas de gestes pour indiquer les notions de temps renfermées dans les mots alors et quand. Au lieu d'exprimer: « après avoir dormi j'irai à la rivière », les sourds-muets et les Indiens manifesteront leur intention de la façon que voici: « Sommeil fini, moi rivière aller ». Bien que le présent, le passé, et le futur s'expriment aisément par des signes, ils sont exprimés une fois pour toutes, dans leurs relations, et ceci fait, il n’y est pas revenu comme cela se fait habituellement dans le langage oral. L'inversion, par laquelle l'objet est placé avant l'action, estun trait caractéristique du langage des sourds-muets, et il semble qu’elle suive la méthode naturelle par laquelle les objets et les actes entrent dans la conception mentale. Dans l’action de frapper un rocher, la conception naturelle n’est pas d'abord l'idée abstraite de frapper dans le vide, sans rien voir, el sans intention de frapper quoi que ce soit en particulier, quand tout à Coup un rocher surgit dans la vision mentale et recoit le coup ; l'ordre est le suivant: la vision du rocher, l'intention de le frapper et l'acte de le frapper: d'où le signe, « je rocher frappe ». Comme exemple encore je rappellerai qu'un garcon sourd-muet représentant par signes l’action d'un homme tirant sur un oiseau dans un arbre, représenta d’abord l'arbre, puis l'oiseau venant s'y poser, puis le chasseur s’approchant et regardant l'oiseau, le visant avec son fusil, le bruit de la détonation, la chute et les dernières secousses de l'oiseau. Ce sont assuré-

ment les phases successives qu'eût parcourues un artiste occupé à crayonner le dessin, ou plutôt les dessins successifs pour raconter l’histoire.

« Les sourds-muets et les Indiens expriment souvent les degrés de comparaison en ajoutant au signe générique ou descriptif celui qui indique gros ou petit ; humide serait « mouillé petit »; frais serait « froid petit », et chaud «tiède beaucoup. » La quantité ou force de mouvement indique souvent aussi une diminution ou augmentation correspondante, mais elle exprime souvent une nuance différente de signification, comme le dit le D' Matthews en parlant du signe correspondant à mauvais et mépris. Cette modification dans le degré de mouvement s'emploie toutefois souvent aussi dans le but d’accentuer, comme nous élevons la voix en parlant, ou employons des italiques, en écrivant. Le prince de Wied donne un exemple de comparaison dans son signe pour excessivement dur, donnant d’abord le signe de dur (on ouvre la main gauche et on la frappe plusieurs fois avec le dos des doigts de la droite), puis celui pour dur excessivement (d’abord ie signe de dur, puis on place l'index gauche sur l'épaule droite, et on étend le bras droit en l’élevant, et en dressant l'index vers le zénith). »

Je me suis quelque peu longuement occupé de la syniaxe du langage des signes, parce que ce langage est, comme l'on fait remarquer plus haut, le moyen le plus naturel, ou le plus immédiat, par lequel s'exprime la logique des récepts ; c’est la moins symbolique ou la moins conventionnelle phase de la facultas signatrix, et l'étude de sa méthode présente de l'importance dans l'analyse générale que nous croyons devoir faire de cette faculté. Les points qui, dans l’analyse précédente, présentent le plus d'importance sont: l'absence de la copule et de différentes autres « parties du langage » ; l'ordre dans lequel s'expriment les idées ; les gestes descriptifs par lesquels les idées sont présentées sous la forme la plus correcte possible ; et le fait qu'aucune idée abstraite de quelque généralité n’est jamais exprimée (1).

(4) Pour plus amples détails au sujet du langage par gestes, et venant à l'appui de ce qui vient d'être dit, voir Long : Expedition to the Rocky Mountains, et l'article de Kleinpaul dans Vôl/kerspsychologie, etc., VI, 352-375. Leibniz a été le premier (Collectanea Etymologica, 1111) à étudier le sujet d’une façon scientifique.

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