‹ L'évolution mentale chez l'homme [microforme]Chapitre 35 sur 67 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Nous possédons, je crois, assez de matériaux pour commencer à répondre à la question qui a été notre point de départ, et qui est la suivante : Peut-on concevoir que l'esprit humain se soit développé par voie de genèse naturelle hors de l'esprit des quadrumanes supérieurs ? Je soutiens que les matériaux que nous possédons présentement suffisent à montrer que ceci est non seulement concevable mais inévitable.

Tout d'abord, il nous faut nous rappeler que nous partageons avec les animaux inférieurs non seulement la vie conceptuelle mais aussi la vie que j'ai nommée réceptuelle. Jusqu'ici, il ne peut être question de la moindre différence de nature. La différence donc, qu'elle soit de degré ou de nature, ne peut porter que sur ces éléments psychologiques surajoutés qui sont spéciaux à l’homme, et qu'à l'exemple d'autres psychologues j'ainommés conceptnels. Je dis éléments de propos délibéré, parce que chacun reconnait que toutes les différences dans la vie conceptuelle sont des diflérences de degré, ou que de l’idéation du sauvage à celle d'un Shakespeare il y a indubitablement une progression continue. La question qui se pose donc ne se rapporte qu’à la relation existant entre le récept le plus élevé de l'animal et le concept le plus élémentaire de l'homme.

En étudiant cette question, il nous faut d'abord nous rappeler à quel degré extraordinairement élevé d'idéation adaptive la vie purement réceptuelle de l’animal peut le porter. Si nous comparons l'idéation de mon Cebus qui examina attentivement le principe mécanique de la vis, et appliqua ensuite ses connaissances acquises de cette façon spéciale aux vis en général, si nous comparons cette idéation avec celle de l'homme paléolithique qui durant d'innombrables siècles ne fit aucun progrès

dan au d'el Sin l'idé cise décc gran fois, fecti nant une jours par c eux-I étonr pu de sa clé pour que impos instr néces voir 1 concu qu'an faite, conne exem qui, e être r lemen fourni que M. Mi

(1) « c'est pa (Boyd D4

ur commencer part, et qui esl aumain se soit sprit des quaaux que nous > ceci est non

Jus partageons e conceptuelle u'ici, il ne peut . La différence ter que sur ces aux à l'homme, ss conceptrels.

acun reconraîl

sont des difé-

e à celle d'un bn continue. La elation existant ept le plus élé-

nous rappeler adaptive la vie ,. Si nous comtentivement le e ses connaisen général, si omme paléoliaucun progrès

dans l’art de traiter les silex, nous ne pouvons dire que, mesurées au critérium pratique de l'efficacité ou de l'adaptation, l'une d'elles nous semble être en bien grande avance sur l'autre. Si nous nous rappelons que ces mêmes hommes n'ont jamais eu l'idée très simple d’attacher un silex taillé à un manche pour d'un ciseau faire une hache (1), on ne peut dire qu'en matière de découvertes mécaniques la vie conceptuelle primitive ait eu une grande avance sur la vie réceptuelle élevée de mon Cébus. Toutefois, j'ai accordé — et j'ai même insisté sur ce fait — que, si perfectionnée que puisse être la connaissance réceptuelle, ou si étonnante que puisse être l'action adaptive qu'elie peut provoquer, une « inférence pratique » ou un « jugement réceptuel » est toujours séparé de l'induction conceptuelle, ou jugement véritable, par ce trait distinctif important que les premiers ne sont point eux-mêmes objets de connaissance. C’est sans doute un fait étonnant que, par la connaissance réceptuelle seule, un singe ait pu deviner le principe mécanique d’une vis, et ensuite appliquer sa découverte à {outes les vis; mais même ici, il n'y a rien pour montrer que le singe a jamais réfléchi à ce principe en tant que principe, et même nous pouvons être assurés qu'il lui a été impossible de ce faire, étant donné qu'il ne possédait point les instruments intellectuels, c’est-à-dire les conditions antécédentes nécessaires pour ceci. Tout ce que le singe a fait a été de percevoir réceptuellement certaines analogies, mais il ne les a pas conçues, il n’en a point fait des objets de pensée en tant qu'analogies. Il n'a done pu affirmer la découverte qu'il avait faite, ou poser devant son esprit en tant que connaissance, la Connaissance qu'il avait acquise. Ou pour prendre un autre exemple, l'oiseau qui vit entrer trois hommes dans une maison, et qui, en en voyant sortir deux seulement, conclut qu'il devait en être resté un à l’intérieur, conduisait son inférence réceptuellement ; les seules données qu'il possédât étaient celles que lui fournissaient les perceptions sensitives différentielles. Mais bien que ces données fussent suffisantes pour permettre ce que M. Mivart appelle une « inférence pratique », et pour mettre

(4) « De tous les outils néolithiques, la hache a été de beaucoup le plus important, C'est par la hache que l’homme a remporté sa plus grande victoire sur la nature. » (Boyd Dawkins, Early Man in Britain, p. 214.)

* gang get térargiriresinrinerént ci antansrrtes serions a mumrsmagen EE DU TR 54 SR A ES

l'oiseau en état de savoir qu'il restait un homme à l'intérieur, elles n'étaient évidemment pas suffisantes pour lui permettre de connaître les relations numériques en tant que relations, ou de se dire à lui-même 3 — 2 —1.

Pour faire ceci, il eût fallu que l'oiseau quittât la région de la connaissance réceptuelle pour s'élever dans celle de la connaissance conceptuelle ; il lui eût fallu, sous une forme ou sous une autre, avoir des symboles substitutifs pour les idées. Cela nous importe peu, en ce qui concerne cette différence, d'apprendre que dans les transactions avec certains sauvages « chaque mouton veut être payé séparément; par exemple, si le prix d'un mouton est deux carottes de tabac, un Dammara serait fort embarrassé si on lui prenait deux moutons en lui donnant deux carottes » (1).

Tout ce que les faits de ce genre établissent, c'est qu'à certains égards la vie réceptuelle supérieure atteint un niveau d'’idéation presque aussi élevé que la vie conceptuelle inférieure de l'homme. Etbien que ce fait diminue sans doute considérablement la difficulté que mes adversaires mettent en avant comme ïuhérente à l'hypothèse de la continuité génétique des deux, il ne suffit toutefois pas à supprimer la différence psychologique qui existe entre le récept ct le concert. Cette différence, comme nous l'avons si souvent vu, consiste en ce qu’un récept est une idée qui n’est point elle-même un objet de connaissance, tandis que le concept, par le fait qu’il a été nommé par un agent conscient de soi, est une idée qui se présente devant l'esprit de cet agent en tant qu'idée, où comme un état d'esprit qui peut étre introspectivement contemplé comme tel. Mais bien que nous rencontrions dans cette différence celle que, d'accord avec mes adversaires, je regarde comme la plus importante qui se puisse rencontrer en psychologie, je proteste absolument contre leur manière

(1) Galton, Tropical South Africa, p. 213. L'auteur ajoute : « Un jour, tandis que je regardais un Dammaïa pataugeant désespérément dans un calcul à côté de moi, je vis Dinah, mon épagneule, non moins embarrassée d’un autre côté. Elle surveillait une demi-douzaine de ses nouveau-nés qui lui avaient été enlevés deux ou trois fois, et son anxiété était extrême. Comme elle cherchait à découvrir s’ils étaient tous là ou s’il lui en manquait encore, elle s'interrogeait, les regardant sans cesse mais ne pouvant arriver à une conclusion. Elle avait évidemment une vague notion de numération, mais le chitfre était trop. élevé pour sa cervelle. A les prendre tels qu'ils étaient, chien et Dammmara, la comparaison n'étoit guère favorable à l'homme.» Comme je l'ai déjà dit, j'ai appris au chimpanzé Sally à donner une, deux, trois, quatre, ou cinq pailles au commandement,

de l'a dével comn que « qu'in plus 1 rions matiè de la simpl si nou de pe l'acte implic Bier comm «plus dérer antécé simple différe le prés montre lesque naissal nous à niveau animat tablem là réfl luelle rieure de cite de cr sur les mon ar traduct avons

à l'intérieur, permettre de Lions, ou de se

| région de la le la connaise ou SOUS une es. Cela nous ipprendre que aque mouton d'un mouton rt embarrassé carottes » (1).

qu'à certains au d’'idéation inférieure de sidérablement t comme uhés deux, il ne hologique qui >, comme nous St une idée qui e, tandis que rent conscient le cet agent en it être intros-

nous rencon-

c mes adverpuisse rencon-

leur manière

« Un jour, tandis n caleul à côté de utre côté. Elle sur- 6 enlevés deux ou ouvrir s'ils étaient rardant sans CSses

une vague notion A les prendre tels orable à l'homme.»

une, deux, trois,

de l'analyser. [ls prennent en effet le concept sous sa forme la plus développée, et l'opposent alors au récept de l'animal. Bien plus, comme nous l'avons vu, ils vont au delà du concept, et prétendent que « le plus simple élément depensée » est un jugement en tant qu'incorporé dans une proposition : c'est-à-dire deux concepts, plus l'affirmation d'une relation entre eux. A la vérité nous pourrions tous aussi bien prétendre que le plus simple élément de matière est H?$S 04, ou le plus simple élément de son une mesure de la Symphonie en mi mineur. Il est donc évident, et c’est un simple fait de l'analyse psychologique la plus rudimentaire, que si nous considérons le jugement comme le plus simple élément de pensée, il nous faut étendre la signification de ce mot de l'acte mental en jeu dans la prédication complète à l'acte mental impliqué dans la conception la plus simple.

Bien plus, non seulement mes adversaires ont par négligence commis l'erreur de considérer le jugement prédicatif comme le « plus simple élément de pensée », ils ont encore oublié de considérer que même un concept veut être analysé par rapport à ses antécédents avant qu’il ne puisse — lui qui est, en réalité, le plus simple élément de pensée, — être désigné comme prouvant une différence psychologique de nature chez la seule intelligence qui le présente. Le résultat de mon analyse du concept a été de montrer qu'il est précédé par ce que j'ai appelé les préconcepts, lesquels peuvent être combinés en ce que j'ai nommé jugements naissants, rudimentaires, ou préconceptuels. En d'autres termes, nous avons vu que la vie réceptuelle de l'homme atteint un niveau de développement plus élevé que la vie réceptuelle des animaux, avant même qu'elle ne passe dans cette sphère vérilablement conceptuelle qui se distingue par la présence de la réflexion consciente. C'est pour distinguer cette vie récepluelle supérieure de l'être humain, de la vie réceptuelle inférieure de l'animal, que j'ai employé les termes que je viens de citer.

Je crois avoir suffisamment insisté maintenant, si ce n'est trop, sur les différentes phases d'idéation. Pour en venir maintenant à mon analyse de leurs différents modes d'expression, ou de leur traduction en leurs divers systèmes équivalents de signes, nous avons vu que beaucoup des animaux inférieurs sont en état de

LA Ps FE ARE APE ie SALES Pt RTS RS

2 DS SPORE So a RP dr CRT

e + 3e ICRA MENU + murs de soma VE 6 RDS TO ENS TER Sd SET es:

communiquer leurs récepts au moyen de gestes signifiant des objets, qualités, actes, désirs, etc., et que dans le seul cas où ils soient capables d’articulation, ils communiquent leurs récepts au moyen de mots. On peut donc, dans un certain sens, dire que ces animaux se servent de mots. Mais pour ne point confondre cette sorte de nomination avec celle que distingue la pensée conceptuelle, j'ai adopté la terminologie scolastique, et donné à la première le nom d'acte dénotatif pour la distinguer de l'acte dénominatif. En outre, considérant que le langage dénotatif peut, comme je l’ai fait remarquer plus haut, signifier des qualités et des actions aussi bien que des objets, il suit que dans les phases réceptuelles supérieures (préconceptuelles) de l'idéation, lé langage dénotatif est apte à construire ce que j'ai nommé des propositions préconceptuelles. Celles-ci diffèrent des propositions véritables ou conceptuelles par l'absence d'une conscience de soi véritable de la part de celui qui parle, lequel donc, tout en communiquant une connaissance réceptuelle, ou en énonçant des vérités, ne peut encore connaître sa propre connaissance, ou énoncer des vérités en tant que vérité. Maisil ne paraît point qu'une proposition préconceptuelle diffère d'une proposition conceptuelle à d'autres égards, alors qu’il semble que l’une passe graduellement dans l’autre avec la naissance de la conscience de soi chez tout enfant en voie de développement. S'il en est ainsi, nous sommes en droit d'affirmer que l'analyse a démontré l'existence d'ur ? transition ininterrompue entre la dénotation de l'animal et a prédication de l'homme. Car le simple fait que c'est la première phase seulement qui se présente chez l'animal, alors que chez l’homme, après avoir suivi un développement parallèle, cette phase passe dans l'autre, ce simple fait qu'il en est ainsi ne peut être cité comme une preuve qu'une transition du même genre ne s'est jamais produite dans l’histoire psychologique de notre espèce, à moins qu'il ne puisse être montré que quand là transition se produit dans l’histoire psychologique de l'individu, elle le fait d'une façon si soudaine’et si remarquable que, par elleméme, elle indique que l'intelligence de l'individu a, en ce point, et à ce moment, subi un changement de nature. Telle étant l’esquisse de mon argument, je veux maintenant Y joindre les détails, prenant dans l’ordre historique les différentes

phases d'idé conceptuelle Pensant q quelques au tuelle exprir qui fut attenf A dix-huit regarder les chapitre préc les animaux vache, grogn en brayant pc lu avaient ét etelle les app d'images fût qu'elle n’avai toutes sortes ls housses € chaque fois q lesquels elle :

avant de pou parler, cette geste. À la mê un petit nom à-dire des ver Quelques se faculté d'emp frère du nom ous les jeune Plus tard, €

(1) Le nom del Sn, Ne pouvant tr trigine imitative, 10mS par les jeune tulation

À l'égard de l'ex que suivante de d'après laquelle or Poient que des sul ment pas ainsi », t$0n propre enfa

ifiant des cas où ils écepts au e que ces ndre cette e Concep- ; à la preicte dénolatif peut, qualités et les phases on, le lané des proopositions nce de soi ut en comnt des véri- Ju énoncer une propoeptuelle à graduellele soi chez insi, nous l'existence e l'animal e c'est la alors que parallèle, bst ainsi ne du même ogique de e quand là l'individu, e, par ellen ce point,

hintenant Y différentes

phases d'idéation que j'ai nommées les phases réceptuelle, préconceptuelle et conceptuelle,

Pensant que c’est là le cœur de la question, je veux donner ici quelques autres exemples d'idéation réceptuelle et préconceptuelle exprimés en signes dénotatifs et connotatifs par un enfant qui fut attentivement observé dans ce but.

A dix-huit mois, ma fille, qui était en retard pour parler, aimait regarder les livres d'images, et comme je l'ai déjà dit dans un chapitre précédent, elle prenait beaucoup de plaisir à nommer ls animaux représentés, disant ba pour mouton, mou pour vache, grognant pour le cochon, et secouant la tête de haut en bas en brayant pour le cheval ou l’âne. Ces différents sons ou gestes lui avaient été enseignés par sa bonne, comme noms substantifs, etelle les appliquait correctement dans tous les cas, que le livre d'images fût celui auquel elle était habituée, ou quelque autre qu'elle n'avait jamais encore vu; et elle nommait pareillement toutes sortes d'animaux représentés sur le papier de tenture, sur les housses des meubles, etc., dans d’autres maisons, ou, bref, chaque fois qu'elle rencontrait des représentations d'objets pour lesquels elle avait des noms. Il est donc certain que longtemps avant de pouvoir former une phrase, ou de pouvoir réellement parler, cette enfant pouvait dénoter les objets par la voix ou le geste. À la même époque, également, elle employait correctement un petit nombre de mots dénotatifs signifiant des actions, c'està-dire des verbes actifs.

Quelques semaines plus tard, elle manifesta spontanément la faculté d'employer l'adjectif. Elle avait appelé son plus jeune frère du nom de « Ilda », et bientôt après, elle étendit ce nom à ous les jeunes enfants (1).

Plus tard, en regardant ces livres d'images, quand elle en

(1) Le nom de l'enfant était Ernest, et tout le monde l’appelait ainsi dans la maison, Ne pouvant trouver pour le nom très différent que lui donnait sa sœur quelque trigine imitative, je pense que c’est ici un exemple de l'invention spontanée de A par les jeunes enfants, dont il a été déjà parlé à la fin du chapitre sur l’artiulation ,

À l'égard de l'emploi des adjectifs par les jeunes enfants, je puis citer la remar- (ue suivante de Preyer : « Il est une erreur très générale à faire disparaitre d'après laquelle on suppose que tous les enfants qui commencent à parler n’em- Phoient que des substantifs pour se servir plus tard d’adjectifs. I1 n’en est certaine- Ment pas ainsi », et il donne quelques exemples tirés de l'observation quotidienne *S0n propre enfant, tel que l'emploi du mot chaud au vingt-troisième mois.

RSS A PA À RD AE PR ES RE ER EL ARLES SET Fret = EE » : as

En nan

Page 1