‹ L'évolution mentale chez l'homme [microforme]Chapitre 3 sur 67 · D NA A · texte numérisé non relu

D NA A

hypothèses que nous apportions avec nous dans notre étude de la nature est celle qui reconnaît dans la nature le principe de continuité.

Prenant alors ces plusieurs considérations x priori ensemble, celles-ci doivent, dans mon opinion, être données comme plaidant très fortement prima facie en faveur du point de vue qu'il n'y a pas eu d'interruption dans le processus de développement au cours de l'histoire psychologique, mais que l'esprit de l’homme, comme l'esprit de l'animal, — comme toute autre chose dans le domaine vivant de la nature, — est dû à un développement. Ces considérations montrent, en effet, non seulement que par analogie celte interruption a dù être improbable, mais aussi qu'il n’y a rien dans la constitution de l'esprit humain d’incompatible avec l'hypothèse que son

existence a été lentement développée, étant donné que, non

seulement dans le cas de chaque vie individuelle, mais aussi dans toute histoire de notre espèce, l'esprit humain subit et a subi le processus en question.

Donc, pour renverser une présomption «a priori aussi forte, le psychologue se trouve obligé de fournir de très puissantes considérations « posteriori, tendant à montrer qu'il y a quelque chose dans la constitution de l'esprit humain qui rend virtuellement impossible ou, en tout cas, excessivement difficile à imaginer, le fait d’une descendance génétique hors d'une organisation mentale inférieure.

C'est pourquoi je vais maintenant considérer, aussi soigneusement et impartialement que je le pourrai, les arguments qui ont élé produits en faveur de cette thèse.

Dans l'Introduction de mon précédent ouvrage, j'ai | fait remarquer que la question de savoir si l'intelligence humaine est un développement de l'intelligence animale ne peut être traitée scientifiquement qu'en comparant l'une à l’autre, pour s'assurer des points de ressemblance et des points de différence. Considérons d'abord brièvement les points de conformité; j'en viendrai ensuite à l'étude attentive des plus importantes théories qui ont jusqu'ici été formulées à l'égard des divergences.

Si nous considérons les Émotions telles qu'elles se présentent chez la brute, nous ne pouvons manquer d’être frappés par

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Dans mon précédent travail, j'ai donné ce que je considère comme une preuve incontestable de l'existence des émotions suivantes, que je nomme ici dans l'ordre de leur apparition dans l'échelle psychologique: crainte, surprise, affection, irritabilité, curiosité, jalousie, colère, joie, sympathie, émulation, orgueil, ressentiment, émotion du beau, chagrin, haine, cruauté, bienveillance, vengeance, rage, honte, regret, dissimulation, sens durisible (1).

Cette nomenclature épuise la liste de toutes les émotions humaines, à l'exception de celles qui nous viennent de la religion, du sens moral et du sens du sublime. En conséquence, je pense que nous avons le droit de conclure qu'en ce qui concerne les émotions, on ne peut dire que les faits de la psychologie animale élèvent aucune difficulté contre la théorie de la descendance. Au contraire, la vie émotionnelle des animaux est si similaire à la vie de l'homme, et spécialement des jeunes enfants, que cette similitude doit, en vérité, être considérée comme une démonstration évidente d’une continuité génétique entre elles.

De même pour l'Instinct. Comprenant ce terme dans le sens précédemment défini (2), il est incontestable que chez l'homme, surtout durant la période de l'enfance et de la jeunesse, divers instincts bien définis sont visibles, qui ont trait principalement à la nutrition, à la conservation de soi-même, à la reproduction et à l'éducation de la progéniture. Personne ne s’est avisé de nier que tous ces instincts sont identiques à ceux que nous observons chez les animaux inférieurs, ni, d’un autre côté, de suggérer qu'iln'y aaucuninstinctqui puisse ètre particulier à l'homme, à moins que les sentiments moraux et religieux ne soient considérés comme participant de la nature des instincts. Et bien qu'il

(1) Voir l'Évolution mentale chez l'Animal, trad, par H. de Varigny : Émotions.

(2) Évolutionmentale chez l'Animal, p. 159 : « Ceterme est d'ordre génériqueet comprend toutes les facultés meutales impliquées dans l'acte couscient et adaptif antérieur à l'expérience individuelle, sans la connaissance nécessaire de la relation entre les moyens employés et le but atteint, mais similairement inventé dans les conditions identiques, et fréquemment présentées, par tous les individus de ta mème espèce, »

soit vrai que l'instinct joue un plus grand rôle dans la psychclogie de l’homme, ce fait n’a évidemment aucune importance, à notre point de vue qui ne considère que l'identité de principe. Si quelqu'un avait la puérilité de soutenir que l'esprit de l'homme diffère en nature de celui de la brute, parce quecelui-ci ne déploie aucun instinct particulier, tel, par exemple, que celui de filer une toile, de construire un nid ou de couver des œufs, la réponse serait naturellement que, par parité de raisonnement, l'esprit d’une araignée doit être tenu pour différent de celui d’un oiseau. Donc, en ce qui concerne les émotions et instincts, la ressemblance est beaucoup trop étroite pour admettre la contestation. Pour la Volition, nous en parlerons plus au long dans la suite de ce travail. Il suffira de dire d’une façon générale que personne n’a sérieusement mis en question l'identité de nature de la volonté humaine avec la volonté animale jusqu'au niveau où la soi-disant liberté est supposée par mes adversaires survenir et caractériser la première.

Si la volonté humaine diffère de la volonté animale par un caractère ou attribut de ce genre, ilsera tenu compte du fait au cours de l’analyse qui suit.

Pourle moment, cependant, nous esquissons simpisment d'une façon préliminaire les points de ressemblance entre la psychologie humaine et ceile de l'animal. En conséquence, jusqu'ici, en ce qui concerne la volonté, nous avons seulement à remarquer que, jusqu'au point où la volition d'un homme commence à surpasser celle d’une brute par la complexité, le raffinement, la prévoyance, nul ne conteste l'identité de nature.

En dernier lieu, la même remarque s'applique aux facultés de l'Intelligence (1).

Si grande que puisse être, sans aucun doute, la différence entre ces facultés, dans les deux cas l’on reconnaît que celle-ci

(1) Naturellement mes adversaires n’admettront pas que ce mot puisse être proprement appliqué à la psychologie de l'animal, mais jene m'en sers pas maintenant dans un sens postulatif. Je l'emploie seulement pour éviter d'avoir recours — ce qui serait nécessaire autrement — à la création d'un mot nouveau. Quelque opinion que nous puissions avoir au sujet des relations eutre les psychologies animale et humaine, il nous faut d’une façon ou. d'une autre faire une distinetion entre les différents ingrédients de l’une et de l’autre, par conséquent entre l'instinct, les émotions et l'intelligence d'un animal. {Voir Évolution Mentale chez d’'Animal.)

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Bt auquel il a été déjà fait allusion, n'est point contesté. En con-

ppéquencc, la question ne se pose qu'à l'égard de ces facultés

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ment consécutif, comme nous le savons bien par l'observation

de la psychogenèse chez l'enfant.

Maintenant, il est de l'essence même de l’évolution considérée bn tant que processus que, lorsqu'un ordre d'existence passe à es degrés plus élevés de perfectionnement, ce perfectionnement prend son point de départ sur les fondations déjà exisantes et créées par les progrès passés, de telle sorte que, lors-

qu'on fait la comparaison avec n'importe quel ordre allié

d'existence qui n’a point été autant perfectionné, l’on peut trouver ur parallélisme plus ou moins étroit entre les deux jusqu’au point où l’un commence à distancer l’autre, et où cesse toute possibilité de comparaison. Considérant les faits de la psycholopie comparée qui sont devant nous, ils nous semblent indiquer

k Mortement que les facultés surajoutées de l'intelligence humaine

bnt été dues à un processus d'évolution.

Je ne voudrais pas que l’on crût que, dans cette esquisse prédiminaire des ressemblances entre les psychologies humaine et

“animale, j'ai tracé mon dessin avec parti pris, et je veux citer ici

un Court passage qui montrera que je n'ai point exagéré le degré jauquel ceci est accep 6 par les adeptes d'opinions opposées. Ce [passage est emprunté à un naturaliste distingué, qui est également un bon psychologue, et dont j'aurai souvent à parler, puisque, pour ces deux raisons, il est le plus compétent aussi bien que le plus éminent de nos adversaires. Dans son discours

présidentiel à la section biologique de l'Association Britannique en 1879, M. Mivart a dit:

« Je n'ai nullement la volonté d'ignorer les merveilleuses facultés des animaux, n' la ressemblance de leurs actions avec celles de l'homme. Nul ne peut raisonnablement nier que beaucoup d'entre eux out ües sensations, des émotions et des perceptions analogues aux nôtres ; qu'ils jouissent du mouvement volontaire et exécutent des actes groupés ce facons complexes pour des fins définies; que, jusqu'à un certain point, ils s’instruisent par l'expérience et combinent les perceptions et réminiscences de façon à en tirer des inductions pratiques, percevant directement des objets en relations mutrelles différentes, de tele sorte qu'à certains égards on peut dire qu'ils perçoivent les relations. Ils manifestent de l’hésitation, qui se termine, semble-t-il, après un conflit de désirs, par un acte qui paraît être dû au choix ou à la volonté ; et certains animaux, comme le chien, manifesteront non seulement la fidélité et l'affection les plus étonnantes, mais aussi des signes évidents de honte, ce qui semble être le résultat de perceptions morales commençantes. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que tant de personnes peu adonnées à l’introspection patiente et attentive ne perçoivent point de différence radicale entre un animal ainsi doué et la nature de l’homme. »

Nous pouvons maintenant contredire les points par lesquels différents écrivains ont considéré que la psychologie humaine diffère de la psychologie animale.

La théorie que les animaux sont des machines non sentantes ne mérite point de nous arrêter, car nul, de nos jours, ne la défendrait (1). Nous pouvons, encore, après ce que j'en ai dit dans mon

(1) Si quelqu'un était disposé à ce faire, je répondrais par la bouche du professeur Huxley qui a néttement exposé la situation : « Quelle est la nature de l’évidence qui nous conduit à admettre que nos congénères sentent ? La seule preuve dans cet argument par analogie est la similitude de leur organisation et de leurs actes avec les nôtres, et, si ceci suffit à prouver que nos congénères senteut, la preuve suffit certainement à prouver qu'un singe sent, etc. » (Critiques and Addresses, page 282.) A cet exposé, M. Mivart fait, il est vrai, une critique, mais elle est singulièrement faible. Il dit : « Ce n'est certainement pas par la similitude de la structure ou des actes, mais par le langage que les hommes sont placés en communication les uns avec les autres, » En réponse, il me semble suffisant de demander d'abord si le langage n’est pas un acte, et, en second lieu, si, :n tant qu’expression de sou/france, le langage articulé est considéré par nous comme plus « éloquent » que les cris inarticulés et les gestes.

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L'HOMME ET LA BAaUTE 41

hapitre sur la Raison, dans mon précédent ouvrage, passer sur CE distinction toujours plus ou moins admise entre la psychologie ï umaine et celle de l'animal — savoir, que l’une est rationelle et l'autre irratic-nelle. Nous y avons montré en effet que, si 3 ous employons le mot raison dans son sens exact et non dans Bon sens traditionnel, rien n'est plus clair que le fait que l'esprit ie l'arc imal est capable de ratiociner à un degré qui n'est point nédiocre. L'origine de la doctrine très répandue d’après laquelle

Nes cnimaux ne possèdent pas de raison doit, ce me semble, se rover dans le fait que la raison atteint un degré de développenent beaucoup plus considérable chez l'homme que chez les nimaux, tandis que l'instinct est plus développé chez ces derniers

. que chez l’homme; et la phraséologie courante, méconnaissant es points de similitude, alors qu'elle exagère les différences plus aciles à apprécier, désigne toutes les facultés mentales de l’ani- Hal comme étant instinctives, par opposition à celles de l'homme u’elle nomme rationnelles. Mais, à moins de pénétrer dans un ercle évidemment vicieux, nous devons éviter d'admettre que bus les actes des animaux soient instinctifs, et de déclarer nsuite que, parce qu'ils sont instinctifs, ils diffèrent en nature es actes de l'homme, qui sont rationnels. En réalité, il y a ici un Bostulat, et il ne peut être répondu qu'en examinant en quoi l'intinct diffère essentiellement de la raison. Je me suis efforcé de Maire ceci dans mon précédent ouvrage avec autant de précision MAuc le permet la nature du sujet, et je crois avoir démontré d'abord u'il n'existe pas entre l'instinct et la raison une aussi grande difrence qu'on l’admet généralement — le premier se fusionnant ouvent avec la dernière, et la dernière se transformant souvent n le premier, — et, en second lieu, que tous les animaux supéeurs manifestent à des degrés différents la faculté d'induction. eci est de la raison proprement dite, et, bien qu'il soit vrai que dans aucun cas elle n’atteint chez Les animaux un degré de déve- Joppement autre que rudimentaire, en comparaison avec son prodigieux développement chez l'homme, la question est tout autre quand il s’agit de savoir s’il y a une différence de nature (4).

(1) Naturellement, là où le mot « raison » est pris dans le sens de pensée intro-

speclive, les remarques qui précèdent ne sont point applicables, si ce n'est pour ndiquer l'erreur dans l'emploi du mot.

On peut passer sur la distinction théologique entre l'homme et

l'animal, parce qu'elle repose sur un dogme avec lequella science À

psychologique n'a nas de point de contact légitime.

Que la partie consciente de l’homme diffère ou non de l'élément #

conscient des animaux en étant immortelle, et que l’âme de

l'homme diffère ou non de l’âme d 3 par divers points de À nature, le dogme lui-même maintienurait que la science n'a pas #

voix au chapitre pour affirmer ou pour nier. Car, étant donnée la situation, on ne peut attendre d'informations positives sur ces

matières que par voie de révélations, et c'est pourquoi, si grande À que puisse être la divergence entre le dogme et la science sur

d’autres points, tous deux sont cependant d'accord sur le point

suivant. Si la vie consciente de l’homme diffère ainsi de la vie # consciente des brutes, le christianisme et la science proclament *

également que seul un Évangile a pu mettre en lumière son privilège d’immortalité (1).

Une autre différence entre l’homme et la brute consisterait, pour beaucoup de personnes, en ce que cette dernière ne manifeste point de signes de progrès mental au cours des générations successives. À l'égard de cette prétendue aistinction, je ferai remarquer tout d'abord qu'elle représente un postulat de la

question tout entière de l'évolution mentale chez l'animal, et # qu’elle est, en conséquence, en opposition directe avec le corps M

des faits présentés dans mon ouvrage sur cette matière. Je ferai

remarquer en outre que cette prétendue distinction a mauvaise À grâce à venir des adversaires de l'évolution, étant donné qu'elle- |

même repose sur une connaissance des principes de l’évolution

dans l’histoire de l'homme. Mais, laissant de côté ces consi- &

dérations, j'oppose à cette prétendue distinction la négation absolue des deux énoncés de fait sur lesquels elle repose. Je nie,

(1) Je laisse de côté ici l'opinion de l’évêque Bntler et d’autres qui l'ont suivie, d’après laquelle les animaux peuvent avoir un principe immortel aussi bien que

l'homme ; car si l’on adopte cette opinic:, elle sert à rapprocher et non à séparer la à

psychologie animale de celle de l'homme. L’affirmation d’Aristote et de Buffon d’après laquelle les animaux different de l'homme en ce qu'ils n’ont point de compréhension mentale peut aussi être négligée, car elle me semble avoir été suftisamment réfutée par la remarque suivante de Dureau de la Malle, que je cite ici comme préseutant de l'intérêt historique à l'égard de la théorie de la sélection naturelle : « Si les animaux, dit-il, n'étaient pas susceptibles d'apprendre les moyens de se conserver, les espèces seraient anéanties. »

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‘une part, que le perfectionnement mental d'une génération à ne autre représente une particularité invariable de intelligence umainé, et, d'autre part, je nie que l'on puisse déclarer qu'un el progrès n'existe jamais dans le cas de l'intelligence animale.

Prenant ces deux points séparément, je considère qu'il est ontraire aux faits de dire ou de sous-entendre que tous les auvages existants, lorsqu'ils ne sont point amenés au contact de ‘homme civilisé, subissent un développement intellectuel de bénération en génération. Au contraire, l’une des affirmations es plus générales que nous puissions faire à l'égard de la psychologie de l'homme non civilisé est que cette dernière anifeste à un degré remarquable ce que nous pouvons appeler la force d'inertie à l'égard du perfectionnement. Méme un type ental aussi développé que celui du nègre — qui a pourtant, dans des milliers de cas individuels, subi un contact intime avec les esprits du type le plus progressif, et qui a, dans bien des Bhilliers de cas individuels, joui de tous les avantages de l'édu- “ation libérale, — ce type n’a jamais, autant que je puis m'en Bssurer, exécuté le moindre travail original dans un département quelconque de l’activité intellectuelle.

D'autre part, si nous considérons toute l’histoire de l’homme sur cette planète, telle qu’elle ressort des traces qu'il a laissées, e trait qui, à mon sens, présente le plus de relief, est la lenteur presque incroyable de son perfectionnement intellectuel parmi Mes premiers âges de son existence. Reconnaissant toute la valeur de la considération que « l’âge paléolithique, en tant que degré de culture et non de période chronologique, est un phénomène qui est apparu et a disparu à des dates très différentes dans les diverses parties du monde (1) », et tenant ompte encore du fait que cette même remarque peut s’appliquer peut-être à un moindre degré à l'âge néolithique, pourtant, quand nous nous rappelons quelles énormes périodes de temps ces âges représentent, je crois que c'est un fait des plus remarquables que, duran* les plusieurs milliers d'années occupées par le premier âge, l'esprit humain n'ait pratiquement fait aucun progrès sur ses méthodes primitives de traiter les

(4) John Fiske, Excursions of an Evolulionist, pages 42-43 (1884).

silex, ou que, durant la période occupée par le deuxième âge, cet esprit ait mis autant de temps à arriver, par exemple, à une invention aussi simple que celle de substituer des cornes au silex dans la fabrication des armes. Dans mon prochain volume, & où j'aurai à m'occuper spécialement des preuves de l'évolution | intellectuelle, j'aurai beaucoup d'exemples à donner qui tendent tous à prouver la lenteur extraordinaire de ses progrès pendant | omi ces périodes du temps préhistorique. En fait, c'est seulement | tabli quand le grand progrès eut été réalisé de la substitution des qui © métaux à la pierre et à la corne que l'évolution mentale A la commença à progresser d'une façon quelque peu mesurable, | n'it et pourtant c’est hier pour ainsi dire que ces choses se passaient | onna de la sorte. Pour conclure, si nous considérons l'espèce humaine , ppos en général, — sur toute la surface de la terre à l'époque SR 7 « présente ou dans les annales de l’histoire géologique — nous ne | homi saurions prétendre qu'une tendance au perfectionnement dans 1 me les générations successives représente ici un trait caracté- MSRsenc ristique. Au contraire, le perfectionnement rapide et continu Rnses auquel on fait allusion ne caractérise qu'une petite partie de umai la race humaine durant les quelques dernières heures, pour ainsi ss dire, de son existence D'un autre côté, comme je l’ai dit, il n'est ! etten pas exact que les espèces animales ne présentent jamais de à iduell traces de développement intellectuel d’une génération à l’autre. pificul S'il en était ainsi, comme on l'a déjà fait remarquer, l'évolution e dép mentale n'aurait jamais pu avoir lieu chez les animaux, et premiè les phénomènes mentaux auraient été de la sorte entièrement |! pus: 86 limités à l'homme ; les animaux n'auraient eu besoin de présenter Messem qu'une forme négative de la vie. Mais, laissant de côté cette Me Sa V considération générale, nous réncontrons beaucoup de cas parti- OR J'en culiers de perfectionnement mental dans des générations ani- 1 ne Mi males successives, perfectionnement qui se produit même durant nd les périodes limitées sur lesquelles peut s'étendre l'observation Fhabil de l'homme. tion Dans mon ouvrage précédent, l'on trouvera de nombreux cas Mncore (en particulier dans les chapitres sur la plasticité et l'origine pepe eh mixte des instincts) montrant que c'est chose coutumière pour PH les oiseaux et mammifères de changer leurs habitudes instinc- Fume tives, même les plus profondément héréditaires, pour perfec- practen

xième âge, cet ionner les conditions de leur existence à l'égard de quelque

xemple, à une 1 odification qui s’est produite dans leur environnement. Et des cornes au l'on disait qu'en pareil cas « l'animal ne s'élève cependant pas | ochain volume, & u-dessus du niveau moyen de l'oiseau ou du mammifère », la F s de l'évolution éponse serait naturellement : c'est que ni un Shakespeare, niun | ner qui tendent | Newton ne s'élèvent au-dessus du niveau de l'humanité. En ‘4 rogrès pendant | omme done, je ne puis voir qu'il y ait de distinction valide à | ‘est seulement teblir entre la psychologie de l'homme et celle de la bête en ce ubstitution des jui concerne le perfectionnement de génération en génération. lution mentale À la vérité, je considérerais comme presque plus philosophique, eu mesurable, n'importe quel adversaire de la théorie évolutioniste qui aurait es se passaient 1 onnaissance des faits relatifs à la question, d'adopter la position spèce humaine L pposée et de déclarer que, pour le bien de cette théorie, il rre à l'époque R'y a pas une distinction suffisante entre la psychologie de que — nous ne homme et celle de la bête; car, si nous nous rappelons les onnement dans & menses progrès que, d'après la théorie de l’évolution, l'inteltrait caracté- isence de l'homme paléolithique a dû réaliser sur celles des pide et continu Anges supérieurs, et quand nous considérons que toutes les races "

umaines existantes jouissent de l'immense avantage de la posbssion de quelque forme de langage, grâce à laquelle ils transettent à leur progéniture les résultats de leur expérienee indiiduelle; quand nous considérons ces faits, dis-je, la véritable Bifficulté me semble être d'expliquer pourquoi, avec un tel point e départ et de tels avantages, l'espèce humaine, lors de sa remière apparition dans les temps géologiques, aussi bien que ous son aspect présent dans la grande majorité de ses races, essemble tant aux espèces animales par la stagnation prolongée de côté cette | e sa vie intellectuelle.

up de cas parti- 1 J'en viens main ieUAnt à l'étude des vues de M. Wallace etde inérations ani- UR Mivart sur la différence entre les qualités mentales de tméme durant omme et celles de la brute. L'un et l’autre écrivains sont » l'observation | habiles naturalistes et tous deux acceptent la théorie de l’évo-

: tion en ce qui concerne le monde animal; ils s'accordent ncore pour déclarer que les principes évolutionistes ne peurent être considérés comme s'appliquant à l'homme. Mais, chose urieuse en ce qui concerne la psychologie, ils font reposer leurs rgumentsen faveur de la conclusion commune sur des prémisses xactement opposées. Tandis que M. Mivart prétend que l'intel-

etite partie de ures, pour ainsi l'ai dit, il n'est tent jamais de ! ation à l’autre.

uer, l'évolution s animaux, et te entièrement & in de présenter |

nombreux cas té et l'origine itumière pour tudes instinc- , pour perfec-

ligence humaine ne peut être de même sorte que l'intelligence animale, parce que l'esprit du sauvage le plus inférieur est incomparablement supérieur à celui du singe le plus élevé, M. Wallace arrive à la même conclusion par un raisonnement tout différent, d'après lequel l'intelligence des sauvages diffère si peu de celle des singes supérieurs que le fait du volume céré-

bral proportionnellement plus élevé des premiers doit être con-

sidéré comme correspondant aux besoins futurs d'une vie civilisée. « Un cerveau légèrement plus volumineux que celui du

gorille aurait, dit-il, d'après les faits à nous connus, amplement |

suffi au développement mental restreint d’un sauvage. Il nous

faut conclure en conséquence que le cerveau plus volumineux |

qu'il possède n'aurait jamais pu se développer exclusivement en vertu de l’une quelconque des lois de l’évolution (1). »

J'ai présenté ces deux opinions l'une à côté de l’autre parce que je regarde comme une circonstance intéressante, sinon sug- |

(1) Natural Selection, page 343, On verra plus tard comme résultat général « nos recherches dans la pysuologlé du sauvage, que, de ces deux opinions opposées, |

c'est celle de M, Mivart qui reçoit des faits l'appui le plus considérable, Il me sera ‘

permis toutefois d’invoquer ici une ou deux considérations d’une nature plus parti culière qui se rapportent à ce point, Voici d'abord comment le professeur Huxie: résume la question au sujet de la sfructurc cérébrale : « La différence dans |

poids du cerveau entre l’homme le plus éleve et le plus dégradé est beaucoup plus M

grande relativement et absolument que la différence existant entre l’homme le plus |

dégradé et le singe le plus élevé. Pour ce dernier, comme on l'a vu, le chiffre est de &

12 onces, par exemple, de matière cérébrale en chiffres absolus, ou de 32 : 20 en chitfres relatifs ; mais comme le cerveau humain le plus pesant avait de 65 à 66 onces. la différence, dans le premier cas, est représentée par plus de 33 onces en chiffres

absolus, ou par 65 : 32, valeur relative, Au point de vue systématique, les différences cérébrales de l’homme et du singe ne sont que génériques, la diffé- à

rence famiiiale reposant principalement sur sa dentition, son bassin et ses mem- D

bres inférieurs, » (Man's Place in Nature, p. 103.)

En second lieu, au sujet de la fonction cérébrale, M, Chauncey Wright dit avec Mi raison : « L'analyse psychologique de la faculté du langage montre que l’excel- # lence même la plus légère, dans celle-ci, pouvait exiger plus de vigueur cérébrale M

que l'excellence la plus prononcée en toute autre direction. » (North American Review, octobre 1870, p. 295.) Après avoir fait ces citations, M, Darwin dit au sujet du sauvage : «Il a inventé et sait utiliser différentes armes, des engins, des pièges, qu'il emploie ponr se défendre, pour tuer ou attraper sa proie et, d'une

façon générale, se procurer sa nourriture, Il a construit des radeaux ou des bateaux h

pour pêcher, ou pour se rendre dans les îles fertiles voisines, IL a découvert l’art de k

faire du feu... Ges différentes inventions grârte auxquelles l'homme même à l'état le plus rudimentaire a acquis une telle prééminence résultent directement du développement de ses facultés d'observation, de mémoire, de curiosité, d'imagination, de raison, Je ne puis donc comprendre comment M. Wallace soutient que « la « sélection naturelle n'aurait pu douer le sauvage que d'un cerveau légèrement « supérieur à celui du singe », (Descendance de l'Homme.)

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règne animal pour des raisons psychologiques, aboutissent néanmoins à leur commune doctrine pour des raisons directement opposées. L'éminent naturaliste français, M. de Quatrefages, est également d'avis que l'homme doit être séparé des animaux en tant qu'être qui, pour des raisons psychologiques, doit être considéré comme ayant eu quelque mode d'origine différent ; maisil diffère des deux évolutionistes anglais en ce que sa distinction a quelque chose de plus précis. Tandis que Mivart et Wallace raisonnent sur l'esprit de l'homme considéré dans son ensemble, Quatrefages ne se base expressément que sur les phénomènes de conscience et de religion ; en d'autres termes, il admet, il déclare même qu'aucune distinction valide ne saurait être établie entre l'homme et la brute au sujet de la raison ou de l'intelligence. Par exemple, pour ne citer qu'un passage de ses écrits, il dit: « L'on m'accusera, au nom de la philosophie et de la psychologie, de confondre certains attributs intellectuels de la raison humaine avec les facultés exclusivement sensitives des animaux. Je m'’efforcerai tout à l'heure de répondre à cette critique en me plaçant au point de vue que ne devrait jamais abandonner le naturaliste, celui de l'expérience et de l'observation. Je me borneraï à dire ici qu'à mon sens, l'animal est intelligent, et, bien que ce soit un être (intellectuellement) rudimentaire, son intelligence est néanmoins de même nature que celle de l’homme. » Plus loin, il dit : « Les psychologues attribuent la religion et la moralité à la raison, et font de cette dernière un attribut de l'homme (qu'ils refusent aux animaux). Mais avec la raison ils réunissent les phénomènes les plus élevés de l'intelligence. À mon avis, en agissant ainsi, ils confondent des faits entièrement différents et leur donnent une commune origine. De la sorte, ne pouvant reconnaître de la moralité ou de la religion aux animaux, qui en réalité ne possèdent pas ces deux facultés, ils sont obligés de leur refuser aussi l'intelligence, bien que, selon moi, ces mêmes animaux donnent à chaque moment la preuve décisive qu'ils possèdent cette faculté (4). »

(1) L'Espèce humaine.

RomaAnes. Évol, ment.

Au sujet de ces opinions, je n’ai que deux remarques à faire. Tout d’abord, elles diffèrent entièrement de celles de M. Wallace etde M. Mivart, et nous voyons maintenant que les trois principales autorités qui persistent à maintenir une distinction de nature entre l’homme et la bête d’après la psychologie, loin de s’accorder, sont en réalité en opposition complète, puisque leur commune conclusion repose sur des prémisses qui s’excluent mutuellement. En second lieu, même si nous acceptions entièrement l'opinion de l’anthropologisie français ou si nous admettions qu'une distinction de nature ne doit être faite qu’au niveau de la religion et de la moralité, il nous faudrait cependant encore admettre — et c'est ici un point qu'il ne semble pas lui-même avoir remarqué — que la supériorité de l'intelligence humaine est une condition nécessaire de ces deux attributs de l'esprit humain ; en d’autres termes que de Quatrefages ait raison ou non, en admettant que la religion etla moralité indiquentune différence de nature dans la seule espèce animale qui les présente, il est du moins certain que ni l’une ni l’autre de ces facultés n’eût pu se présenter dans cette espèce si celle-ci n'avait été également douée d’un ordre d'intelligence considérablement supérieur. En effet, les formes les plus élémentaires elles-mêmes de la religion et de la moralité reposent sur des idées d’une nature beaucoup plus abstraite ou intellectuelle que celles que l’on peut rencontrer chez n'importe quel animal. Il est donc évident que la première distinction qui mérite d'être considérée est la différence intellectuelle. Si l'analyse nous montre que l’école représentée par de Quatrefages a raison de considérer cette différence comme étant une différence de degré, et qu'en conséquence l'école représentée par Mivart se trompe en la considérant comme une différence de nature, nous aurons alors à considérer au même point de vue ces facultés spéciales de moralité et de religion; telle est donc la méthode que je compte suivre. La totalité du présent volume sera consacrée à l'étude de l'origine des facultés humaines, au sens étendu de l’expression, et conformément à l'opinion que les facultés humaines distinctives commencent avec l'idéation humaine caractéristique. Quand nous aurons discuté à fond ce sujet, nous aurons préparé le terrain pour l'étude, dans des volumes ulté-

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arques à faire.

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(1) Différentes autres distinctions d'ordre psychologique plus spéciales encore ont été invoquées par différents écrivains comme se présentant entre l’homme et les animaux inférieurs ; le premier seul sachant faire du feu, faire usage de monnaie, se vètir, se servir d'outils, etc. Mais toutes ces différences ne sont que des cas particuliers ou des exemples détaillés de l'ordre d’idéation plusintelligent qui appartient à l'homme ; il est donc inutile de s’attarder à la discuter, il me sera permis de faire remarquer que dans le présent ouvrage je n'ai point à m'occuper de l'objection populaire faite au dar winisme et qui repose sur l’absence des traits d'union, sur l'absence de restes fossiles intermédiaires à ceux de l’homme et à ceux des singes anthropoïdes. Ce sujet appartient à la paléontologie, et n’a point à ètre considéré ici, Il me sera néanmoins permis de faire remarquer brièvement que cette prétendue difficulté n’a point grande importance, bien qu’à tous il semble presque aller de soi que s’il a jamais existé une longue série de générations de structure intermédiaire à celle de l'homme et des singes supérieurs, quelques-uns au moins de leurs ossements auraient dù ètre découverts. Le géologue ne sait que trop combien il faut peu se reposer sur un témoignage aussi purement négatif, du moment où il s’agit des annales géologiques. A l'heure présente, on peut citer des exemples innombrables de la découverte récente de traits d'union entre des groupes animaux qui sont zoologiquement beaucoup plus éloignés les uns des autres que ne l’est l’homme du singe ; à la vérité, cette objection populaire parait si faible aux géologues qu'ils r .a regardent mème pas comme une objection; d'autre part, l’étroite ressemblance anatomique qui existe entre l’homme et les singes supérieurs — la coïncidence existant entre chaque os, chaque muscle, chaque nert, chaque vaisseau de ces deux organismes si profondément complexes — plaide tellement en faveur d'une ascendance continue et ininterrompue que, ainsi qu’on l’a déjà dit, nul de ceux qui ont quelque titre à parler sur la matière ne s’est hasardé à contester cette continuité au moins en ce qui touche la structure corporelle. Les quelques naturalistes qui refusent encore leur assentiment à la théorie de l’évolution à l'égard de l'homme s'appuient tous expressément sur les raisons psychologiques que le présent ouvrage a pour but d'étudier.

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