CHAPITRE VII
ARTICULATION
Mon but, dans ce chapitre, sera de prendre une vue générale de l'Articulation en tant que développement spécial de la faculté vénérale de faire des signes, réservant pour les chapitres suiants un examen de la philosophie du langage parlé. Au début de l'étude du langage articulé nous avons à distinpuer quatre cas différents : premièrement, articulation par imiation inintentionnelle ; en second lieu articulation inintentionelle par manière d'exercice spontané ou instinctif des organes
le la parole ; troisièmement, compréhension de la signification
les sons articulés ou mots; et quatrièmement, articulation
vec une attribution intentionnelle de la signification comprise
omme s’attachant aux mots. Je considérerai chacun de ces cas Béparément.
L'imitation pure et simple, sans signification, de sons articulés, e trouve chez les oiseaux parleurs, chez les jeunes chiens, et ssez fréquemment chez les sauvages, les idiots et chez les aliénés, elte faculté, quelle qu'elle soit, ne nous arrétera pas, car ilest évient que la simple répétition d’un son verbal n’a pas de signiäation psychologique autre que l’imitation d’un son quelconque. Dinitation inintentionnelle spontanée ou instinctive se trouve hez les jeunes enfants, chez les sourds-muets sans instruction, L'aussi chez les idiots (1).
Les enfants habituellement (mais non invariablement) com-
(1) Pour cette catégorie, voir les Remarks on Education of Idiots, de Scott. Le it est signalé par la plupart des écrivains qui se sont occupés de la psychologie de diot, ét je l'ai fréquemment observé moi-même. Mais le cas des sourds-muets sans Struction est mieux à sa place ici, et c'est pourquoi je rapporterai ici un cas à ppui, « C’est un fait très important pour le problème de l’origine du langage que éme les muets de raissance qui n’ont jamais entendu parler, émettent de leur 0pre gré, et sans aucun enseignement, des sons vocaux plus ou moins articulés, axquels ils attachent un sens défini, et qu’ils répètent sans cesse avec le mème sens,
mencent à prononcer des syllables telles que « alla », « laiu ; « mama » et « papa » (avec ou sans le redoublement) avan l'époque où ils peuvent comprendre la signification d'un se mot. Un de mes propres enfants pouvait dire toutes ces syl labes très distinctement à l’âge de huit mois et demi, et je nepui rien découvrir à ce moment qui prouvât qu'il comprenait dés La c mots, ou qu'il eût appris ces syllabes par imitation. Un autre, com mes enfants qui ne commença à parler qu'à l'âge de quatoreR eu mois et demi, dit une fois, et une fois seulement, mais très di ent c tinctement ego ; ce n’était certainement pas là une imitation d'w la facul mot qui avait été prononcé en sa présence, et c'est pourquoi ton mentionne l'incident pour prouver que l'articulation inintentionit à nelle chez les jeunes enfants est spontanée ou instinctive, as xs dq' bien qu'intentionnellement imitative, car à cet âge les seulsk ompre autres syllabes que cet enfant eût prononcées étaient celles en ILest long, mentionnées ci-dessus. Si la chose était nécessaire, je pou-ESblem rais donner beaucoup d'autres exemples de ce genre, mn | comme ce fait est généralement reconnu par les écrivains qui entme | sont occupés de la psychologie de l'enfant, je n'ai pas besoin éSSuantit m'y attarder. encen
Nous arrivons à présent à la troisième de nos divisions, à h Dans compréhension des sons articulés. C’est ici une question impor-Sistinct tante pour nous, car il est évident que la faculté d'apprécier ke int sens des mots dénote un progrès considérable dans la facull ègne a générale du langage. Comme nous l'avons déjà vu, le ton et kr vident geste étant les expressions naturelles de la logique des récepts, -e l'évo la preuve en est encore en ce que leur forme la plus parfaite est l'obse intentionnellement imagée — sont aussi peu conventionnelles quSonner possible. Mais les mots étant inventés expressément au profit das fac Concepts, sont toujours moins graphiques et habituellemeil ension arbitraires. Par conséquent, on aurait tort de dire qu’il est besoi ations. d’une faculté plus élevée pour apprendre l'association arbitratSSrts, tou
entre u culier, eci pi présen bien qi
mé à 0 ms € à
de. -ahé.ar
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A RE DR 2 Ah AU enr 24 0 2 u x
(1) Ceux une fois ceux-ci constitués. Bien que ces sons puissent être souvent rendus avec pli hots comr où moins de justesse par nos alphabets ordinaires, ceci n'a naturellement rien à fa iduels, et avec l’ouïe ; il ÿ a là seulement des manières particulières de respirer, combiné bbservateu avec les positions spéciales des organes vocaux. » (Tylor, Early History of Mar bpinion — kind, p.72; s'y reporter pour détails. ) Les articulations instinctives de Laura Bridr vant que man (qui était aveugle aussi bien que sourde) sont à ce point de vue plus concluant Win tende: encore, (Voyez ibid., pp. 74-75.) en tdes phr
L'HOMME
e « alla», « laiu :
redoublement) avan nification d'un sal dire toutes ces sy et demi, et je nepui qu'il comprenait des nitation. Un autre de l'à l’âge de quatorx ment, mais très dislà une imitation d'u et c'est pourquoi iculation inintention ou instinctive, aussi
ARTICULATION 123
ntre un son verbal particulier et un acte ou phénomène partieulier, que pour dépeindre une idée abstraite par le geste ; mais eci prouve seulement que là où les facultés supérieures sont présentes, elles sont capables de s'exprimer par le geste aussi bien que par la parole.
La considération que je désire maintenant présenter est que la compréhension d'un mot implique (toutes choses étant égales d'ailleurs, ou en supposant que le geste ne soit pas aussi pureent conventionnel qu'un mot) un développement plus élevé de la faculté de faire des signes, que la compréhension d’une intonation ou d'un geste, de manière que si, par exemple, un animal ftait à même de comprendre le mot « fouet » il manifesterait plus d'intelligence en comprenant le signe, qu'il ne le ferait en \ cet âge les se mprenant le geste de la menace du fouet. es étaient celles ent Ilest de fait que les animaux supérieurs comprennent indubit nécessaire, je pour iblement les significations des mots. Les idiots trop bas placés de ce genre, mans l'échelle des êtres pour parler eux-mêmes sont dans la " les écrivains quis pnéme position, et les enfants apprennent la signification d'une je n'ai pas besoin éEuantité de sons articulés bien longtemps avant qu'ils ne comencent à les prononcer eux-mêmes (1).
Dans tous ces cas, il est important, naturellement, de faire une distinction entre la compréhension des mots, et lacompréhension les intonations, car comme j'en ai déjà fait La remarque dans le ègne animal, et chez l'enfant en voie de développement, il est vident que !« première représente un degré beaucoup plus élevé ie l'évolution mentale que la dernière, et c'est un fait si évident l'observation générale que je n'ai pas à m’y arrêter pour en lonner des exemples. Mais bien que le fait soit évident, il n’est as facile de distinguer, dans les cas particuliers, si la compréension est due à une appréciation des mots, ou à celle des intoations, ou à l'une et l’autre cémbinées. Nous pouvons être assuts, toutefois, que les mots ne sont jamais compris si les intona-
e nos divisions, à li une question impor aculté d'apprécier le able dans la faculli déjà vu, le ton et kr gique des récepts, e la plus parfaite el onventionnelles que sément au profit des
et habituellemeil » dire qu’il est besoit ssociation arbitraitk
L 8 qui ont éerit sur la psychologie de l'enfant diffèrent sur l'époque où les Hi à RE à être compris des enfants. Ceci, sans doute, varie selon les cas indiun es toujours plus ou moins difficile de se prononcer, Mais tous les ri : 8 es à dire — et toutes les mères et les nourrices corroborent cette ant que fs AS de beaucoup de mots est certaine bien longtemps dent 9h ant lui-même n'ait commencé à parler. Les observations de M. Dar- Fu à prouver que, dans le cas de ses enfants, la compréhension des mots Phrases était évidente entre le dixième et le douzième mois.
b souvent rendus avec pli à naturellement rien à fait es de respirer, combin&t , Early History of Mar stinctives de Laura Bride nt de vue plus concluanlé
le mo s'étant Eplusiet tat fut Plus ré à qui | les mê Hogg, € bien dé preuve du ber pense « diatemt sur le pomme d'inspe dans le:
de tem] vant: « Da mém
tions ne le sont aussi, et que la compréhension des mots peut être facilitée par la compréhension de l’intonation qui les accompagne. En conséquence, la seule manière de découvrir à quel moment les mots commencent à être compris en tant que tels, consiste à déterminer l'instant où ils sont pour la première fois compris indépendamment de l’intonation. Ce critérium — dans la mesure où j'en puis juger par les faits que j'ai observés -— exclut tous les cas d'animaux obéissant à des ordres, ou répondant à leur nom, etc., sauf exception pour les mammifères supérieurs ; c'est-à-dire que tandis que la compréhension de certaines intonations de la voix humaine existe au moins dans toute h série des vertébrés (1) et se présente chez les enfants de quelques semaines au plus, la compréliension des mots sans le secours des intonations semble n'exister que chez un petit nombre de mammifères supérieurs, et fait son apparition chez l'enfant a cours ‘“e la deuxième année (2).
Le fait que les mammifères les plus intelligents sont aptes | à comprendre des mots en dehors de l’intonation a, comme l'ai dit, de l'importance; je désire donc l’établir brièvement.
Mon ami le professeur Gérald Yeo avait un terrier qui avait élé
dressé à garder un morceau d'aliment quelconque sur son ne, RRtontent jusqu'au moment où l’on prononçait le mot « payé », et l'intone Rules : tion qui accompagnait ce mot n’importait absolument pas : même Hique à s’il était glissé dans le courant ordinaire de la conversation, le parfois chien le distinguait et happait immédiatement le morceat, feu: « ( Voyant ceci, je pensai qu’il pourrait être intéressant de voir si RSR" collir l'animal pourrait distigguer ce mot « paid for » d’autres termes re présentant une étroite analogie de son. En conséquence, tandis M'ie qu que le chien attendait le signal, je prononçai le mot « pna- MEEMO!S qu fore »; le chien eut un tressaillement, et fut très près de happer 4 Mais
uestior que bea:
hez le
singe à :
(1) Voir Intelligence des Animaux. Le cas, d'après Bingley, concernant les abeills domestiques de M, Wildman à qui il avait appris à obéir à des commandements verbaux permettrait, s'il était contirmé, d'étendre la faculté en question aux invertébrés.
(2) Bien que l'âge auquel l'enfant commence à parler réellement varie beautolp selon les sujets, on peut considérer comme règle universelle — comme je l'ai di, dans là note précédente — le fait que les mots, et mème les phrases, sont compri longtemps avant qu'ils ne soient intelligemment articulés ; pourtant comme je l'ai déj remarqué, même avant qu'un seul mot ne soit compris, des syllabes sans sens peuveil ètre spontanément ou instinctivement articulées.
(1) Voye leunier, /e
HOMME
sion des mots peut ation qui les accome découvrir à quel is en tant que tels, ur la première fois » critérium — dans que j'ai observés— s ordres, ou réponmammifères supéension de certaines oins dans toute enfants de quelques ts sans le secours in petit nombre de on chez l'enfant au
lligents sont aptes |
nation a, comme je établir brièvement.
terrier qui avait été onque sur son ne, payé », et l'intont plument pas : même la conversation, le ment le morceat, éressant de voir r » d’autres termes onséquence, tandis ai le mot « puutrès près de happt'
y, concernant les abeilles r à des commandements é en question aux inver
ellement varie beaucolp le — comme je l'ai di es phrases, sont compri urtant comme je l'ai défi yllabes sans sens peuvent
ARTICULATION
le morceau, mais il arrêta immédiatement son mouvement, s'étant évidemment aperçu de son erreur. Gette expérience fut
plusieurs fois répétée avec ces deux mots similaires, et le résul-
tat fnt toujours le même : le chien les distinguait très clairement. Plus récemment, j'ai répété ces expériences sur un autre terrier à qui le même tour avait été enseigné, et j'ai obtenu exactement les mêmes résultats. L'anecdote bien connue, racontée du poète Hoge, est à sa place ici. Un « collie » écossais pouvait comprendre bien des choses que son maître lui disait, et pour donner une preuve de ses moyens,son maître, tandis qu’il était dans la cabane du berger, dit d’un ton aussi calme et naturel que possible : « Je pense que la vache est dans le champ de pommes de terre », Immédiatement le chien qui était couché jusque-là, à moitié endormi sur le plancher, sauta sur ses pattes, courut dans le champ de pommes 4 terre autour de la maison, et monta sur le toit afin d'inspecier les environs, mais n'ayant découvert aucune vache
dans les pommes de terre, il revint et se coucha de nouveau. Peu
de temps après, son maître dit aussi tranquillement qu'aupara-
Brant: «Je suis sûr que la vacheest dans les pommes de terre », et
la même scène se répéta. Mais à la troisième épreuve, le chien se ontenta d’agiter sa queue. Pareillement, Sir Walter Scott, entre autres anecdotes relatives à son terrier-bull, dit : « Le domestique à Ashestiel, quand il mettait la nappe pour le diner, disait parfois au chien, tandis qu’il était couché sur le foyer, près du eu: « Camp, mon garçon, le shérif arrive par le gué », ou « par la colline » et le pauvre animal s’avancait immédiatement pour ouhaiter la bienvenue à son maître, allant aussi loin et aussi te qu'il lui était possible dans la direction indiquée par les
Bnots qui lui avaient été adressés. D’innombrables anecdotes
u même genre pourraient être citées (À).
Mais la manifestation la plus remarquable de la faculté en uestion, chez l'animal, qu’il m’ait été donné d'observer, est celle que beaucoup de naturalist:s anglais peuvent avoir remarquée hez le chimpanzé actuellement logé au Jardin Zoologique. Ce Singe a appris de son gardien la signification de tant de mots et
(1) Voyez, par exemple, Watson, Reasoning Power in Animals, pp. 137-149, et leunier, les Animaux perfectibles, ch. xu.
de phrases, que sous ce rapport il rappelle l'enfant peu de aux li temps avant qu'il n'ait commencé à parler. Au surplus, ce ne] appré sont pas seulement des mots et des phrases particulières qu'il La f:
ainsi appris à comprendre, il comprend aussi, dans une grande est pro mesure, la combinaison de ces mots, et de ces expressions, en pourqu phrases, de manière que le gardien peut expliquer à l'animal el tion se qu'il réclame de lui. Par exemple, il lui fera pousser une pailleil inférie: travers une maille quelconque du treillis de sa cage qu'il if compr plaira d'indiquer, par des phrases comme celle-ci : « La pluslS positio: proche de votre pied », « maintenant celle qui est voisine du est une trou.de la serrure », « maintenant celle qui est au-dessus de kon pu « barre », etc. Il va de soi que les points désignés verbalement ne faculté sont pas autrement indiqués, et qu'aucune succession particulière ment à n'est observée dans les ordres donnés. L'animal comprend ce quel ceci est veulent dire les mots seuls, et ceci, même quand une maille par nous l'« ticulière est nommée par le gardien qui lui fait remarquer le fat de mots accidentel qu’un brin de paille passe déjà à travers. sens qi
Dans leurs rapports avec le sujet précédent, il me parait difi-RS spéciale cile d'accorder une trop haute valeur à la signification de ces fais qu'une pour la question présente. Plus mes adversaires maintiennent quable la nature fondamentale du rapport entre la parole et la pensée disposé plus grande deviendra l'importance du fait que les animaux sait: « qu périeurs peuvent se rapprocher de nous-mêmes à un si hatBSRcerapn degré, en ce qui concerne la compréhension des mots. D'aprsfdes ani l'analogie avec l'enfant en voie de développement, nous savon Je cor bien que la compréhension des mots précède leur prononciation de la fa et, en conséquence, que la condition de l’arrivée à l'idéation conRrieurs, e ceptuelle est fournie dans ce produit le plus élevé de l'idéatioopStomprer réceptuelle. nme |
Il est certain, alors, que le fait que quelques-uns d'entre lslMlaquelle animaux inférieurs (en particulier les éléphants, les chiens, ls C'est singes) partagent incontestablement avec l'enfant de l'homneRdemmer cette excellence supérieure de la capacité réceptuelle, est un fiMRde geste de la plus haute signification ; tout au moins, il prouve que ctutorisé: animaux partagent avéc l'enfant les qualités intellectuelles quRdarticul chez le dernier, sont immédiatement destinées à servir de vébi-h des idée cule à l’idéation, de la sphère réceptuelle à la sphère conceptuelle la faculté de comprendre les mots à un si haut degré nous am
(1) Urspr
HOMME
le l’enfant peu de Au surplus, ce ne particulières qu'ila i, dans une grande ces expressions, en iquer à l'animal « ousser une paille e sa cage qu'il li celle-ci : « La plus qui est voisine du est au-dessus de là nés verbalement ne “cession particulière al comprend ce que and une maille par.
it remarquer le fai r'avers.
at, il me parait dill ification de ces faik aires maintiennell
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ue les animaux st émes à un si hall
des mots. D'apri ment, nous Savon leur prononciation,
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élevé de l'idéation
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, il prouve que tt intellectuelles qui
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phère conceptuelle t degré nous amèlt
ARTICULATION
aux limites mêmes de la faculté d'employer les mots avec une: appréciation intelligente de leur sens.
La familiarité avec les faits qui sont devant nous, maintenant, est propre à obscurcir leur extraordinaire signification, et c’est pourquoi j'invite mes adversaires à réfléchir combien ma question se poserait différemment, à supposer qu'aucun des animaux inférieurs ne se fût trouvé être suffisamment intelligent pour comprendre le sens des mots. Combien plus forte serait alors la position de quiconque entreprendrait de prouver que le Logos est une prérogative distinctivement humaine. Aucun animal, eûton pu dire, n’a jamais manifesté la moindre tendance vers cette faculté ; du commencement à la fin, elle appartient exclusivement à l'homme. Mais telles que sont les choses actuellement, cciest insoutenable; les animaux inférieurs partagent avec nous l'ordre de l’idéation q'ai est compris dans la compréhension de mots, et même de mots aussi définis et particuliers en leur sens que ceux qu'il faut employer pour expliquer la maille spéciale, entre un grand nombre, à travers laquelle on demande qu'une paille soit poussée. Tandis que j'observais ce remarquable tour de force du chimpanzé, je me sentais plus quejamais.
disposé à m’accorder avec le grand philologue Geigcr, quand il
dit: « qu'il n’est guère de plusétonnante affinité sur la terre que cerapprochement [la compréhension des mots] de l'intelligence: des animaux et de celle de l’homme » (1).
Je consi®*re donc comme certainement prouvé, que le germe de la faculté de faire des signes qui existe chezles animaux supérieurs, est assez développé pour rendre ces animaux capables de comprendre, non seulement les gestes conventionnels, mais même les sons articulés, indépendamment de l'intonation avec laquelle ils sont prononcés.
C'est pourquoi, considérant ce fait, rapproché du fait précédemment établi que ces mémesanimaux se servent fréquemment de gestes conventionnels même, je crois que nous sommes autorisés à conclure a priori que si ces animaux étaient capables d'articuler, ils emploieraient des mots simples pour exprimer des idées simples. Je ne dis pas, et je ne pense pas qu'ils pour-
(1) Ursprung der Sprache, p. 122,
LA
raient former des propositions, mais il me semble presque cer. tain qu'ils feraient usage de sons articulés comme ils font usage
maintenant d'intonations et de gestes conventionnels por exprimer des idées telles que celles qu'ils expriment de l'une l'autre de ces manières. Par exemple, il ne serait pas besoï d'une faculté psychique plus élevée pour dire le mot « viens,
que lorsque l'animal tire la robe ou l'habit pour transmettre son idée ; ou bien encore pour prononcer le mot « ouvre » x lieu de miauler d’une certaine façon devant une porte fermée:
‘où encore pour prononcer le mot: « os » au lieu de choisir « de rapporter une carte sur laquelle est écrit ce mot. S'il en esl
ainsi, nous devons conclure que l'unique raison pour laquelle les mammifères supérieurs n'emploient pas de simples mots pour transmettre des idées simples, est une cause que nous pouvons qualifier d’accidentelle, en ce qui concerne leur psychologie, c'est
‘une raison anatomique reposant simplement sur la structure de
leurs organes vocaux qui ne leur permet pas d’articuler (1). J'en viens maintenant aux oiseaux parleurs, car il est évident
que nous trouvons chez eux les conditions anatomiques requises
pour la parole, bien qu'assurément celles-ci se présentent là où
on n'était guère préparé à les rencontrer dans la série animale. R
Aussi ces animaux peuvent-ils être cités comme preuve à l'appii
de la validité de mon inférence « priori, savoir, que si les ani
maux le: ‘lus développés pouvaient articuler, ils se serviraienl
(4) Quelques exemples ont été rapportés de chiens à qui on a pu apprendre à ar culer, Ainsi le profond Leibniz atteste le fait (qu’il a communiqué à l'Académit Royale à Paris, et sur lequel cette société aurait émis des doutes s’il n'avait été observé par un homme aussi éminent) qu'il a entendu un chien appartenant à paysan, articuler distinctement trente mots que le fils du paysan lui avait apprisà dire. Le Dumfries Journal, de janvier 1829, mentionne un chien vivant dans celle
ville, et prononçant distinctement le nom de « William » qui était celui d'une
personne à laquelle il était attaché, Le colonél Mallerÿ d‘t aussi: « Quelque
æxpériences récentes du professeur A. Graham Bell, non moins éminent par s
travaux sur le langage artificiel que par le téléphone, montrent que les animaut sont, physiquement parlant, plus capables de prononcer des sons articulés qu'on nt le suppose ; il a dit à l'auteur avoir réussi par l'exercice à dresser un terrier angl à former quelques-uns des sons de nos lettres, et en particulier il lui a fait din avec clarté : « Comment êtes-vous, grand'maman ? » Comme je crois que chez l# chiens la difficulté d'articuler est anatomique et non psychologique, je considèr
comme une simple question d'observation de savoir si cette difficulté ne peut pt
ôtre,.dans quelques cas, en partie vaincue. Mais ait point où nous en sommes, ti matière de preuves, je crois qu'il est plus sage de conclure que les exemples tk dessus mentionnés consistent en une modulation des intonations de la voix de té
animaux qui la fait ressembler aux sons de certains mots,
corre:
dant échel.
les sil la con être c premi anime ne S0 assez facon Un des c ticula attach Pre que be tains :
nière qui let l'habit memb journée incess Pare ployer dans 1:
certair les no Houze:
priée « tains n justess ment « déjà n généri.
éviden d'asso R
IOMME
mble presque cer.
mme ils font usage nventionnels pour riment de l’une où serait pas besoin ele mot « viens»
t pour transmettre mot «ouvre » 4 une porte fermée:
lieu de choisir « ce mot. S'il en «est on pour laquelle les simples mots pour que nous pouvos ir psychologie, c'est sur la structure de d’articuler (1).
s, car il est évident atomiques requises se présentent là où
ns la série animale.
me preuve à l'appui oir, que si les ank r, ils se serviraien
on a pu apprendre à arlimmuniqué à l'Acadénmit s doutes s'il n'avait it chien appartenant à ul baysan lui avait apprisi n chien vivant dans celle
» qui était celui d'utg
d't aussi: « Quelqu h moins éminent par 84 outrent que les animalt ks sons articulés qu'on nt dresser un terrier anglait rticulier il lui a fait din ne je crois que chez là chologique, je considir tte difficulté ne peut pif
où nous en sommes, tl ure que les exemples ti nations de la voix de tt
ARTICULATION
correctement de signes verbaux simples. Qu'il me soit cependant permis de rappeler ici que les oiseaux sont placés à un échelon inférieur à celui qu'occupent les chiens, les chats, ou les singes dans l'échelle psychologique, et par conséquent que la conclusion que j'ai tirée à l'égard de ces derniers ne doit pas être considérée comme s'appliquant nécessairement aussi aux premiers. Néanmoins, il se trouve que même dans le cas de ces animaux psychologiquement inférieurs, les faits, tels qu'ils sont, ne sont pas opposés à ma conclusion; au contraire, il y a un assez grand corps de faits qui contribuent à l'appuver d'une façon très satisfaisante.
Un examen de ces faits nous amènera au quatrième et dernier des cas exposés au commencement de ce chapitre, au cas d’articulation avec attribution de la signification comprise comme attachée aux mots.
Prenons d’abord l'exemple des noms propres. Il est certain que beaucoup de perroquets savent parfaitement bien que certains noms appartiennent à certaines personnes, et que la manière d'appeler ces personnes consiste à prononcer les noms qui leur sont propres. J'ai connu un perroquet qui avait ainsi l'habitude d'appeler sa maîtresse aussi intelligemment qu'aucun membre de la famille, et si elle s'absentait de la maison pourune journée, l'oiseau devenait un véritable ennui par ses appels mcessants.
Parcillement, les oiseaux parleurs apprennent souvent à employer correctement les noms d'autres animaux privés gardés dans la même maison, ou même le nom d'objets inanimés. Il est certain que les oiseaux parleurs savent employer correctement les noms propres et les substantifs, Au sujet des adjectifs, Houzeau fait remarquer judicieusement que la manière appropriée dont quelques perroquets emploient habituellement cerlains mots, démontre une aptitude à percevoir et à nommer avec justesse des qualités aussi bien que des objets. Ceci est exactement ce à quoi nous pouvions nous attendre, puisqu'il a été déjà montré, d'un côté, que les animaux possèdent des idées génériques de beaucoup de qualités, et de l’autre qu'une qualité évidente est autant une chose d'observation immédiate, et aussi d'association sensitive, que l'objet auquel elle peut appartenir. Rouanes. Évol, ment, 9
à à £ ne ne à UT ME et ce LE te, a , ss s ES LS = : nid EN hu À 2)
ne caen rm itereeth tint marrre-ceémri ihéinmitieeté for ememre hate vonstes rarette visas
Il est également certain que beaucoup de perroquets comprennent la signification des verbes actifs ou passifs, qu'ils soient prononcés par d’autres ou par eux-mêmes.
La requête: « gratter Poll» ou « Poll à soif», quand elle est employée intentionnellement comme signe, prouve une appréciation véritable de la signification des verbes, ou, disons plutôt, des signes verbaux indiquant des actions et des états, comme le monire le geste du chien ou du chat tirant la robe pour rendre l'idée « venez », ou miaulant devant une porte, ce qui signifie « ouvrez »
Mais ce n'est pas seulement aux noms, adjectifs ou verbes que les oiseaux parleurs attachent des significations bien adaptées; ils peuvent encore faire usage de courtes phrases, servant, dans une certaine mesure, à prouver qu'ils apprécient — non pas leur structure grammaticale — mais leur applicabilité en tant que tout à des circonstances particulières (1). Mais il
n’y a pas à s'étonner de ceci.
En effet, tous : exemples, de ce genre, de l'emploi correct des
(1) Darwin écrit: « IL est certain que quelques perroquets à qui l'on à appris à parler unissent infailliblement des mots aux choses, et les personnes aux événements. J'ai reçu plusieur: récits détaillés à. cet effet, L’amiral Sir J, Sullivan, que je sais ètre un observateur sérieux, m'a assuré qu’un perroquet d'Afrique, gardé longtemps dans la maison de son père, appelait sans se tromper certaines personnes de la maison aussi bien que des visiteurs, par leur nom. Il disait bonjour à chacun, au déjeuner, et bonsoir quand on s’apprètait à gagner sa chambre, la nuit venue, et jamais il n'intervertissait® l'ordre de ces salutations. Au bonjour qu'il adressait au père de M. J. Sullivan, il avait l'habitude d'ajouter une courte phrase qui ne fut jamais répétée après la mort de celui-ci, 11 gronda avec violence un chien étranger qui était entré dans la pièce par une fenètre ouverte, et il gronda un autre perroquet (en disant ; « vous, vilain Polly») qui était sorti de sa cage, et qui mangait des pommes sur la table de cuisine. Le docteur A, Moschkan m'apprend qu'il a connu un sansonnet qui ne faisait jamais d'erreur en disant en allemand «bonjour » anx personnes qui arrivaient, et « adieu mon bonhomme » à celles qui partaient, Je pourrais citer plusieurs autres exemples, » (Descendance p. 85.) Pareillement, Houzeau donne quelques exemples presque identiques (Fac. Ment. des Anim.,t. Il, p. 309 ét suiv.) et Mme Lee, dans ses Anecdotes, rappelle plusieurs cas plus remarquables encore (qui sont cités par Houzeau) que M. Meuuier a enregistrés aussi dans son travail récemment publié sur les Animaux perfeclibles. Dans ma propre correspondance, j'ai reçu de nombreuses lettres me détaillint des faits semblables, et grâce à ceux-ci, je considère que les perroquets emploient souvent des phrases comiques quand ils désirent exciter le rire, et des phrases attendrissantes quand ils préfèrent s'attirer la compassion, et ainsi de suite, bien qu'il ne suive pas de là que les oiseaux saisissent le sens de la phrase à un degré plus profond que celui qui consiste à los savoir propres dans leur totalité à exeiter le sentiment qu'ils désirent exciter. J'ai eu moi-même des perroquets de choix, et je puis confirmer entièrement tous les faits qui précèdent.
mot enq cipe une l'ass les ] P qui tion bale déve ges tête pour éten Ai verb:
quab geste point fait q comi lante oisea form conq signe Le dus à que j quel suiva sur $ lorsq l'ÉCa] tend:
la co une f
MME
perroquets comu passifs, qu'ils
, quand elle est ouve une appréju, disons plutôt, états, comme le obe pour rendre e, ce qui signifie
ectifs ou verbes nifications bien courtes phrases, qu'ils apprécient leur applicabilité ères (1). Mais il
mploi correct des
à qui l'on à appris à personnes aux événeal Sir J. Sullivan, que quet d'Afrique, gardé >er certaines personnes sait bonjour à chacun, ambre, la nuit venue, bonjour qu'il adreser une courte phrase onda avec violence un ouverte, et il gronda it sorti de sa cage, et r À. Moschkan m'apd'erreur en disant en eu mon bonhomme » à nples. » (Descendunce sque identiques (Fac.
es Anecdotes, rappelle Houzeau) que M. Meules Animaux perfecuses lettres me «létailque les perroquets em- Keiter le rire, et des ssion, et ainsi de suite, ens de la phrase à un es dans leur totalité à e des perroquets de cèdent.
ARTICULATION 11
mots ou des phrases par les oiseaux parleurs se trouvent, après enquête, être dus, comme nous devions nous y attendre, au principe de l'association. L'oiseau entend appliquer un nom propre à une personne, et dans la suite en apprenant à dire le nom, il l'associe dorénavant avec cette personne. Il en est de même pour les phrases.
Pour les oiseaux parleurs, ce sont de simples gestes vocaux qui pour eux-mêmes ne présentent guère plus de signification psychologique que les gestes musculaires. La prière verbale « gratter pauvre Poll » n'implique pas en elle-même un développement psychologique beaucoup plus étendu que le geste significatif, auquel il a été fait allusion, de baisser la tête contre les barreaux de la cage ; il en est encore de même pour tous les exemples de l'emploi correct de phrases plus étendues.
Ainsi, en supposant qu'il est dû à l'association seule, un signe verbal, de quelque sorte qu'il soit, n’est pâs beaucoup plus remarquable ni intellectuellement symptomatique que ne l’est un geste-sgne ou un signe vocal de quelque autre sorte. Le seul point de vue auquel il diffère des autres signes consiste en ce fait qu'il est entièrement arbitraire ou conventionnel, et quoique, comme je l'ai dit précédemment, je voie là une différence importante, je ne suis pas du tout surpris que l'intelligence d'un oiseau même, permette à de telles associations spéciales de se former, ou qu'un signe entièrement arbitraire d’une sorte quelconque puisse être acquis par ces moyens, et employé comme signe.
Les signes verbaux employés par les oiseaux parleurs sont. dus à l'association, et à l'association seule; to"s les témoignages que j'ai recueillis s'accordent pour le démontrer. Pour montrer quel rôle l'association joue dans ce cas, je puis citer les remarques: suivantes faites par le docteur Samuel Wilks, de la Société Royale, sur son propre perroquet qu'il a attentivement observé, Il dit que lorsqu'il était seul, cet oiseau avait l'habitude « de faire une longue récapitulation de son vocabulaire, plus particulièrement s’il entendait parler à quelque distance, comme s’il désirait sr joindre à la conversation, mais à d’autres moments il ne disait un mot ou une phrase particulière que quand.elle était. suggérée par une
personne ou un objet. Ainsi, certains amis, qui adressaient fréquemment à l'oiseau quelque expression particulière, ou lui sifflaient un air, étaient toujours accueillis par les mêmes mots, ou le même air, et pour moi, quand j'entre dans la maison — mon pas étant reconnu — l'oiseau répète une de mes paroles. Si les domestiques entrent dans la pièce, Poll a une de leurs expressions toute prête, avec l'imitation de leur propre intonation. Il est évident qu’il y a une association étroite dans l'esprit de l'oiseau entre certaines phrases et certaines personnes ou objets, car le fait de leur présence ou le son de leur voix lui suggère de suite quelque mot spécial. Par exemple, il avait été dit si souvent à mon cocher, quand il venait prendre les ordres, «A deux heures et demie », que celui-ci n'avait pas plutôt franchi À le seuil de la porte que Poll criait : « À deux heures et demie, » L'ayant, une fois, le soir, trouvé éveillé, et ayant dit: « Dormez», chaque fois que j'ai approché la cage, la nuit venue, les mêmes mots ont été répétés paÏ l'animal. En ce qui concerne les objets, si certains mots ont été prononcés s’y rapportant, ceux-ci ont été pour toujours associés aux objets. Par exemple, pendant le diner, le perroquet avait été accoutumé à recevoir quelques bons morceaux, et je lui avais appris à dire: « Donnez-m'en un peu ». Ilrépète ceci constamment, mais seulement pendant la durée du repas. L'oiseau associe l'expression avec l’idée de quelque chose à manger, mais naturellement il ne connaît pas plus que l'enfant le sens de chacun des mots qu'il emploie. Étant friand de fromage, il s’est facilement approprié le mot, et réclame le fromage vers la fin du repas, et non à un autre moment. L'oiseau attache-t-il, oui ou non, le mot à la véritable substance ? Je ne saurais le dire, mais le moment où il fait sa demande est toujours bien choisi. Il aime aussi beaucoup les noix, et quand celles-ci sont sur la table, il pousse un cri particulier ; ceci ne lui a pas été enseigné, mais c’est le nom de Poll pour les noix, car le son spécial ne se fait jamais entendre que lorsque les noix sont en vue. Il fait entendre encore quelques sons qui lui ont été fournis par les objets eux-mêmes, comme celui du tire-bouchon, à la vue d’une bouteille de vin, ou le bruit que fait l’eau versée dans un verre, en voyant une carafe d'eau, Le passage du domestique dans le vestibule, allant ouvrir la porte d'entrée, lui suggère un
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ARTICULATION
bruit de gémissements de gonds, suivi d’un fort coup de sifflet pour appeler un cabriolet » (1).
A l'égard de la parfaite justesse de ces observations, je n'ai aucun doute, et je pourrais confirmer plusieurs d'entre elles, si c'était nécessaire. IL est donc établi, premièrement que les oiseaux parleurs peuvent apprendre à associer certains mots avec certains objets et qualités, et certains autres mots ou phrases avec la satisfaction de désirs particuliers, et l'observation d'actions particulières ; les mots ainsi employés peuvent être appelés des gestes vocaux. En second lieu, ils peuvent inventer des sons de leur propre initiative, qu'ils emploient de ia même manière, et ces sons peuvent être, soit des imitations des objets qu'ils veulent désigner, comme le son d’un liquide qui coule pour l'eau, ou d'une manière plus arbitraire comme le bruit particulier qui a pour objet de désigner « la noix ». En troisième lieu, dans le plus grand nombre des cas, les sons (verbaux ou autres) prononcés par les oiseaux parleurs sont imitatifs seulement, sans que ces animaux y attachent une signification particulière. Nous pouvons en conséquence ne pas nous arrêter au troisième fait, parce qu'il n’a pas d'importance psychologique ; maïs le premier et le second réclament un examen plus attentif.
En désignant comme «gestes vocaux » (2) l'emploi correct (acquis par l'association directe) des noms propres, des substantifs, des adjectifs, des verbes et de phrases courtes, je n'ai pas l'intention de déprécier la faculté que dénote cet emploi. Je pense, au contraire, que cette faculté est précisément la même que celle grâce à laquelle les enfants apprennent à parler tout d’abord, car, comme le perroquet, l'enfant apprend par une association directe le sens de certains mots (ou sons) comme dénotant certains objets, connotant certaines qualités, exprimant certains désirs, actes, etc. La seule différence consiste en ce que, dans les quelques mois qui en suivent la première apparition chez l'enfant, cette faculté se développe dans des
(1) Journal oi Mental Science, juillet 1879,
(2) Ce terme a été précédemment employé par quelques philologues pour exprimer l'exclametion par l'homme, On remarquera que j'en fais usage dans un sens plus large,
proportions qui dépassent de beaucoup celles qu’on observe chez l'oiseau, de manière que le vocabulaire devient beaucoup plus étendu et plus analytique. Mais le point important dont il faut s'occuper est que tout d’abord, et pendant plusieurs mois après son début, le vocabulaire de l'enfant désigne toujours des objets, quantités, actions ou désirs particuliers, et est acquis par l'association directe. La particularité distinctive du langage humain, qui s'élève au-dessus de la région de la mimique animale, ne survient que plus tard: je veux parler de l'emploi des mots non plus comme stéréotypés dans la trame de l'association spéciale et directe, mais comme caractères mobiles qui sont arrangés dans un ordre imposé par le sens présent à l'esprit. Quand ce degré est atteint, nous avons la faculté d'attribution ou de la formation grammaticale de phrases qui ne sont plus de la nature des gestes vocaux, désignant des objets, qualités, actions ou états particuliers d'esprit, mais qui peuvent être considérées comme moyens de la transmission de pensées changeantes.
Nous verrons tout à l'heure que cette distinction entre la nomination et les phases prédicatives du langage est de la plus haute importance pour le sujet de la présente étude, mais en attendant, tout ce que nous avons à remarquer est que la phase de nomination du langage parlé se rencontre, bien que sous une forme rudimentaire, mais incontestablement, dans le règne animal, et que ce fait ne doit pas nous surprendre si nous nous rappelons que, dans cette phase, le langage n’est rien de plus que la gesticulation vocale. Au point de vue psychologique, il n'y 4 rien de plus étonnant dans le fait qu'un oiseau qui peut prononcer un son articulé apprenne par l'association à user de ce son comme d'un signe conventionnel, que dans cet autre fait d'apprendre par association également à faire usage d’un acte musculaire, comme nous le voyons faire dans l’acte de baisser sa tête pour la faire gratter.
En conséquence, je crois que nous pouvons dès maintenant regarder comme établi a posteriori aussi bien qu'a priori le fail que ce n'est pour ainsi dire qu'un simple accident d'antomie qui fait que tous les animaux supérieurs n'ont pas été capables jusqu'ici de parler, et que si les chiens ou les singes
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ARTICÜLATION 435
pouvaient ce faire, il est certain que leur façon de faire usage des mots et des phrases serait plus étendue et plus saisissante que celle que manifestent les oiseaux. Ou encore, comme Île professeur Huxley le fait remarquer, une race d'hommes sourds privés de toute communication avec ceux qui peuvent parler, s'éloignerait peu de la brute. Les différences morales et intellectuelles entre eux et nous-mêmes seraient, dans la pratique, infinies, et pourtant le naturaliste ne pourrait découvrir une ombre mème de différence anatomique spécifique (1).
Il nous faut maintenant considérer brièvement le trait dans la psychologie des oiseaux parleurs sur lequel le docteur Wilks a particulièrement attiré l'attention, à savoir le fait que les sons inventés par leur propre initiative, pour désigner les objets et qualités, ou à exprimer des désirs, peuvent être, soit imitatifs des choses désignées, ou bien entièrement arbitraires. C’est là, je crois, un trait des plus importants, car il sert à rattacher encore plus étroitement la faculté qu'ont les animaux de faire des signes vocaux à la faculté du langage de l’homme. Ainsi, pour en revenir au cas de l'enfant qui commence à parler, comme le docteur Wilks l’a indiqué, et comme presque tous ceux
(1\ Man's Place in Nature, p.52. Je puis rappeler ici une publication qui a donné lieu à une grande discussion, il y a quelques années déjà. Elle fut lue au Victoria Institute, en mars 4882, par le docteur Frederick Bateman, sous le titre Darwinism lesled by the recent Researches in Language, et le but de l’auteur était de soutenir ou la faculté du langage articulé constitue une différence de nature entre la psythclagie de l’homme et celle des animaux inférieurs. Le docteur Bateman a cherché à ctablir cet argument, premièrement sur le principe connu qu'aucun animal uë peut employer les mots avec quelque degré de compréhension, et secondement, sur des raisons purement anatomiques. Dans le texte, j'ai traité le premie point; c'est un fait que beaucoup d'animaux inférieurs comprennent la signification de bien des mots, tandis que ceux d’entre eux qui peuvent seulement imiter nos sons articulés montrent assez souvent une appréciation correcte de leur emploi en tant que signes.
Mais ce que je désire spécialement considérer ici est l'argument anatomique du docteur Bateman, Il dit: « Comme la similitude remarquable entre le cerveau de l'homme et celui du singe ne peut être discutée, et si le siège de la faculté du langage pouvait être positivement délimité dans une partie quelconque du cerveau, le darvisien pourrait dire que, quoique le singe ne puisse pas parler, il doit posséder le germe de cette faculté, et que dans les générations successives, au cours de l’évolution, le « centre » du langage se dévelonpera de plus en plus, et le singe devra pouvoir parler... Si le scalpe! de l’anatomiste n'est pas arrizé à découvrir uu locus habilandi matériel pour l'orgueilleuse prérogative de l’homme, la faculté du langage articulé, si la science n'a pu arriver à limiter le langage dans un « centre matériel » eta, par suite, échoué dans ses ef'orts pour rattacher la matière à l'esprit, je consens à admettre que le langage eït la barrière qui sépare les hommes
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qui ont écrit sur la philosophie du langage l'ont remarq”“ le « parler enfantin » est dans une grande mesure onomatopéique, Et quoique ceci soit dû en partie à une hérédité du « langage de nourrice », le fait même que le «langage de nourrice » est arrivé à contenir un élément onomatupéique si étendu est une preuve de plus — s’il en fallait — que cette espèce d'invention verbale s'adresse aisément à la compréhension de l'enfant. Mais, d’un autre côté, personne ne peut avoir noté le premier vocabulaire de l'enfant sans avoir observé une tendance bien accusée à l'invention de mots entièrement arbitraires. Comme cette invention spontanée de mots arbitraires par le jeune enfant deviendra d’une certaine importance dans la fin de mon argumentation, je terminerai ce chapitre en montrant jusqu'où, sous des circonstances favorables, elle peut aller.
En attendant, toutefois, je désire indiquer que tous les cas semblables d'invention de signes vocaux arbitraires par les jeunes enfants ne diffèrent des cas analogues fournis par les perroquets qu'en ce que les premiers sont habituellement articulés, tandis que les derniers ne le sont généralement pas. Mais cette différence est facile à expliquer, lorsque nous nous rappelons que la tendance héréditaire agit aussi fortement dans le
des animaux, et établit entre eux une différence non seulement de degré mais de pature ; l’analogie darwinienne entre le cerveau de l’homme et celui de son ancètre supposé, le singe, perd toute sa force, tandis que la croyance commune dans le récit mosaïque de l’origine de l’homme se trouve fortifiée ». Je ne m’arrêterai pas à rapporter les preuves qui ont pleinement satisfait tous les physiologistes en faveur du fait que le langage articulé a un « locus habilandi matériel », car le point sur lequel je désire insister est que la question de savoir si cette faculté est limitée à un « centre du langage » déterminé, ou si elle a son « siège » anatomique disséminé dans une région plus étendue de l'écorce cérébrale n’a aucune importance pour l’ « analogie darwinienne ». Ce « siège » doit exister dans l’un et l’autre cas, si on reconnaît, comme le fait le docteur Bateman, que l'écorce cérébrale « est indubitablement l'instrument par lequel cet attribut se manifeste extérieurement »,
La question de savoir si « l'organe matériel du langage » est petit ou grand, ne peut en aucune façon affecter la question dont nous nous occupons. Depuis que le docteur Bateman a écrit ces lignes, une nouvelle ère est survenue dans la localisation des fonctions cérébrales, de telle sorte que s’il y avait quelque force dans son argument, la situation actuelle renforce beaucoup la position de |’ « analogie darwinienne », étant donné qu’à présent les physiologistes se servent habituellement du cerveau des singes dans le but de localiser par analogie les « centres moteurs » dans le cerveau de l’homme. En d’autres termes, l’ « analogie darwinienne » s'est trouvée confirmée dans les détails physiologiques aussi bien qu'anatomiques, pour toute l'écorce cérébrale. Mais, comme je l'ai montré. il n’y a aucune force dans s0n argument, et c'est pourquoi je n’invoquerai pas ces résultats récents et étonuamment suggestifs des recherches physiologiques.
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ARTICULATION 137
domaine des sons inarticulés, pour les oiseaux, qu'elle le fait dans le domaine des sons articulés pour l’enfant. {reste encore un trait dans la psychologie des oiseaux parleurs sur lequel il me faut particulièrement attirer l'attention. Jusqu'ici, autant que j'en puis juger, il n'a été mentionné par aucun écrivain, bien qu'il soit de ceux qui ont difficilement pu échapper, ce me semble, à l'attention d'un observateur attentif de ces animaux. Je veux parler de l'aptitude qu'ont les perroquets intelligents à étendre leurs signes articulés d'un objet, d'une qualité ou d’une action, à un autre qui se trouve denature extrêmement similaire. Par exemple un des perroquets que j'ai eus en observation, chez moi, apprit à imiter l’aboiement d’un terrier qui vivait aussi dans la maison. Après quelque temps, cet aboiement fut employé par le perroquet comme un son dénotanatif, ou nom propre pour le terrier; c'est-à-dire que toutes les fois que l'oiseau voyait le chien, il avait l'habitude d’aboyer, que le chien le fit ou non. Ensuite, le perroquet cessa d'appliquer ce nom dénotatif à ce chien en particulier, mais invariablement ‘appliqua à tout chien qui venait à la maison. Le fait que le perroquet cessa d’aboyer quand il voyait mon terrier, après qu'ileût ommencé à aboyer quand il voyait les autres chiens, montre hirement qu'il faisait des distinctions entre les individualités anines, tandis que réceptuellement il percevait leur ressemlance en tant que classe. En d’autres termes, le nom que le peroquet avait donné à un chien particulier s’étendit d’une manière sénérique à tous les chiens. Des observations de cette sorte pourraient sans aucun doute être multipliées, si les observateurs ivalent pensé qu'il y a utilité à rappeler des faits en apparence Aussi vulgaires. Dans cette étude générale du langage articulé, nous arrivons lonc aux conclusions qui suivent, dont chacune me paraît êire lablie et prouvée par une observation directe et adéquate. Il onvient de distinguer quatre divisions dans la faculté de faire les signes articulés : l’imitation inintentionnelle, l'articulation | nstinctive, la compréhension des mots indépendamment de leur nionation, et enfin l'emploi intentionnel des mots en tant que ignes. [l n’y a pas lieu de s'arrêter sur les faits qui se rapporent à la première catégorie. Ceux qui font partie de la seconde,
étant dus à l'influence héréditaire, ne se présentent que chez le enfants, les sourds-muets non cultivés, les idiots. La compré. hension des mots se manifeste chez les animaux, chez ls idiots, et aussi chez les enfants, et implique per se, un développe.
du fai tio Ha dans | Luance:
ment plus considérable de la faculté de faire des signes que ne « D le fait la compréhension des intonations ou gestes, à moins nat dans t rellement que ces derniers ne se trouvent avoir un caractère Ils éta auss' purement conventionnel que les mots. Finalement, étant \ sujel de l'emploi intentionnel des mots en tant que signes, nou mais ]
avons remarqué les faits qui suivent. Les oiseaux parleurs, qu ESS parlée se trouvent être les seuls animaux auxquels leurs organés ue le vocaux permettent d'émettre des sons articulés, se montren ouait « capables d'employer correctement les noms propres, les sub de leu: tantifs, les adjectifs et des phrases appropriées, bien qu'ils ne une gr fassent ceci que par association, ou sans appréciation de la strut- ES ensem] ture grammaticale. Pour eux, les mots sont des gestes vocaur, Etée pai et qui expriment aussi immédiatement la logique des récepk somme que le ferait tout autre signe. Néanmoins, il importe de fair «Al remarquer que cette faculté de gesticulation vocale représente k chose première phase du langage articulé chez l'enfant en voie defSBaraient développement, que cette faculté est la dernière à disparalit amener duns i'échelle descendante de l’idiotie, et qu’elle existe chez les Sarcat oiseaux parleurs à un tel degré que les animaux vont jusqu langue inventer des noms (soit en émettant des sons distinctifs, parRpersist: exemple üu cri particulier pour « noix », soit en appliquant ÆSnoncèr( des mots pour désigner les objets comme « deux heures tipire» demie » pour le nom du cocher), l'invention ayant souvent d'une tem] façon très évidente une origine onomatopéique bien qu'auss Res ren fréquemment très arbitraire. habitait
Je terminerai ce chapitre en donnant des preuves détaillés pour lei qui montreront jusqu’à quel point, dans des circonstances far Æuuoiqu' rables, de jeunes enfants pourront pareillement inventer (hs réjor signes arbitraires, qui cependant, pour des raisons mentionnée jouant ci-dessus, sont presque invariablement d'une forme articulée. | absorbé serait facile de tirer cette preuve de divers écrivains qui se sofl'école, occupés de la psychogenèse des enfants. Mais il suffira de quek il semb ques citations d'un écrivain distingué qui a déjà pris la peine d'ARPassaier réunir les exemples les plus remarquables qui ont été donn#Rtulier, :
/ HOMME
sentent que chez les idiots. La compri.
animaux, chez le er se, un développe.
e des signes que ne estes, à moins nat avoir un caractère ots. Finalement, a nt que signes, nous iseaux parleurs, qui quels leurs organés iculés, se montrent s propres, les subsriées, bien qu'ils ne réciation de la strutdes gestes vocaux, logique des récepls il importe de fair vocale représente là l'enfant en voie de rnière à disparait r'elle existe chez les nimaux vont jusquà sons distinctifs, par soit en appliqua e « deux heures €l ayant souvent d'un éique bien qu'au
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ARTICULATION
du fait en question. L'écrivain auquel je fais allusion est M. Horatio Hale, et la publication d'où je tire cette citation est contenue dans les Proceedings of the American Association for the Advancement of Science (vol. XXXV, 1886).
« Dans l’année 1860, deux enfants, deux jumeaux, naquirent dans une famille respectable vivant dans la banlieue de Boston. Ils étaient en partie d’origine allemande, le père de leur mère étant venu d'Allemagne en Amérique vers l’âge de dix-sept ans, mais la langue allemande, nous a-t-on dit, n'avait jamais été parlée dans la maison. Les enfants se ressemblaient tellement que leur grand'mère qui venait souvent les voir ne les distinguait que grâce à un ruban de couleur différente attaché autour de leur bras. Comme il arrive souvent dans des cas semblables, une grande affection existait entre eux, et ils étaient constamment ensemble. La fin de leur intéressante histoire sera mieux racontée par l'écrivain lui-même, au zèle scientifique duquel nous sommes redevables de notre connaissance de ces faits.
« A l’âge habituel, ces jumeaux commencèrent à parler, mais, chose curieuse, ce ne fut pas dans leur langue maternel. Ils avaient un langage propre, et aucune persuasion ne put les amener à parler autrement. Ce fut en vain qu'une petite sœur
laycat cinq ans de plus qu'eux essaya de leur faire parler leur
langue naturelle comme cela aurait dû être ; ils refusèrent avec persistance à prononcer une syllabe d'anglais. Jamais ils ne prononcèrent même les premiers mots usuels : « papa » « maman », «père» «mère », affirme-t-on, et on ne les entendit jamais durant ce temps appeler leur mère par ce nom, dit la dame qui a donné ces renseignements à l'écrivain, et qui était tante des enfants et
habitait la même maison qu'eux. Ils avaient un nom distinct pour leur mère, mais ce n'était pas un nom anglais. En somme, quoiqu’ils ressentissent les affections habituelles, qu'ils sussent seréjouir du retour de leur père à la maison, chaque soir, en jouant avec lui, ils semblaient étre complètement occupés, abscrbés l'un par l’autre. Les enfants n'avaient pas été encore à l'école, car, n'étant pas capables de parler leur « propre langue », Il semblait impossible de leur faire quitter la maison. Les jours Passaient ainsi, ils parlaient ensemble dans leur langage partiulier, avec toute la vivacité et la volubilité des enfants en géné-
ral. Leur accent était allemand, d’après la famille. Ils avaient Morgane des mots réguliers dont la famille apprit à connaître quelques BMibreme uns, comme par exemple celui qui désignait les voitures, qu'ils Mis con criaient à haute voix en courant à la fenêtre quand ils en enter. « Le daient passer une dans la rue; ce mot, nous est-il dit ailleurs M a pu était ni-si-0o0-a; il faut ajouter que les syllabes étaient quelque. mêm fois redoublées, ce qui allongeaïit le mot. » eci no
Le cas suivant est rapporté par M. Hale d’après le D° E. R. Hu lemen qui l’a publié dans le Monthly Journal of Psychologial ‘enfan Medicine (1868). istincts
« Le sujet de l'observation était une petite fille âgée de quatrpariété : ans et demi, pleine de vie, intelligente, et bien douée au point Rprrangé de vue de la santé. La mère remarqua, quand elle avait deur «Troi ans, qu'elle était en retard pour parler, et disait seulement" Hun, « papa » et « maman ». Puis, elle commença à se servir defMautres mots de son invention, et, quoiqu'elle comprit parfaitement RRette lan ce qu'elle disait, elle n’'employait jamais les mots dont se ser- Bille n'av vaient les autres. Graduellement, elle étendit son vocabulaire Ml ne par jusqu’à ce qu'il atteignit l'étendue rapportée plus bas. Elle avaitu moin un frère plus jeune de dix-huit mois qui avait appris son langage, ESRrouvé ui de manière qu'ils s'entretenaient librement ensemble. Lui, ceper-ÆRenfant dant, semblait l'avoir adopté seulement parce qu'il était plu RBrobable familier avec elle qu'avec les autres, et quelquefois il employal{@e pris nai avec sa mère le mot usuel, et avec sa sœur le mot particulier fi elle : celle-ci. Celle-ci, malgré tout, persistait à employer seulement Réssemh] ses propres mots, bien que ses parents, inquiets de cette manière it, Com de parler, fissent de grands efforts pour l’encourager à employer igare, s les mots usuels. Elle n’a pu apprendre ces mots par d’autres, Cat hose » « ses parents étaient des personnes cultivées qui ne faisaiell ais) vou usage que de la langue anglaise. La mère avait appris lon don français, mais ne s'en servait jamais dans la conversation Bnçaise Les domestiques, comme les bonnes, parlent l'anglais sans par: moi » O! ticularité que:conque, et l'enfant a même moins entendu quABattraper d’autres ce que l'on appelle le « parler bébé ». Quelques-uns des fist si ten mots et des phrases qu'elle emploie ont une ressemblante{opre, c avec le français, mais il est certain qu'aucune personne park langag cette langue n'a fréquenté la maison, et il est hors de doute QE * Le la l'enfant n'a eu aucune occasion de l'entendre parler. LfSinitatio:
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ARTICULATION
amille. Ils avaient nnaître quelques les voitures, qu'il quand ils en entens est-il dit ailleurs, es étaient quelque
rès le D° E. R. Hu of Psychological
fille âgée de quatre ien douée au point and elle avait deu t disait seulemet nea à se servir de mprit parfaitement s mots dont se serdit son vocabulairt plus bas. Elle avai appris son langage, semble. Lui, cepenarce qu'il était plu uefois il employal le mot particulier mployer seulemei ts de cette manière ourager à employtt pts par d’autres, Cl ks qui ne faisaiell re avait appris À 8 la conversatiol:
l'anglais sans par
oins entendu qu , Quelques-uns dé une ressemblant e personne parlanl hors de doute qi endre parler. Là
rganes vocaux paraissent normaux. Elle se sert de son langage librement, sans hésitation, et, quand elle est avec son frère, ils conversent avec une grande rapidité et une grande facilité.
«Le D' Hun donne alors le vocabulaire tel, déclare-t-il, « qu'il «a pu, à différentes époques, le reconstituer, grâce à l'enfant « même, et particulièrement grâce aux récits de la mère ». De reci nous pouvons conclure que la liste ne contient probalement pas le nombre total des mots compris dans ce langage ‘enfant. Il ne comprend, en somme, que vingt et un mots istincts, quoique beaucoup d’entre ceux-ci aient une grande fariété d'acceptions, indiquées par l'ordre dans lequel ils sont rrangés, ou par la manière variable de les grouper.
«Trois ou quatre de ces mots, comme le fait remarquer le }' Hun, ont une ressemblance bien évidente avec le français, et autres peuvent, moyennant un léger changement, remonter à ette langue. L'auteur n’a pu dire, comme on le verra, si la petite Île n'avait positivement jamais entendu parler cette langue, et [ne paraît pas improbable que, sinon parmi les domestiques, lu moins parmi les personnes qui la fréquentaient, il s'en soit rouvé une qui, pour s'amuser assez innocemment, ait enseigné à enfant quelques mots de cette langue. IL est même assez robable que l'instinct linguistique particulier dont il s'agit pis naissance de cette facon dans l'esprit de l'enfant, au moment jù elle a commencé à parler. Parmi les mots dénotant cette
essemblance, sont feu (prononcé, il nous l'a été expressément it, comme le mot français) employé pour rendre «feu, lumière, igare, soleil », £00 (le français tout) pour dire « tout, chaque hose » et ne pa (prononcé ou non comme en français, je ne ais) voulant dire « pas ». Petee-Petee (prononcé pitit-pitit), om donné à l'enfant par sa sœur, est sans doute l'appellation ançaise « petit, petit », et »a « je », doit venir du français moi » où « me ». Si cependant l'enfant a été réellement capable attraper et de retenir si promptement ces sons étrangers, à un ge si tendre, et de les intercaler dans un langage qui lui était lopre, cela prouve simplement combien la faculté de composer n langage s'était promptement et fortement développée.
« Le langage portait à peine de traces de mots formés par initation des sons. Le miaulement d'un chat suggéra évidem-
ment le mot mea qui signifiait à la fois « chat » et « fourrures, Aucune origine ne peut être conjecturée pour les autres mot
fourr suit 1
formant ce langage. Nous pouvons remarquer simplement qu «L dans quelques mots, la préférence que les enfants et quelque langa races d'hommes ont pour la répétition des sons est apparent dans Ainsi, nous avons migno-migno signifiant « eau, laver, bain) paren go-go pour les « douceurs, telles que le sucre candi où ti mam dessert » et waia-waiar pour « noir, obscurité ou nègre ». [Sp maist n’y a donc, comme ces exemples le montrent, aucune tendance rame spéciale à la forme monosyllabique. Gummigar signifie, noue Égli dit-on, «tous les mets servis sur une table tels que : panprière: viande, légumes, etc. », et le même mot est employé pouSroyan désigner la cuisinière. Le petit garçon, il convient de l'ajouteret le ] ne se sert pas de ce mot, mais de gna-migna, et la petite fee mot considère cèci comme une erreur. Nous “‘ouvons conclu «(a de ceci que, même à l’âge le plus tendre, la forme de leur langagenfant: devient pour les enfants un sujet de réflexion, et nous pouvonfd'une v en déduire, au surplus, que le langage n’a pas été invenérent à : uniquement par la petite fille, mais que les deux enfants y onfet le pa contribué. Entre différents mots on peut citer gar « cheva.x «]li
deer « monnaie de toute sorte », beer « littérature, livres ouldans le écoles », peer « halle », bau « soldats, musique », odo « alt « Le chercher, sortir, enlever », kek « salir », pa-ma « aller dorni/éMexion coucher, lit ». Les exemples sont nombreux de la variété d'accep: uatre : tions que chaque mot était capable de recevoir. Ainsi Jeu pouvalilenry » devenir un adjectif comme ne pa feu « pas chaud ». Le verbe odRssez p avait plusieurs significations, selon sa place, et les mots qui l'achmeur lan compagnaient: "a odo « je veux sortir », gar odo «allez cherches y ser le cheval », {00 odo «tous partis ». Gaan signifiait « Dieu », éSRormes | quand il pleuvait, les enfants couraient à la fenêtre et criaient SR eaux Gaan odo migno-migno, feu odo, qui voulait dire : « Dieu, enltéRteur ap la pluie et rends le soleil », odo étant placé avant le mot ik « Ce gnifiant « enlever », et après le mot « envoyer ». Nous apprenoMptonduit par cet exemple et cette remarque que, non seulement léié pou langage avait, comme doivent avoir tous les véritables ldthamp | gages, ses règles de construction, mais que celles-ci étaient quéftucunen quefois différentes des règles anglaises. L'aute « Ceci apparaît dans la forme mea waia-waiar « somb'éit trouv
HOMME
at » et « fourrure»
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sons est apparent
«eau, laver, bain», sucre candi ou À urité ou nègre». | nt, aucune tendant migar signifie, now ble tels que : pain.
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ARTICULATION
fourrures » (littéralement « fourrures sombres »), où l'adjectif suit le substantif, ce qui n’est pas conforme à la règle anglaise «Les associations singulières et inatiendues qui, dans tous les
Rlangages, régissent la signification des mots, sont apparentes
dans ce court vocabulaire. Nous pouvons en conclure que les parents étaient catholiques et pratiquants. Les mots papa et maman étaient =mployés séparément dans leur sens ordinaire
[mais quand is étaient associés ensemble dans le composé papa LA
maman, ils signifiaient (par leur combinaison probablement) « Église », « livre de prières », « croix », « prêtre », dire des prières »., Bau signifiait «soldat», mais, nous est-il dit, les one le voyant l’évêque avec sa miître et ses vêtements sacerdotaux. et le prenant pour un soldat, lui avaient également appliqué ce mot. |
« Gar odo signifiait «aller chercher le cheval», mais comme les enfants voyaient fréquemment leur père, quand il était béauitt d'une voiture, écrire un ordre et l'envoyer à l'écurie, ils arrivèrent à se servir de la même expression (gar odo) pour le crayon et le papier. pi
«Il n'y a aucune apparence d'inflexion, à proprement parler dans le langage, et c’est à quoi l’on devait s'attendre. ‘ « Les très jeunes enfants emploient rarement les formes inexionnelles en aucune iangue. Le petit anglais âgé de trois ou uatre ans dira : Mary cup pour Mary's cup, et « chien mordu enry » représentera tous les temps, et tous les modes. Il est ssez probable que, si les enfants avaient continué à se servir de pur langage pendant quelques années de plus, ces inflexions ‘3 seraient dévloppées, comme nous avons déjà vu que les ormes particulières de construction et des groupements nou-
feaux — qui sont les germes de l'inflexion, — avaient déjà fait
leur apparition.
( Ces deux exempies de langage spéeial à l'enfance ont |‘ à des recherches plus étendues, qui, bien que n'ayant | poursuivies que pendant une courte période, et dans un amp limité, ont prouvé que les cos de celte sorte ne sont aucunement rares. »
L'auteur fournit alors d'autres exemples corroboratifs, mais 1e 1 Li . .
trouve les citations qui précèdent suffisantes pour mon
n: a4£ L'ÉVOLUTION MENTALE CHEZ L'HOMME
but (1). Elles montrent en effet : 4° que la fabrication toute Spontanée et en apparence arbitraire de mots, qui s’observe plus moins chez tous les enfants quand ils commencent à parler, peut, dans des “irconstances favorables, atteindre un étonnant demi de perfection et d'efficacité ; 2° que bien que les mots ou signes articulés ainsi inventés soient quelquefois d’une origine singu lièrement onomatopéique, en règle générale, ils ne le sont pas:
TS
1 3° que les mots sont loin d’être monosyllabiques ; 4° qu'ils peu RA | à vent devenir suffisamment nombreux et variés pour constituer à l k un langage utile, sans qu'ils aient atteint encore la phase des No À inflexions ; et 5° que la syntaxe de ce langage présente des point d'inti l' évidents de ressemblance avec le langage gesticulé del’humanit à signe | déjà considéré. D que:
élevé (1) J’ajouterai cependant les observations corroboratives qui suivent, p4rce qu'ellk | langa
n'ont pas été publiées jusqu'ici. Jeles dois à la bonté de mon ami, M. A. E. Streit, de 0: qui a tenu un journal de la psychogenèse de ses enfants. A l'âge d'environ deux ans, Pi un de ses enfants possédait le vocabulaire suivant : à derni:
Af-la (en imitation du son que la nourrice fait quand elle boit ou veut faire boir Con signifie l'acte de boire, la boisson, la verrerie et par suite tout verre quelconque. Vy pour fly (mouche.) notre … Vy-ta pour fenètre, c’est-à-dire le {a ou a/-la (verre) sur laquelle une mouches vente promène.
Blow (souffler) pour bougie. travai Blow hatlie pour lampe (bougie avec un chapeau ou abat-jour). | tifet1 Nell pour fleur, c'est-à-dire odeur, sentir. Ces mots sont tous évidemme d'origine imitative. Les suivants cependant semblent avoir été purement arbitraires: trafic Numby pour nourriture de toute sorte (onoma opéique). même Nunny pour robe de toute sorte.
Milly pour habillement, et tout objet employé à la toilette, une épingle par exemple. systèn Lee, le nom donné à la nourrice, quoique tout le monde n'appelât cette dernit que « nourrice », Diddle-Iddle pour trou ; de là un dé, de là le doigt, Wasky pour la mer.
Bilu-Bilu signifie « les caractères imprimés » (inventé en apprenant les premièr
lettres de l'alphabet et toujours employé depuis).
Systèt priés ; l'ansa(
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JMME
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qui suivent, parce qu'elles on ami, M. A. E. Streil A l'âge d'environ deux ais,
le boit ou veut faire boirt) tout verre quelconque.
ur laquelle une mouche & bat-jour).
ts sont tous évidemmeil été purement arbitraires:
e, une épingle par exemple, e n'appelàt cette dernire
en apprenant les première