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CHAPITRE VIII

Nous avons déjà vu que le langage parlé diffère du langage d'intonations et de gestes en ce qu'il est, en tant que système de signes, plus purement conventionnel. Ceci signifie qu'en tant que moyen d'expression, l'articulation est un Hroduetion se élevée de l'évolution mentale que le langage gesticulé à pe

| langage d'intonation. Cela signifie aussi que comme instrument

de pareille évolution, le langage articulé est plus efficace. C dernier point est important, aussi m'y arréterai-je quelque . Comme nous l’avons remarqué dans notre dernier cha i notre système de monnaie, de billets de banque et dat rente est un système mieux adapté pour signifier la vale à travail ou de la propriété, que ne l'était le système le plus =) tifet le moins conventionnel de l'échange réel du ni DE trafic de la propriété; et notre système a à même plus en rapport avec le but du calcul que ne le ser : système plus naturel qui est de compter sur ses duigts. Mai gs systèmes plus conventionnels sont non seulement mieux Les H priés ; ils conduisent aussi à un développement is et ON à y d'affaires d’un côté, et du calcul de l’autre du : His de pas système perfectionné de signes, ilserait

mp e de mener à bien un aussi grand nombre de tran

lions compliquées et de calculs tels que ceux que tiois é ie l'en estde même pour le langage, distingué du geste. Les vers one ps gestes, sont des signes de pensées et de sentiments, | en tant plus conventionnels, ils deviennent plus pur : we que signes, et peuvent alors être façonnés en n à re Pre et plus efficace , et en même temps {le 2 Apae or ot sur l'idéation. La grande “ee pr sd gestes, à ces deux points de vue,

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peut être plus aisément démontrée par quelques exemples :

J'ouvre le livre du colonel Mallery au hasard et'trouve pour l'aboiement d’un chien le signe suivant: « Passer la main arrondie en avant de la partie inférieure de la figure pour figurer un nez et une bouche allongée; puis avec les deux index étendus, les autres doigts et le pouce restant fermés, placer les mains de chaque côté dela mâchoire inférieure, index dressés, pour signifier les canines inférieures ; en même temps, comme pour montrer les dents, retrousser un peu en retirant la lèvre supérieure, enfin agiter les doigts de la main droite étendue et isolée, en les jetant rapidement en avant et légèrement en haut (voix ou conversation). »

Quelle complexité dans cette méthode pictoriale de désigner un chien aboyant, comparée à l'emploi de deux mots. Et, en somme, elle est imperfaite, car les Indiens ne la comprirent pas au juste, et crurent qu’il s'agissait d’un ours.

Quelle dépense excessive de pensée pour combiner et interpréter de tels idéogrammes, et, quand ils sont formés et compris, combien ils nous apparaissent encombrants quand on les compare aux mots !

Le colonel Mallery dit, en parlant du langage gesticulé, que, « lorsqu'il est pratiqué assidûment, sa rapidité, quand il s'agit d'objets familiers, dépasse celle de la parole, et approche de celle de la pensée elle-même ». Mais, sans nous arréter à cette restriction importante des « objets familiers », il ajoute : « Il faut en même temps admettre que ce grand accroissement dans la rapidité est principalement obtenu par le système des abréviations préconcertées qui ont été expliquées ci-dessus, et par l'adoption de formes arbitraires dans lesquelles le caractère naturel est sacrifié pour faire place à un caractère conventionnel (1). »

Mais, indépendamment du fait qu'il est encombrant, le langage mimique présente un défaut plus grand encore, celui de n'être pas précis, et enfin, chose plus sérieuse, il n'est pas aussi utile que le langage parlé, pour le développement de l’abstraction.

(4) En ce qui concerne la rapidité relative avec laquelle ces signes peuvent être faits à l'œil et à l'oreille respectivement, rappelons qu'il y a une raison physiol gique pour donner l'avantage à la dernière. Tandis que l'oreille peut distinguer des

sensations successives séparées seulement par un intervalle de 0,016 seconde, l'ail ne peut faire de même que si l'intervalle est de plus de 0,047 sec, (Wundt.)

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-Nous avons vu précédemment comment les mots, étant des signes plus ou moins purement conventionnels, ne sont pas assujettis, pour ainsi dire, aux objets matériels, bien qu'ils # tous, sans aucun doute, pris naissance de la même nier comme expressions de perceptions sensitives. N'étant pas nédess sairement idéographiques, ils peuvent facilement de‘enir des signes d'idées générales, et finir par devenir oxpression des abstractions les plus élevées. « Les mots sont les équivalents faciles à manipuler, de la pensée » ; il en est de même put changer la métaphore, de la progéniture de la généralfsatton Mais les gestes, étant toujours plus ou moins idéagvathftnss s0 enchaînés plus étroitement encore aux félin sensitive à par conséquent, ce n'est que lorsqu'ils s'exercent sur des sujets familiers, qu'on peut les considérer comme rivalisant poto avec les mots, en tant que moyen d'expression, bien qu'ils L: puissent jamais s'élever dans la sphère plus complexe de l'abs rafeie sapins parleur par gestes, quel que fût le temps qui lui . eu ne pourrait traduire une page de Kant en langage Je ne parle ici que du langage mimique tel que nous le tro "in actuellement. Ce que peuvent être les ressources ma d'un pareil langage est une tout autre question, et c'en est “ae à l'égard de laquelle il n'est guère profitable de faire se hypothèses, Toutefois, comme le sujet n’est point Area dénué d'importance à l'égard de la question présente je puis citer le court passage qui suit et qui est emprunté à un Has du professeur Whitney. Après avoir fait remarquer que « la voix a eu se faire la part principale et presque exclusive dans l’art de communiquer », il ajoute : « Ceci ne tient pas le moins d monde à l'existence d’une relation plus intime entre l'appareil de la pensée et les muscles dont l’action produit des sons, qu'entre etapparell et les muscles qui déterminent des mouvements c n'est pas qu'il existe des noms naturels pour les conceptions dou plus que des gestes naturels. Il y a là simplement un cas de survivance du plus apte, un cas analogue au processus par lequel le fer est devenu la matière exclusive des ds blanches, l'or et l'argent celle de la monnaie ; ch du simplement parce que l'expérience a montré que la voix conviënt

le mieux à, cet usage spécial. Les avantages de la voix sont nombreux et évidents. Tout d'abord, il y a de l’économie puisqu'on emploie un mécanisme qui ne peut guère servir à autre chose, et qui laisse libres et utilisables pour d’autres desseins ces instruments indispensables, les mains. D'autre part, elle se perçoit mieux; ses fines modulations impressionnent les sens à une distance où les mouvements deviennent indistincts ; les objets intermédiaires ne la dissimulent pas ; l’œil de l'auditeur aussi bien que les mains de celui qui parle peuvent s'occuper à d'autres besognes utiles ; elles sont aussi nettes à l'obscurité qu'à la lumière, et elles peuvent saisir et retenir l'attention dans des cas où nul autre moyen ne serait utilisable (1). »

Ce n'est pas tout. Les mots étant, comme nous l'avons vu, moins essentiellement idéographiques que les gestes, ont dû toujours étre plus faciles à utiliser pour l'expression abstraite. Il nous faut nous rappeler ce que le langage mimique, tel qu'il se montre maintenant à nous sous sa forme la plus perfectionnée, à d'obligations envers l'influence créatrice du langage parlé ; et, si nous l’envisageons ainsi, c'est un fait significatif que même maintenant le langage mimique est incapable de communiquer des idées quelque peu abstraites.

Toutefois, je ne doute point qu'il ne fût possible de créer un système mimique entièrement conventionnel qui répondrai ou correspondrait à tous les mots abstraits et aux inflexions d'un langage parlé, et qu'alors le second système ne püt remplacer le premier, comme l'écriture peut remplacer la parole. Mais c'est ici tout autre chose que de supposer qu'un système parfait de gestes aurait pu naître par un processus de développement naturel, ei, considérant le caractère essentiellement idéographique de tels signes, je doute fort que, même dans les circonstances les plus urgentes, par exemple, si l’homme ou ses ancêtres eussent été incapables d’articuler, le langage mimique eût pu atteindre dans son développement une phase

où il eût été le moins du monde en état de remplacer le langage

parlé. | Nous pourrons obtenir quelques lumières sur cette ques-

(1) Encyclop. Brit., 9e édition, article Philology.

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