‹ L'évolution mentale chez l'homme [microforme]Chapitre 22 sur 67 · RAP · texte numérisé non relu

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En somme donc, bien que j'estime inutile de faire des hypothèses sur ce que le langage gesticulé eût pu devenir en l'absence de la parole, il me paraît très douteux qu'il eût pu jamais se perfectionner beaucoup, et il est vraisemblable qu'en l’absence de l'articulation l'espèce humaine ne l’eût guère emporté au point de vue psychologique sur les singes anthropoïdes. Il nous faut, en effet, ne jamais oublier le fait important que la pensée est aussi bien l'effet que la cause du langage, qu'il s'agisse de la parole ou des gestes; et étant donné combien le geste est inférieur à la parole en tant que langage, surtout en ce qui concerne la précision et l’abstraction, il ne me paraît pas probable qu'en l'absence de la parole, le geste eût suffi à fournir les conditions exactes et délicates qui sont essentielles au développement de toute idéation perfectionnée.

Le second point que je désire considérer est le suivant. Bien que le langage par gestes ne représente pas, à mon avis, un moyen aussi efficace que la parole de développer l'idéation abstraite, il a dû rendre beaucoup de services en aidant au développement de cette dernière, et il a dû de la sorte être fort utile dans l'établissement des fondations de tout l'organisme mental qui a été élevé par la faculté du langage.

Que nous considérions les jeunes enfants, les sauvages ou, mais à un moindre degré, les idiots, nous voyons que le geste joue un rôle important en aidant à la parole; et partout où le vocabulaire est pauvre ou imparfait, on ne manqu? point d'employer le geste en tant que supplément naturel de la parole. L'est pourquoi, à supposer que la parole a eu une genèse naturelle, il est, à mon sens, parfaitement certain que son origine et

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son développement ont été considérablement facilités par le geste. Je citerai plus loin les preuves directes de ce fait. Pour le moment, je désire appeler l'attention sur un autre point, et montrer que si le geste précède psychologiquement la parole, quand une fois des sons articulés ont été inventés pour exprimer les idées, la faculté d'employer ces sons articulés en tant que signes des idées correspondantes n'implique pas la présence d'un développement psychologique plus considérable que ne le fait la faculté d'employer les intonations et les gestes pour communiquer des idées similaires.

Comme nous l'avons déjà vu, les seuils animaux qui puissent articuler sont capables d'employer des noms, adjectifs et verbes, comme expressions d'idées concrètes, tandis que les animaux qui ne peuvent articuler emploient des intonations, et sont, en bien des cas, en état de comprendre les mots. C'est donc un fait d'observation que le niveau psychologique nécessaire pour l'emploi d’intonations, en tant que gestes vocaux, pour la compréhension des mots exprimant des idées simples, et mème pour l'énonciation de mots avec une appréciation correcte de leur signification, n’est point supérieur à celui qui se rencontre chez quelques animaux existants.

Si nous passons des animaux à l'homme, le même fait nous apparaît. Dans l'échelle descendante de l’intellect humain, cher

les idiots par exemple, nous voyons que si l'emploi de simples

gestes en tant que signes se rencontre chez les idiots trop bas placés pour émettre des mots articulés, néanmoins l'intervalle entre ceux-ci et ceux qui sont capables d'émettre les mots les plus simples n’est point considérable, et, si nous suivons l'échelle ascendante telle qu’elle se présente chez l'enfant en voie de développement, la même remarque s'impose, bien que, en raison du temps plus considérable exigé par certains enfants pour arriver à développer la mécanique de l'articulation, il pût arriver qu'à ne tenir compte que de leur cas, nous nous fissions une idée exagérée de l'intervalle psychologique qui sépare le geste de la parole (1).

(1) On se rappellera que, dans un chapitre précédent, j'ai insisté sur l'impossi-

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Toutes les preuves dont nous disposons tendent donc à établir que si le langage des intonations et des gestes est caractéristique, sous sa forme la moins perfectionnée, d'une phase relativement inférieure d'évolution mentale, il cesse d'en être ainsi pour les autres formes, car aussitôt que le langage des gestes devient le moins du monde conventionnel, aussitôt le niveau psychologique est suffisamment élevé pour permettre l'emploi de sons articulés, de gestes vocaux, ou de mots exprimant des idées concrètes, en supposant toujours que celles-ci sont déjà fournies par le milieu psychologique. C'est de conditions purement anatomiques qu'il dépend que des sons articulés s’'effectuent ou ne s'effectuent point à ce moment.

Et ici, nous pouvons rappeler le fait déjà mentionné plus haut, que bien qu'aucun quadrumane existant ne se soit montré capable d’articuler, nous pouvons être assurés que ce fait dépend de conditions anatomiques et non point psychologiques; non seulement les singes supérieurs sont beaucoup plus intelligents que les oiseaux parleurs, mais beaucoup mieux que ces derniers, ils imitent les gestes humains, et pour ces deux raisons ce sont les animaux qui, plus que tous autres, seraient psychologiquement capables d'apprendre des hommes l'emploi des mots, si quelque accident anatomique ne les empéchait de les prononcer. A cet égard, il faut se rappeler la remarque du professeur Huxley, d'après laquelle une petite différence imperceptible dans l'innervation, ou quelque autre caratère anatomique des parties dont il s'agit, pourrait déterminer ou enrayer l'aptitude à émettre des sons articulés.

Considérant le point vers lequel se dirige mon argumentation, ce me paraît être ici le lieu où il convient d'écarter une critique qui se fera probablement entendre.

On peut dire en effet, à l'encontre de mes vues, que si toute la discussion précédente est acceptée comme préparant les voies à la conclusion d'après laquelle l'intelligence humaine a évolué lenaut de l'influence inverse du geste sur la parole, je vois qu'il n'est pas plus aisé d'arriver à une appréciation exacte; cependant, il paraît certain que l'influence réciproque a dù être considérable dans les deux sens, et qu'elle a dù être exercée d'abord par le geste sur la parole, puis, quand cette dernière a été bien développée,

eu lant que système de signes auditifs, par la parole sur le geste : mais j'aurai à reparler de ceci dans un chapitre ultérieur.

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hors de l'intelligence humaine, la discussion elle-même en prouve trop; en effet, si les animaux possèdent à un tel degré le rudiment de la faculté de faire des signes, pourquoi, pourrait-on de. mander, ce rudiment ne s'est-il développé que chez nos ancêtres?

Pour répondre à cette question, ilme faut d'abord rappeler aux lecteurs que dans le cours du présent chapitre, je me suis efforcé d'établir les faits suivants : premièrement, qu’en l'absence de l'articulation ou de la faculté de former des signes verbaux, le langage n’a guère pu faire de progrès dans le règne animal: deuxièmement, étant donné que les mots sont essentiellement moins idéographiques, et aussi plus précis que les gestes, et par cela même plus propres à exprimer et à construire des idées abstraites, il ne me paraît guère probable qu’en l'absence de l'arti culation, l'espèce humaine eût pu faire de grands progrès ps: chologiques sur les singes anthropoïdes. En troisième lieu, sile langage des gestes est moins efficace que le langage articulé, en tant que moyen de développement de l'idéation abstraite, il à cependant dû rendre de grands services en facilitant le développement de ce dernier, de telle sorte que là où l'articulation exis

tait, les deux procédés auraient coopéré pour développer là pensée abstraite ; en présence de l'articulation, le geste lui-même JR

acquerrait une influence supplémentaire à cet égard.

De ces données découle cette conséquence importante que l'esprit humain n'a pu prendre son origine que dans quelques espèces de singes possédant les conditions anatomiques voulues; en d'autres termes, les considérations qui précèdent servent à montrer la futilité de l'argument d’après lequel si l'esprit humain s'est développé en raison de la faculté de faire des signés comme nous en avons un exemple dans le langage, nous aurions été en droit de nous attendre à ce que du même point de dé: part (le singe anthropoïde) quelque esprit comparable et bien développé eût pu évoluer en vertu de la faculté de faire des signes, telle qu'elle est représentée dans la gesticulation. Je mat tiens que nous pouvons trouver de très bonnes raisons pour ler quelles (même en supposant les autres conditions parallèles) lt branche des Primates qui présente la faculté — ou la virtualil — de l'articulation, pourrait s'être élevée dans l'échelle psycholo gique, pendant que toutes les branches voisines, étant limitées

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A ceci, on peut répondre que les oiseaux parleurs pourraient tre considérés comme les rivaux possibles ou même probables des mammifères doués de l'articulation, en ce qui concerne l'inelligence virtuelle ; et il suit que d'après les vues que je défends, ‘on aurait pu s'attendre à trouver existant maintenant sur terre quelque race d'êtres analogues aux oiseaux, prête à disputer à is le règne animal; B'homme sa suprématie.

ont essentiellement Mais ce serait ici une critique des plus superficielles. Le moins ue les gestes, et par expert des naturalistes sait que s’il existe queique vérité dans la truire des idées abs Rthéorie générale de la descendance, nous sommes partout oblil'absence de l'arti gés de voir que les conditions qui déterminent le développement rands progrès psy- d'une espèce dans une direction quelconque, sont toujours de troisième lieu, si le caractère complexe. Pourquoi une espèce demeurerait-elle conslangage articulé, en tante à travers des périodes géologiques impossibles à mesurer, ation abstraite, il a BMüandis que d'autres présentent une histoire abondante et variée facilitant le dévelop: sous forme de modifications progressives ? Voilà ce que nous ne à l'articulation exis Npouvons savoir : nous pouvons seulement dire d'une facon géntpour développer la Rrale que les conditions qui déterminent le perfectionnement oule n, le geste lui-même ÉSmaintien du séafu quo sont trop nombreuses et complexes pour et égard. qu'il nous soit possible de les débrouiller. S'il en estainsi, même ice importante que Epour l'organisation de types alliés — où il peut ne rien y avoir que dans quelques Bpour indiquer la différence des conditions qui a conduit à la atomiques voulues; Mdilérence des résultats — il doit à plus forte raison en être de récèdent servent à Rnême pour des animaux aussi différents que le perroquet et le quel si l'esprit hu- Rsinge. Il faudrait de la hardiesse, à mon avis, pour affirmer que de faire des signes Mnème si l'orang-outang avait été capable d'articuler, ce singe hgage, nous aurions Ms ait nécessairement ou probablement devenu l'ancêtre d'une méme point de dé Mautre race humaine.

omparable et bien Il est donc absurde de soutenir que si la race humaine est née 'aculté de faire des d'autres espèces de créatures semblables à l'homme, et est sticulation. Je main devenue humaine en vertu de la faculté d'articuler, plus toutes es raisons pour les l88 autres conditions externes et internes, les oiseaux parleurs itions parallèles) le auraient dù donner naissance à quelque progéniture similaire ou la virtualité Simplement parce qu'ils se trouvent satisfaire à l'une de ces s l'échelle psycholo- conditions.

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