RER À
tion hypothétique — qui a de l'importance pour nous, — si nous considérons brièvement l’état psychologique de sourds-muets n'ayant reçu aucune éducation.
S'il est vrai, d'une part, que leur cas n'est point absolument parallèle à celui d’une race humaine privée du langage (étant donné que le sourd-muet individuel ne trouve pas ur système compliqué de signes préparé pour lui par les efforts d'ancêtres muets, comme cela eût été sans doute le cas dans les circonstances que je suppose); d’un autre côté, et c’est là une compensation, il nous faut nous rappeler que le sourd-muet individuel a reçu en héritage non seulement une cervelle humaine dont la structure a été perfectionnée par la parole dont jouissaient ses ancêtres, mais qu’il est entouré par une société dont l'idéation tout entière repose sur la parole. Dans la mesure donc où il est possible de débrouiller les conditions complexes de la question, le cas du sourd-muet non dressé et vivant dans une société de personnes parlantes nous fournit le meilleur critérium qu: nous puissions obtenir de l'avenir qu'aurait pu avoir le langage mimique en tant que moyen de formation de pensée dans la race humaine, à supposer que celle-ci eût été dépourvue de la faculté de parler. Pour montrer quelle est la condition psychologique d’un tel individu, je veux citer un court passage d'une conférence que j'ai faite devant la British Association en 1878 : « ILarrive souvent que les enfants sourds et muets de parents pauvres sont à tel point négligés qu'on ne leur apprend jamais le langage des doigts, ni aucun autre système de signes, par lesquels ils puissent converser avec leurs semblables. La conséquence toute naturelle est que ces malheureux enfants s'élèvent dans un état d'isolement intellectuel presque aussi complet que celui de n'importe lequel des animaux inférieurs. Si un tel enfant devenu grand tombe entre Les mains de quelque éducateur compétent, il peut s’instruire, et se trouve alors en état de noter des expériences qu'il a faites dans son état d'isolement intellectuel. Je me suis donc procuré tous les témoignages que j'ai pu rencontrer à l'égard de la condition mentale de pareilles personnes, et je vois que le témoignage est parfaitement uniforme. En l'absence de langage, l'esprit est capable de penser dans la logique des sensations, mais il ne peut jamais s'élever
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