‹ L'évolution mentale chez l'homme [microforme]Chapitre 29 sur 67 · ES PEER SP TE · texte numérisé non relu

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occupé par la vie réceptuelle supérieure de l'enfant, avant que

celle-ci ne se transforme en la vie conceptuelle de l'uomme,

car je prouverai plus loin, et d’une façon incontestable, que cette zone existe réellement. Il existe donc, et c'est un fait certain, un domaine d'idéation qui sépare les récepts les plus élevés de l'animal, des concepts inférieurs de l'être humain, et je n'ai, en employant le mot préconception, d'autre dessein que de donner un nom à ce territoire intermédiaire.

Si tei est Le cas à l'égard de l'acte de nommer, il doit évidemment en être de même à l'égard de l'acte de juger. S’il existe une phase de pré-conception, il doit exister aussi une phase de préjugement. Car nous avons vu qu'il est de l'essence du jugement de porter sur des concepts ; si l'esprit ne s'occupe que de récepts, on ne peut dire qu'un seul acte de jugement véritable ait él exécuté. Quand l'enfant dit baouaou à l'image du chien, nul ne peut prétendre qu’il juge réellement de la ressemblance avec le chien, à moins que l'on ne suppose que pour cet acte de classification réceptuelle, il soit besoin de facultés de pensée conceptuelle, distinctivement humaines. Mais comme je viens de le montrer, aucun de mes adversaires ne peut se permettre d'adopter cette supposition, parce que derrière le cas de l'enfant, ilyà celui du perroquet. Il est vrai que le perroquet, dans sa classilcation réceptuelle, ne peut faire plus que d'étendre le nom d'un chien particulier à d’autres chiens vivants, mais si quelqu'un avait l'imprudence de faire reposer son argument sur un distinction aussi ténue, pour prétendre que là où la connotation de l'enfant commence à l'emporter sur celle du perroquet, not avons la preuve d'une différence psychologique de nature, #! cela uniquement parce que l'enfant a commencé à dépasser lt perroquet, il me suffirait de faire remarquer qu'il n'est poil donné à tout perroquet d'étendre insi son signe dénotatif dun chien à un autre chien très dissemblable. Les différents oiseaut manifestent différents degrés d'intelligence à cet égard; pour h plupart, ils diront baouaou, ils aboieront où manifesteronl quelque autre signe dénotatif qu'ils pourront avoir appris 0 inventé quand ils voient des chiens ressemblant plus ou moins à celui à qui le signe dénotatifa été originellement appliqué : mai il ne sera pas donné à tout perroquet d'étendre ainsi le signe all

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mastiff ou au terre-neuve. Si donc quelqu'un devait prétendre que la différence entre l'intelligence qui discerne, et celle qui ne discerne point la ressemblance du chien dans l'image ou l'effigie d'un chien est une différence de nature, il lui faudrait, pour être logique, établir une différence similaire entre l'intelligence qui disserne et celle qui ne discerne pas la ressemblance du terrier avec le mastiff, Mais s'il en était ainsi, l'intelligence d'un perroquet différerait en nature de l'intelligence d'un autre perroquet : et l'intelligence de l'enfant à cet âge serait différente en nature de l'intelligence du même enfant d'une ou deux semaines plus âgé, ce qui serait manifestement absurde. La vérité est simplement «ci: c'est que jusqu’au point où l'intelligence de l'enfant dépasse «lle de l'oiseau, tous deux en sont à la phase réceptuelle de la faculté de faire des signes; et que la seule raison pour laquelle l'enfant dépasse l'oiseau n'est pas au début dans k fait que l'enfant arrive là soudain à posséder l'idéation concepluelle; mais dans le fait qu’il atteint graduellement un niveau plus

élevé d'idéation réceptuelle. Ceci peut être directement prouvé

par le fait que des animaux plus intelligents que les perroquets sont indubitablement aptes à reconnaître des objets représentés en peinture et en sculpture ; il est donc certain que si les oiseaux parleurs avaient atteint pareil niveau intellectuel, ou si les autres animaux plus intelligents eussent pu, comme les oiseaux parleurs, employer des signes dénotatifs, l'enfant ne se serait pas séparé de l'animal à une phase tout à fait aussi précoce de la nomenclature réceptuelle (1).

() Au sujet de l'aptitude à reconnaître les images chez les animaux, celle-ci se présente indubitablement chez les chiens (voir Inlelligence des Animaux) et il y a des preuves indiquant qu’elle existe également chez le singe. Isidore Geoffroy Saint- Hilaire rapporte en effet, au sujet d'une espèce de Midas (Coriñus), qu'il distinguait les différents objets représentés dans une gravure et Audoin « lui montra les images du chat et de la guèpe, ce dont il fut fort effrayé, tandis qu'en voyant l'image d'un triquet où d'un scarabée, il se précipitait sur celle-ci comme pour saisir les objets présentés. » (Bates, Natur. on Amazons, p. 60.) L'âge où le jeune enfant apprend Vour la première fois à reconnaitre les ressemblances dans les images varie sans doute selon les cas individuels. C’est à l’âge de huit mois que j'ai, pour la première fois, constaté chez mes propres enfants la manifestation de cette faculté, quand mon Ils regarda longuement, et avec fixité, mon portrait, d'une façon qui me montrait us qu'il en reconnaissait la ressemblance avec le visage de l’homme, Rues Ans Re ee LE à Hal égard dans les écrits d'autres obseruit oeil PS enfant. En outre, toutes les fois qu à partir de ce jour, ds idait, étan ans cette chambre: « où est papa ? » il levait aussitôt le

fard, et désignait le portrait. Une autre de mes enfants, qui n’avait point vu ce

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Qu'aurons-nous alors à dire au sujet de la faculté du jugement dans sa relation avec ces trois phases: idéation réceptuelk, préconceptuelle et conceptuelle ? Nous ne pouvons qu'instituer la distinction parallèle et consécutive du jugement, en réceptuel, préconceptuel et conceptuel (4).

Comme nous l'avons maintenant si souvent dit, les traits caractéristiques d'un jugement tels qu'ils se manifestent pleine

ment dans quelque acte de prédication formelle, sont l'assem.R

blage de deux concepts dans la pensée consciente, et le fait de distinguer quelque relation entre eux en tant que tels. Cest pourquoi nous ne disons pas que l'animal juge, quand, sans pensée consciente de soi, il assemble certaines réminiscences de son expérience passée sous la forme de récepts, et nous traduit le résultat de son idéation par l'exécution de ce que M. Mivart appelle des « inférences pratiques. » C'est pourquoi, aussi, siun animal qui est capable de nommer séparément l’un et l'autre de deux récepts (comme le fait l'oiseau parleur) pouvait non mer les deux récepts simultanément quand ils sont ainsi con binés en un acte « d'inférence pratique », malgré l'apparence extérieure d'une proposition, nous n’aurions pas le droit stricte

portrait avant l’âge de seize mois, le reconnut au premier regard, elle le désizui, en effet, en disant : «papa». Deux mois plus tard, je remarquai qu'elle reconnaissiit également les images des animaux, et pendant plusieurs mois à la suite son amisement principal consista à parcourir les livres d'images pour désigner les animaut ou personnes représentées, disant bé au mouton, mou aux vaches, groguant pair les cochons, ete. Ces diflérents sons lui ont été enseignés par sa bonne. Elle tt faisait jamais d’erreur dans cette sorte de nomenclature, et appelait spontanémeit toutes les images d'homme «papa », de femme «maman», et d'enfants « Hilda»; ® dernier étant le nom qu’elle avait donné à son plus jeune frère. En outre, si le li d'images lui était donné renversé, elle s’apercevait immédiatement de l'erreur, € li corrigeait, et quand il lui arrivait de voir l’image d'un animal sur un écran, p# exemple, ou sur une tenture, elle la touchait et faisait entendre le son qui li servait à désigner cet animal. Avec un troisième enfant qui, à l’âge de dix-hui mois, ne parlait absolument pas encore, je fis l'expérience d'étaler un eertal nombre de photographies, demandant : « Où est maman ? où est papa ? » Sans moindre hésitation, il donna correctement toutes les indications.

(1) En employant le mot « Jugement » dans tous ces cas je ne préjuge en auculf façon de l'argumentation de mes adversaires. L’explication qui suit immédiatenêii dans le texte suffit à montrer que les termes qualificatifs, « réceptuel » et « prefilr ceptuel » s'opposent efficacement à tout emploi abusif de ce mot, tout comme, par exemple, quand les psychologues parlent des « jugements perceptuels », des (JUE® ments inconscients » ou des « jugements intuitifs » au sujet de niveaux plus it rieura encore dans le travail mental. Et il me paraît meilleur d'ajouter ail un qualificatif à un mot existant, que d’augmenter le nombre déjà grand des mots quil m'a été nécessaire d'inventer.

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ment d'appeler cela une proposition. Il y aurait assurément lénonciation d’une vérité perçue, mais non l'énorriation d'une xérité perçue en tant que vraie.

Si l'on admet tout ceci pour l'animal — et il le faut si l'on raisonne d'après la faculté du jugement véritable ou conceptuel, — lest évident qu'il faut également l'admettre pour l'enfant en voie de développement. En d'autres termes, si l'on peut prouver que l'enfant est apte à énoncer une vérité, avant de pouvoir inoncer une vérité en tant que vraie, il est prouvé par là que dans l'histoire psychologique de tout être humain il existe d'abord «tte sorte de jugement incomplet nécessaire pour les rapports avec les connaissances réceptuelles, et, par là, pour énoncer les érités perçues, puis le jugement complet qui se rapporte aux

onnaissances conceptuelles, et est par là rendu apte à énoncer

esvérités perçues en tant que vraies. Naturellement, la condition le la cransformation de cette sorte inférieure de jugement (si, our la commodité, nous convenons de l'appeler ainsi) dans la atégorie supérieure, est fournie par l'avènement de la conscience le soi, et c’est pourquoi le point où l’énonciation de la vérité asse dans {a prédication de la vérité doit être déterminé par ‘époque où surgit pour la première fois cette sorte de conscience. ous aurons tout à l'heure à voir quand se présente ce moment. nattendant, je m'’eflorce simplement de montrer que si mes idversaires n'abandonnent point entièrement leurs positions, il eur fautreconnaître qu'il y a guelque différence entre les facultés onotatives du perroquet et celles de l'homme. Mais s'ils tordent ceci, il leur faut concéder encore qu'entre le point où es facultés connotatives de l'enfant commencent à dépasser elles du perroquet, et le point où ces facultés deviennent pour ipremière fois réellement conceptuelles, il existe un grand omaine d'idéation qu'il est impossible d'ignorer. Donc, jusqu'ici, jour ne point préjuger de la question dont il s’agit, je me suis inplement contenté de désigner ces distinctions importantes et fidentes. Mais, considérant que même cette démarche préliaire a nécessité beaucoup d'explications, ie sens que la hrté y gagnera si je termine le présent chapitre en énuméint sous forme de tableau les différentes distinctions dont il agit,

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