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celle du chien, comme je l'ai déjà prouvé en montrant que les signes mimiques ou indicatifs employés par l'enfant, après quil a de la sorte dépassé le perroquet, sont psychologiquement identiques à ceux qu'emploient le chien, En outre, là où la déno. tation commence tardivement, et se développe lentement, comme chez ma propre fille, ces signes indicatifs, comme now l'avons vu, peuvent se perfectionner beaucoup encore, de telle sorte que, dans ces circonstances, un enfant de deux ans exécutera une petite pantomime pour relater ses expériences. Ce fait me dispense de la comparaison imaginaire avec un chien qui pour. rait parler, où avec un perroquet qui aurait l'intelligence d'm chien, car il me fournit le cas inverse d’un enfant incapable de parler à l’âge habituel. Nul ne peut suggérer que l'intelligence d'un pareil enfant à l’âge de deux ans diffère en nature de cell d’un autre enfant du même âge, qui, parce qu'il a plus tôt acquis l'usage des mots, peut se permettre une moindre perfection dans l'emploi des gestes (1).
Le cas d’un enfant en retard pour parler peut donc être pris comme un indice psychologique du développement de l'idéation humaine dans l’ordre réceptuel, qui se trouve par hasard pouvoir être comparée de plus près avec celle des mammifères supérieurs, que cela n'est possible dans le cas de l'enfant qui con
mence à parler à l’âge normal. Mais à l'égard du premier ca,
nous avons déjà vu que les gestes commencent par être beat coup moins expressifs que ceux du chien, puisqu'ils se perfettionnent de facon à leur devenir psychologiquement identiques, et qu'enfin ils continuent à se développer encore graduellemen et dans le même sens. Si donc, dans ce cas, on ne peut invoque aucune différence de nature avant le moment où le langage présente, on n’en peut on plus invoquer après que cet àge à été atteint, dans le cas où celui-ci se présente plus tôt que d'hab]
(1) Toutefois, si quelqu'un de mes adversaires émettait cette proposition en réalité, il déposerait les armes. Le poiut fort de son argument, c'est, comme nous le svol la faculté de concevoir, la faculté caractéristique de l'homme d’objectiver les idées, Or chacun admet que cette faculté est impossible en l'absence de la conscient de soi. Dira-t-ou alors que mon enfant avait atteint la conscience de soi et la co templation introspoctive de ses propres idées, avant d’avoir acquis la faculté du langage, c'est-à-dire la condition qui lui permet de nommer les idées? S'il en ef ainsi, il suit qu'il peut y avoir des concepts sans noms, et toute la citadelle de mé adversaires s'écroule,
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tude. Ou bien pour revenir à la comparaison précédente, si un chien pouvait parler comme un perroquet, ou si un perroquet égalait le chien en intelligence, les facultés connotatives de l’enfant garderaient leur parallélisme avec celles de l'animal pendant une période de développement psychologique plus longue que cela n’a lieu.
Nous rappelant donc que des animaux Aussi bas placés dans l'échelle psychologique que les oiseaux parleurs, arrivent à dénoter les objets, qualités, etc.; nous rappelant que quelquesuns de ces oiseaux étendent leurs noms dénotatifs à des objets et qualités appartenant évidemment à la même classe ; nous rappelant encore que tous les enfants, avant de commencer à parler, ont de beaucoup dépassé les oiseaux parleurs, à l'égard du langage indicatif ou des gestes mimiques, alors que certains enfants (ou ceux qui ne parlent que tard) élèvent le langage au niveau d'une pantomime, établissant par là que l'idéation réceptuelle juste avant le moment où ils commencent à parler est invariablement supérieure à celle des oiseaux parleurs, et souvent aussi à celle de tout autre animal ; nous rappelant tout ceci, je prétends que ce serait absolument incompréhensible si les enfants, peu de temps après qu'ils ont commencé à parler, ne témoignaient pas d’une avance considérable sur les oiseaux parleurs dans l'emploi des signes dénotatifs et dans l'extension de ces signes er mots connotatifs. Comme nous l'avons vu, tous les adversaires prudents sont forcés d'accorder qu'avant d’être en état d'employer ces signes, l'enfant se meut dans la sphère réceptuelle de l’idéation, et que cette sphère est déjà (entre un et deux ans) bien au-dessus de celle du perroquet. Pourtant, comme le perroquet, un des premiers usages qu'il fasse de ces signes est dans la dénotation des objets individuels. Puis comme les perroquets plus intelligents, il étend la signification de ses noms dénotatifs aux objets qui ressemblent le plus évidemment à ceux qui ont été désignés en premier. Et à partir de ce point, il fait de rapides progrès dans ses facultés de classification connotative. Mais peut-on sérieusement soutenir, en présence des considérations qui précèdent, que ces rapides progrès dans cette classification témoignent d’une différence quelconque de nature entre l’idéation de l'enfant et celle de l'oiseau ? Si l’on accorde (comme il le faut faire, si mes
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un peu trop éloignées pour frapper l'oiseau. C'est pourquoi, tan- À
dis que l'oiseau étendra simplement un nom dénotatif d'une sorte de chien à une autre, l'enfant, après avoir fait ceci, ira plus loin, et appliquera le nom à une représentation modelée, puis à l'image d'un chien.
Certainement, nul n’osera prétendre qu'il y a ici, au début de l'articulation, la preuve d'une différence quelconque de genre entre l'esprit humain et l'esprit d'un représentant de La psychologie animale aussi pauvre que le perroquet. Mais si aucune différence de ce genre n'existe ici, on ne peut non plus affirmer qu'il en existe ailleurs jusqu'au moment où nous arrivons à cette phase de l'idéation humaine où l'esprit est apte à contempler cette idéation comme telle. Donc, en ce qui concerne les phases que nous considérons actuellement (phase denotative et réceptuellement connotative), j'accorde que ma situation est établie. Et pourtant ce sont là en réalité les phases au sujet desquelles il importe le plus d'être fixé, parce que, par le fait qu'elles ont été ignorées par presque tous les écrivains qui soutiennent l'existence d'une différence de nature entre l'homme et l'animal, on a perdu de vue les phases de transition les plus importantes — parce que ce sont les premières — et les facultés pleinement développées de l'esprit humain ont été mises en opposition avec leurs faibles origines chez l'animal, sans qu'il ait prêté d'attention à l'histoire probable de leur développement. Jusqu'ici, autant que j'ai pu voir, aucun psychologue n'a clairement présenté la simple question de savoir si la faculté de nommer est toujours et nécessairement co-étendue avec celle de penser les noms, et de là suit que les deux facultés ont été supposées une et identique. Toutefois, comme je l'ai montré dans un précédent chapitre, même dans les formes les plus élevées de l'idéation humaine, nous employons habituellement les noms sans nous attarder à y penser en tant que noms. Ge qui prouve que même dans les sphères supérieures de l'idéation, les deux facultés ne
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sont pas nécessairement coïncidentes (1). Et ici, j'ai encore montré que chez l'animal, comme chez l'être humain, l’une de ces facultés est dans son origine fotalement indépendante de l'autre ; qu'il existe des noms connotatifs avant qu'il n'existe des pensées dénominatives, et que ces noms connotatifs, quand ils se présentent pour la première fois chez l'animal ou chez l'enfant, ne témoignent d'aucune aptitude idéationnelle autre que celle qui est prouvée par ces phases dans le langage gesticulé qui sont partout à leur base. Les récepts nommés du perroquet ne peuvent pas plus être considérés, par mes adversaires, comme de véritables concepts, que les gestes indicatifs de l'enfant ne peuvent être par eux regardés comme différant en nature de ceux du chien.
En résumé, en ce qui concerne les phases indicative, dénotalive et connotative de la faculté de faire des signes, je ne vois pas que l'on puisse invoquer une différence de nature entre l'intelligence de l'homme et celle de l'animal, en dehors naturellement de toute preuve de la conscience de soi chez le premier, c'est-à-dire tant que ces deux intelligences se meuvent dans ce que j'ai nommé la sphère réceptuelle. Considérons done maintenant ce que j'ai nommé la phase préconceptuelle, c'est-à-dire cette vie réceptuelle supérieure de l'enfant, qui, tout en dépassant la vie réceptuelle de tout animal, n'atteint point encore la vie conceptuelle de l'adulte. "
D'après ce que j'ai déjà dit, il me semble qu'il faut accorder qu'au point où la vie réceptuelle de l'enfant commence à dépasser la vie réceptuelle de tout autre mammifère, nulle différence psychologique de nature ne peut être affirmée. Analysons donc cette vie préconceptuelle à un niveau plus élevé, et analysons la nature de l'idéation qui s y présente. Considérons le cas de l’enfnt de deux ans environ, capable de construire une proposition rudimentaire, communicative ou préconceptuelle, telle que : sœur pleure. À cette époque, comme je l'ai déjà montré, il
(1) Voy. p. 81-83, où il est montré que même dans les cas où 5 luelle est nécessaire pour la formation originelle d'un nom, gr UE ris ètre employé sans l’action de cette pensée, de la même manière que pete Ne aie dus à l'intelligence peuvent, par une fréquente répétition, devenir atiques. A la fin du présent chapitre, on verra qu'il en est de même pour à prédication pleine ou formelle aussi bien. :
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n'existe point de conscience de soi en tant qu'agent pensant, il n’est point d'aptitude à énoncer une vérité comme vraie. Sœur est le nom dénotatif d'un récept, et pleure le nom dénotatif d'un autre. L'objet et l'acte que ces deux récepts représentent respectivement se trouvent se présenter en même temps à l'observation de l'enfant: celui-ci les dénote tous deux simultanément, il les met en apposition. K fait ceci, simplement en suivant les associations déjà établies entre le récept d'un objet familier avec son nom dénotatif sœur, et le récept d'un acte fréquemment répété avec son nom dénotatif pleure. L'apposition de ces deux récepts dans la conscience, avec leur dénotation correspondante, est effectuée pour l'enfant par ce qu’on peut appeler la logique des événements, elle n’est point effectuée par l'enfant au moyen de quelque groupement intentionnel ou conscient de ses idées, tel que celui qui constitue le trait caractéristique de la logique des concepts.
Telle étant la situation, mes adversaires se trouvent dans le dilemme suivant. Ou bien il y a ici du jugement, ouiln'vena pas. Si vous admettez qu'il y en a, il vous faut admettre aussi que les animaux opèrent des jugements, parce que j'ai déjà mon- Lré que (d’après votre propre doctrine, comme d’après la mienne) le seul point par lequel on puisse dire que la faculté du jugement diffère chez les animaux et chez l’homme est l'absence ou la présence de la conscience de soi. Si, d'autre part, vous répondez qu'il n'y a point jugement parce qu’il n’y a pas conscience de soi, je vous demanderai à quelle phase du développement ultérieur de l'intelligence de l'enfant vous considéreriez que le jugement se produit ? Vous me répondez que le jugement naît là où naît la conscience de soi. Je vous demande alors de remarquer que, comme cela a déjà été établi, le développement de la conscience se fait lui-même graduellement, de telle sorte qu'en raison de la limitation que vous donnez actuellement au mot jugement, il devient impossible de dire quand cette faculté prend naissance. En fait, elle se développe peu à peu, pari passu, avec le développement de la conscience. Mais s’il en est ainsi, là où la faculté d'énoncer une vérité perçue passe dans la faculté plus élevée de percevoir une vérité en tant que vraie, il doit y avoir une série de gradations quirattachent ces facultés l’une à l'autre.
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Jusqu'au point où commence cette série de gradations, nous avons vu que l'esprit de l'animal et celui de l'homme sont parallèles ; ils ne se distinguent l'un de l’autre par aucun principe psychologique. Prétendrez-vous donc que jusqu'à ce moment, les deux ordres d'existence psychique sont identiques de nature, mais que durant son progrès à travers cette série finale de gradations l'esprit humain devient par quelque procédé différent en nature, non seulement de celui des animaux, mais aussi de ce qu'il était lui-même auparavant ? Si oui, il me faut icime séparer de vous, car ici votre argument aboutit à une contradiction. Si A et B sont affirmés être identiques par l'origine et la nature, et si l'on affirme que B se développe en C, et, par suite, que G ne diffère d’A et de B que par le degré, il est contradictoire d'avancer plus loin que CG diffère en nature d'A. C'est pourquoi je crois qu’en ce qui concerne la phase préconceptuelle de l'idéation, il demeure impossible à mes adversaires de montrer qu'il existe quelque différence psychologique de nature entre l'homme et l'animal.
Donc, en ce qui concerne cette phase de l'idéation, je prétends avoir montré que de même qu'il existe une nomination préconceptuelle par laquelle les noms originellement dénotatifs prennent une extension progressive et considérable dans la signification connotative ; de même, il existe une prédication préconceptuelle par laquelle les mots dénotatifs et connotatifs sont rapprochés, sans qu'il y ait une connaissance conceptuelle quelconque de la relation qui est virtuellement affirmée exister entre eux. J'ai prouvé, en effet, dans le précédent chapitre, que ce n'est point avant la troisième année que l'enfant acquiert la conscience véritable ou réceptuelle, et par conséquent, atteint a la prédication véritable ou conceptuelle.
Pourtant, longtemps avant cette époque, comme je l'ai msntré aussi, l'enfant construit ce que j'ai appelé des propositions rudimentaires ou préconcepiuelles, c’est-à-dire non réfléchies. Ces propositions sont donc des énoncés de vérités faits pour les besoins pratiques de la communication, mais ce ne sont pas des énoncés de vérités en tant que vraies, ce ne sont donc pas dutout des propositions à parler strictement. Ce sont des traductions de la logique des récepts, mais non de la logique des concepts, car
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