‹ L'évolution mentale chez l'homme [microforme]Chapitre 26 sur 67 · APE · texte numérisé non relu

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position complète ou formelle, qu'en réalité ce trait est le moins essentiel, le moins important. L'existence, en effet, est la café. gorie à laquelle toute chose doit appartenir pour qu'il puisse être porté un jugement à son égard, et, par suite, juger simpkment que À esé et que B est, c'est former le plus stérile oule moins significatif des jugements qui puissent être formulés à l'égard de A ou de B; et quand nous assemblons ces deux juger. ments ou concepts dans la proposition À est B, le nouveau juge. ment que nous formulons n’a rien à faire avec l'existence de ou de B;il n’a même rien du tout à faire avec l'existence elle-même. L'existence de A et de B a été déjà présupposée dans les deux concepts, et, quand les deux objets existants sont mis en apposition, il ne peut être considéré que ce fait crée une troisième existence. La copule consiste donc réellement non en mn symbole d'existence, mais en un symbole de relation, et «ll aurait pu iout aussi bien être remplacée par n'importe quel autre signe (comme =) ou même être entièrement laissée de eût. « Comme nous nous servons du verbe être, les Latins emploie le verbe esse, etles Grecs leur cinaï dans toutes ses déclinaisons. Les autres nations ont-elles dans leurs différents langages un mot qui lui corr-5ponde ou non? Je ne sais ; mais je sais bien qu'elles n’en ont pas besoin, car le fait de placer deux noms à lt suite [c'est-à-dire en apposition,, peut servir à signifier leur séquence, si l'on en décide ainsi, tout aussi bien que les mob est, être et tous ceux de ce genre; et, s'ilexistait un langage dans iequei il ne se trouverait point de verbe correspondant à él, les hoines qui l'emploicraient ne seraient en aucune facol moins aptes à induire, à conciure et à exécuter toutes sortes de ‘aisonnements que ne l'ont été les Grecs et les Latins. » Cell sagace analyse de Hobbes à été, à juste titre, considérée par

Mill comme étant « la seule analyse d'une proposition qui sol à

rixoureusement vraie de toutes les propositions sans exce} tion », et Max Müller dit à cet égard : « Hobbes, bien quel tièrement ignorant des antécédents historiques du langage,

particulier, il faut au moins que nous ayons l'idée de son existence en lant qi possibilité, L'emploi du mot comporte l'idée impliquée de cette possibilité, el pi suite l'idée de l'existence — actuelle ou virtuelle — comme étant déjà présente dan l'esprit de celui qui parle,

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!) Pour € Mill de cett lire avec la topule, En James Mill, Sexprime à re de la ec est parmi les fait de ces sp chose de pl Dans la proy que la quali d'est-a-dire | le mot est, lions, mais Ï hème const sur la phil combien la les progrès «

est d'accord avec nous de la facon la plus remarquable (1). »

En somme donc, et sans nous attarder plus longtemps, on peut conclure — que nous considérions les manifestations les plus simples ou les plus complexes — que c’est la faculté de conœption, et non la faculté de jugement — la dénomination, non la prédication — qui doit être considérée comme le « plus simple élément de pensée ». Naturellement, si l'an disait que ces deux facultés sont de même nature — que pour concevoir il nous faut juger, et que pour nommer il nous faut affirmer, — je n'aurais point d'objections à faire. Tout ce qui m'importe en ce moment-ci est de montrer clairement que la différence entre l'homme et l'animal, à l'égard du Logos, doit être établie au point mème où elle commence à 5e faire; el ce point, c'est là où le jugement joue un rôle dans la conception, ou dans le fait de donner des noms au sens dénominatif. La juxtaposition ultérieure de noms en propositions n'est qu'une autre manifestation de la même faculté. Il est aussi vrai du jugement dénominatif que du jugement prédicatif que «ce n'est pas en soi une imagination modifiée, parce que les imaginations qui lui peuvent donner naissance persistent sans modifications dans l'esprit à côté de lui. Car, ainsi que nous l'avons vu, l'acte de dénommer distingué de l'acte de dénoter) est en et par lui-même un acte de prédication. Quand un naturaliste donne un nom à une nouvelle espèce de plante ou d'animal, il a jugé d'une ressemblance,

HOMME

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! Pour éviter tout malentendu, je puis faire remarquer que la critique faite par Mill de cette analyse de la proposition par Hobbes (Logic, 1, p. 100) n'a rien à faire avee la question qui seule m'occupe en ce moment, savoir la fonetion de la topule, En fait, à ce sujet, je suis entièrement d'accord avec les deux Mill, Pour James Mill, voir Analysis of the Human Mind, 1, 126 et suiv., et John Stuart Mill Sexprime ainsi qu'il suit: « IL importe que notre conception de la nature et du nle de la copule soit parfaitement nette, car le vague des notions à son égard est parmi les causes qui ont répandu le mysticisme dans le champ de la Logique, et fait de ces spéculations des logomaelies. On peut supposer que Li copule est quelque chose de plus qu'un simple signe d'observation, et qu'elle signifie aussi l'existence, Dans la proposition « Socrate est juste», il peut sembler ètre impliqué non seulement Que la qualité de juste peut ètre affirmée de Socrate, mais encore que Socrate est, desta-dire existe, Ceci toutefois prouve seulement qu'il y a de l'ambiguïté dans le mot esf, mot qui non seulement remplit la fonction de copule dans les aflirma- In, mais possède aussi une signification propre en vertu de laquelle il peut luimème constituer le prédicat d'une proposition,» (Logic, 1, p. 86.) Dans mes chapitres sur la philologie, j'aurai à revenir à l'analyse des prédicats, et alors on verra tombien la manière de voir ci-dessus énoncée a été complètement corroborée par les progrès des recherches linguistiques.

n existence en lant qi cette possibilite, el pe tant déjà présente dan

et opéré la prédication d'un fait ; il affirme quela forme jusque-là bre él non nommée appartient à un certain genre ou espèce. El iles main de même pour tous les autres noms conférés conceptuellement, &, à fair parce que partout ces noms sont l'expression d'une classification conceptuelle, de l'assemblage des choses similaires, et de Ja dessu séparation des choses dissemblabies. Bref, tous les noms pré. Be. h pr sentant une signification conceptuelle sont, en eux-mêmes, des By du propositions condensées, ou des «prédications matérielles », et Bies-ma ce n'est qu'en tant que tels qu'ils peuvent ensuite devenir des Bonve 6 termes, c'est-à-dire constituer les éléments essentiels de quelque proposition plus étendue ou «prédication formelle ». C'est Eouve d donc dans la faculté de nommer que se manifeste — et, d'après Bume pl la doctrine Nominaliste, que se présente pour la premiire fois, la grande distinction caractéristique de l'esprit humain qu'ont en vue M. Mivart et ceux qui pensent comme lui; et, à moins que nous n'adoptions la doctrine Réaliste — ce qui n'est point ÉSement d vraisemblable de la part de ces psychologues modernes à qui ÉSuil suff j'ai affaire, — il est évident que «le plus simple élément de pensée » est un concept. es anim Si je ne m'excuse point d'avoir tant consacré d'espace à un Rx perte point aussi évident, c'est seulement parce que je crois que qui- RS grandi conque lira ces pages partagera mon désir d'éviter l'ambiguité, et de placer ainsi la question devant nous dans sa nudité réelle. Jusqu'ici, on le remarquera, cette question n’a pas été touché. Je ne nie point l'existence d'une grande et extraurdinaire diffé. ESSistinetio rence, et je ne pense pas que M. Mivart ou qui que ce soit d'autre Etnoncer élèvera une objection contre ce déblaiement préliminaire néces ESence ent sité seulement par le fait que mes adversaires sont assez négl- Sestion : gents pour présenter la Proposition comme étant la manifestition la plus simple du Logos. Mais le moment est venu maintenal où il nous faut discuter cette distinction d'une facon sérieuse. nies, et En quoi consiste réellement cette distinction ? Elle consiste — ESSonc cell: et tous mes adversaires me l'accorderont, je pense — dans le ESésrelatic pouvoir que possède l'être humain d'objectiver Les idées. oùde St reconn placer un état d'esprit en parallèle avec un autre état, et de cou Site Le ro templer la relation qui existe entre eux. Le pouvoir de « perse SSiableme l'existence » ou, comme je préférerai l'énoncer, le pouvoir & etions penser est le pouvoir qui est fourni par la réflexion introspee Eule; Lie:

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éflexion introspte

LA PAROLE 175 jive éclairée par la conscience ile soi. C'est parce que l'esprit humain est apte, pour ainsi dire, à se mettre hors de lui-même, it à faire de la sorte de ses propres idées, le sujet de sa propre bensée, qu'il devient capable de jugement au sens technique -dessus expliqué, dans l'acte de la conception ou dans celui je la prédication. Voilà pourquoi ces idées peuvent «exister à té du Jugement, non ex lui. » Voilà comment elles peuvent lles-mômes devenir des objets de pensée. Nous n'avons aucune reuve établissant qu'un animal quelconque soit capable d'obectiver ainsi ses propres idées, nous n'avons donc aucune euve démontrant que l'animal est capable de jugement. l'irai méme plus loin, et je dirai que nous avons les meilleures preuves ui puissent être tirées de sources nécessairement éjectives pour rouver que nul animal n'a la possibilité d'atteindre à ces perfecons de la vie subjective. Ges preuves se révèleront graduelement d'elles-mêmes, à mesure que nous avancerons, de sorte ju'ilsuffit, pour le moment, de dire d'une façon générale qu'elles onslituent la preuve la plus convaincante de l'absence chez ks animaux des conditions nécessaires pour la production de es perfections telles qu'elles existent chez eux. Il suit de là que à grande différence entre l'animal et l'homme réside réellement lans les facultés de conception et de prédication, et dans les onditions de production de celles-ci. Nous verrons plus tard en juoi consistent ces conditions. En attendant, et pour que cette listinction des plus importantes soit parfaitement nette, je veux énoncer à nouveau dans d'autres termes. Quelle est la difféence entre un récept et un concept? Je ne puis répondre à cette uestion avec plus de clarté ou de concision qu'en employant les ermes, déjà cités, de l'écrivain dela DublinRevierw : «La différence st toute entière celle qui existe entre le fait de voir deux choses lies, et le fait de les voir en tant qu'unies. » La différence est oùc celle qui existe entre percevoir des relations, et percevoir relations en tant que relations ; où, entre connaître une vérité, Reconnaître cette vérité comme vraie. L'oiseau plongeur, qui Wie le rocher, et sans crainte plonge dans la mer, témoigne indu- Diablement d'une connaissance réceptuelle de certaines choses, Béutions et vérités, mais il n'en connaît aucune en tant que lle; bien qu'il les connaisse, il ne sait pas qu'il les connait ; si

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bien qu'il les connaisse, il ne les pense pas; il ne considère pa les choses, relations, et vérités qu'il percoit comme étant elles. mêmes des objets de perception. Au-dessus de cette connaissance purement réceptuelle, l'homme présente une con: naissance conceptuelle, c'est-à-dire qu'il peut faire toutes ces choses que l'oiseau ne peut : en d’autres termes, il peut mett son esprit devant tous les récepts qu'il possède en commun ave l'oiseau, pour y réfléchir en tant que récepts, et par ce simph fait, par l'acte seul de ce faire, les convertir en concepts. Le concepts diffèrent donc des récepts en ce qu'ils sont des réceph qui sont eux-mêmes devenus des objets de connaissance, # la condition nécessaire pour qu'ils revêtent cet important carartère est la présence de la conscience de soi dans l'esprit de cehi qui percoit (1).

Je viens d'exposer la différence aussi clairement que je l'ai pu, par deux fois ; mais pour qu’elle soit le plus claire possible, je veur la rapporter pour une troisième fois comme l’a exposée M. Mivar, à qui j'ai emprunté, dans le paragraphe qui précède, quelques expressions que je n’ai point besoin de répéter maintenant Il commence par l'énoncé qu'a fait Buffon de cette différence, et s'exprime de la façon suivante : « Loin de refuser des sentiments aux animaux, je leur accorde tout, excepté la pensée etla réflexion ;… ils ont des sensations, mais n'ont point la faculté de les comparer entre elles: ils n'ont point la faculté qui produit ls idées », c'est-à-dire les produits de la réflexion. Puis, après avoir fait allusion aux idées de Buffon sur la différence entre mémoire automatique et la mémoire intellectuelle (différence que j'ai indiquée dans le diagramme qui accompagne mon dernirr ouvrage, en appelant la première, mémoire, et la seconde, rè souvenir), M. Mivart ajoute : « La différence est très facile à saisir Nous avons la mémoire automatique telle que la possèdent ls animaux, cela est évident. Mais la présence de la mémoire int: lectuelle peut être manifestée par le fait que nous fouillons noût esprit, pour ainsi dire, pour y trouver quelque chose que not nous sommes pleinement rappelés autrefois, et que, par const

(1) Naturellement les concepts peuvent être quelque chose de plus que de simplé récepts connus comme tels; ce peuvent être la connaissance d'autres concepts, mi je n'ai point à m'occuper ici de cette phase plus avancée de l’idéation conceptuell:

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quent, nous nous rappelous avoir connu, bien que nous ne puissions pas à ce moment le faire revenir devant notre imagination. Comme pour la mémoire, nous pouvons, pour nos autres facultés mentales, je crois, distinguer en chacune un degré pius élevé, et un degré plus bas : nos actes psychiques plus élevés, conscients et réfléchis — les actes de la faculté intellectuelle — et ceux de notre faculté purement sensitive. Je considère cette distinction comme étant l'une des plus fondamentales de la biologie, et comme devant être pleinement comprise pour pouvoir se livrer à une étude heureuse de la psychologie animale (1). »

Si c'était nécessaire, je pourrais tirer de son ouvrage Lessons from Nature nombre d'autres passages exprimant la même différence en d'autres termes; mais je crois avoir déjà suftisamment, si ce n'est trop, insisté sur celle-ci; non seulement parce que c’est la différence sur laquelle M. Mivart fait reposer toute son argumentation pour la séparation de l'homme d'avec le restant du règne animal, comme étant un être unique dans son genre, mais encore plus parce que, comme il l'indique avec soin, c'est la seule différence réelle qui ait été jusqu'ici toujours établie par les philosophes depuis Aristote. Et comme je l'ai déjà dit, c'est une différence que je reconnais moi-même pleinement, et que je crois être l'une des plus importantes de toute la psychologie. La seule divergence donc qui existe entre mes opinions et celles, je ne dirai pas de M. Mivart, mais de tout autre adversaire possible qui comprend la psychologie de la matière, porte sur la question de savoir si, étant données les lumières qu'a projetées sur la psychologie la théorie de l'évolution, cette importante différence doit être considérée comme étant de degré ou de nature. Je veux donner maintenant les raisons qui me font m'écarter sur ce point de M. Mivart, et de toute l’école, encore étendue, dont il est, à mon avis, de beaucoup le représentant le plus autorisé.

Nous avons vu que la différence dont il s’agit consiste en la présence ou absence de la faculté de la pensée réfléchie, faculté que nous avons pleinement expliquée; nous avons encore vu

(1) Nature, 21 août 1879.

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